‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 6 sur 198 · L'HISTOIRE BULGARE JUSQU'AUX TEMPS MODERNES · texte numérisé non relu

L'HISTOIRE BULGARE JUSQU'AUX TEMPS MODERNES

Le mélange des races. — La situation géographique expliquant l'histoire. — La succession des Barbares. — Les Thraces et leurs tumulus. — Philippe et Alexandre de Macédoine. — Conquête romaine. — Trajan. — Wisigoths. — Huns. — Bulgares. — La lutte contre Byzance. — Krum. — La conversion au christianisme de Mikhail. — Les conquêtes de Jean Tzimiscès et de Basile H, le tueur de Bulgares. — La guerre des Byzantins contre les Russes en Bulgarie. — La prise de Preslav et le siège de Silistria. — Le manichéisme en Bulgarie. — Les Schischmanides et le tzar Samuel. — La conversion des Russes. — La lutte en Macédoine et la prise d'Achrida. — La Bulgarie byzantine. — Galojan et la captivité de Tempereur Baudouin. — Mariages des Latins avec les Bulgares. — La bataille de Nikopolis. — La conquête turque. — Marco Kraliévitch. — Charles XU à Bender.

RACONTER d'un bout à l'autre et méthodiquement toute l'histoire si mal connue de la Bulgarie, m'entraînerait à écrire un livre entier, dont la lecture paraitrait sans doute un peu aride à ceux que cette histoire n'occupe pas d'une façon très spéciale. Mais, précisément parce qu'on ignore en général cette série d'événements, il me semble utile d'en résumer ici les principales étapes au risque de quelque ennui pour le début, d'en montrer l'ordre, et d'en établir la place chronologique ; nous pourrons ainsi, au cours de notre voyage, quand la visite de tel ou tel coin du pays évoquera un souvenir ancien plus particulièrement inté-

ressant, replacer aussitôt celui-ci dans son cadre pittoresque, sans avoir besoin d*en rappeler l'enchaînement complet avec tous les faits antérieurs et postérieurs. Ce qu*est*la race bulgare actuelle, nous essayerons de le voir plus tard; cette race n'est apparue en Bulgarie qu'à une époque relativement récente, au vii« siècle, et, pour certains Bulgares, là seulement remonte leur histoire réelle ; en cette seule nation, tout se résume; le reste, ce qui, sur le sol de la Bulgarie, se rapporte à d'autres peuples antérieurs, ne compt î pas et, comme me le disait un jour tel député bulgare, qui trouverait aisément son frère dans nos assemblées plus occidentales : « Qu'avons-nous besoin d'étudier et de conserver ce tumulus thrace de la plaine de Philippopoli, ce débris romain, cette église byzantine de Sophia; rasons ces ruines encombrantes; nous ne sommes ni Thraces, ni Romains, ni Byzantins! » Mais c'est là se faire une idée bien fausse du passé et attribuer à ces questions de races si obscures et si compliquées une valeur absolue qu'elles ne sauraient avoir en aucune façon. Qui pourrait, dans le sang d'un Bulgare actuel (ou, si l'on veut, d'un Français), calculer combien de gouttes appartiennent à tel ou tel des innombrables peuples envahisseurs, successivement passés ou établis sur son territoire. Sauf quelques races persécutées et isolées dans le monde, comme la race juive, auxquelles on en fait un assez juste reproche, quelle race moderne n'est un mélange extrêmement divers de peuples plus anciens qui, fondus en elle, y contre-balancent leurs qualités et leurs défauts dans un certain équilibre? Le groupement national a une autre base encore que la race, ou la langue, ou la religion, auxquelles se sont attachés d'abord, pour se reconstituer, ces peuples, un moment submergés et oubliés, des Balkans; cette base, elle est dans tout le passé, quel qu'il soit, de la terre sur

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laquelle l'homme est né, où ont vécu longtemps ses ancêtres : passé, dont il se sent solidaire, comme la plante, dont le vent prit la graine on ne sait où, mais qui ne fleurit et ne fructifie que là où elle s*est enracinée.

D'autres Bulgares que mon député le sentent bien et ils éprouvent une certaine fierté à rappeler l'empire des antiques souverains de la Thrace, ou celui de Philippe et d'Alexandre, qui, Macédoniens, se trouvent, p'>r le fait môme, avoir déjà été sans le savoir, si l'on admet l'incorporation logique de la Macédoine à la Bulgarie, de premiers et très glorieux Bulgares.

Je crois donc nécessaire de reprendre l'histoire de la Bulgarie dès ces premiers temps confus, qui précèdent sans doute, mais aussi qui préparent l'histoire vraiment documentée des âges plus modernes. Nous aurons ainsi à montrer le rôle de la Bulgarie pendant l'antiquité et durant la longue série des invasions barbares. Tout le passé de ce pays peut s'expliquer par sa position géographique sur la route naturelle î qui conduit de la Russie glacée ou des steppes asiatiques vers la riante Méditerranée, et sur l'autre route qui mène de la froide et aride Germanie, ou des ; plaines hongroises, à la riche Byzance, elle-même si admirablement située entre l'Europe et l'Asie. De tout j temps, elle a été un passage pour l'invasion des 1 nomades barbares septentrionaux et asiatiques accoui rant à la civilisation comme les insectes nocturnes à la flamme, ou pour le retour offensif des civilisés, obligés d'aller conquérir les barbares afin de se léfendre (quand ce n'était pas simplement pour leur couler leurs produits). Que l'armée en route ait été ? 3lle de Darius allant chez les Scythes, de Philippe

* en gxierre contre les Thraces, des Romains luttant

* centre les Daces ou les Sarmates, des Goths, des Huns, . des Slaves, des Bulgares, des Gaulois mêmes enva-

hissant l'empire de Rome ou celui de Byzance; ou, plus tard, que les tzars russes du moyen âge aient été en bataille avec les empereurs byzantins, les Hongrois avec les Turcs, les Russes modernes avec les sultans, ou enfin les Français et les Anglais avec les Russes, toujours les troupes aux costumes les plus divers, depuis les peaux de béte du Thrace ou du Hun jusqu'aux uniformes corrects de nos contemporains, ont dû suivre les mêmes pistes, franchir les deux mêmes barrières du Danube et des Balkans par l'un ou l'autre de leurs points faibles, traverser les mêmes marais de la Dobroudja, se heurter à la résistance des mêmes villes. Dans un autre sens, la grande voie mondiale de Vienne à Constantinople, Bagdad et l'Inde par Sophia est si nettement marquée par la nature que 1' « Orient-express » suit encore à peu prèB exactement la route, où passèrent, l'une après l'autre, les armées des Croisés.

L'histoire des peuples, comme les luttes politiques ou les querelles sociales, se résume en une formule constante : « Ceux qui n'ont pas veulent prendre; ceux qui ont déjà veulent garder. » Si l'on réfléchit un instant aux lois qui peuvent gouverner les événements, on en aperçoit une aussitôt dominant toutes les autres : c'est un phénomène de cristallisation, en vertu duquel, autour d'un noyau primitif servant de centre, tous les éléments du dehors sont attirés par la convoitise et, plus ou moins violemment, souvent au prix de déchirures, de ruptures, de souffrances internes, s'agrègent à la fin pour aboutir, sous une forme plus ; large, plus ample, plus développée, à: un nouvel équilibre.... Voyez, autour de ces premiers foyers de civilisât. , éclos dans la Méditerranée orientale, les peuples du nord, de l'est et du sud, moins avancés, moins instruits, plus déshérités, au point de départ de plus en plus éloigné, jouer tour à tour, ce rôle du

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