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LES SOURCES DE DEVNA

beck, à Damas. En général, toutes ces eaux à débit extraordinaire sont alimentées par la circulation de véritables rivières souterraines dans les fissures profondes d*un plateau calcaire et le pittoresque de leur émergence en résulte. Ici, le phénomène parait différent et n'en est, pour qui réfléchit, que plus curieux.

C'est à travers un couvercle de marnes occupant une large vallée plate que les eaux, accumulées en pression dans un calcaire sous-jacent, font irruption sur un point particulièrement faible ; nous avons ici un puits artésien naturel, une nappe artésienne qui crève.

La conséquence, c'est, de tous côtés, sur la plaine, le jaillissement, le bouillonnement des eaux dans toute une série de petits lacs, d'étangs, réunis les uns aux autres par des déversoirs, par des bras. Parfois, quand l'eau est basse ou très claire, on distingue, au fond, de véritables entonnoirs, des vasques, d'où montent ces jaillissements. Et, en même temps, on aperçoit, dans l'eau, les tortues qui nagent, les anguilles qui se déroulent. Quelques saules ont poussé sur les bords et, avec le désordre forcé des étangs à divers niveaux, des eaux limpides aperçues à travers les branches, des bâtiments en désordre, produisent des tableaux pittoresques. Mais l'ensemble est surtout industriel. Ces sources puissantes sont une richesse pour le pays ; des moulins à farine s'y sont créés de tous côtés, saupoudrant toits et arbres de leur poussière blanche et un embranchement de chemin de fer de 6 kilomètres a été construit spécialement pour y accéder.

Au retour, nous prenons par le haut du plateau pour rentrer à Varna et là, c'est tout à fait à l'improviste que nous tombons sur la forêt des colonnes de pierre : un phénomène exceptionnel, qui n'est nullement inconnu, mais dont j'ignorais la place.

Que Ton Imagine en pleine campagne, sur le bord d'un plateau, la rencontre d'une immense ruine antique, une multitude de colonnes mal alignées, irrégulières de taille et de hauteur, comme on en voit dans certains monuments d'une basse époque, où on les a apportées de tous les coins du monde et de tous les temples détruits ou pillés : quelque chose de comparable au réservoir des mille colonnes .à Byzance, ou à la mosquée de Cordoue, mais ici librement planté sous le ciel et absolument naturel.

Il ne faudrait pas exagérer la régularité du phénomène ni ses proportions, déjà assez extraordinaires telles qu'elles sont. La hauteur des colonnes est de 5 à 6 mètres au maximum ; leur diamètre, absolument circulaire, souvent d'un mètre. Les stratifications y simulent des joints et les érosions verticales de la pluie des cannelures doriques ; quelques-unes mêmes commencent, dit-on, à se creuser en vasque au sommet. Ces colonnes debout se dressent au milieu d'un sable fin pétri de ces petits disques plats (nummulites) que l'on trouve, par exemple, autour du Caire et où la légende voit alors les restes pétrifiés des lentilles que les Hébreux captifs mangèrent devant les Pyramides. A leur pied et entre elles, d'autres blocs informes simulent les débris de frontons détruits. Tout Pensemble peut occuper, sur environ 500 mètres de long, trente à cinquante mètres de large.

Le coup d'œil n'est pas seulement singulier; il est beau, surtout à cette heure du soir où les ombres s'allongent et où les grands troupeaux de vaches, de buffles, de chèvres, rentrant à l'étable, passent à travers ces débris géologiques, comme, sous un autre ciel, on les voit errer parmi les ruines siciliennes. Le ton bruni, chaud, couleur d'ocre ou de sienne brûlée des colonnes les détache sur le fond du ciel encore bleu.

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