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LES LIMANS DE VARNA

c'est ce bout de jardin alpin, auquel on a fait une place dans des rochers, et ce parterre de rosiers, d'où Ton découvre au loin Varna ; c'est, devant le château, cette réduction des bassins de Versailles, à laquelle on semble attacher un prix spécial et, plus bas, ce fronton de Saint-Cloud encastré dans le mur de la terrasse ; ce sont les cordons de nids d'hirondelles, que l'on a ordonné de respecter sous les corniches et qui entourent la maison de leur bruit; ce sont les moulages de chapiteaux romans, riapportés par le prince lui-même d'un voyage ; c'est enfin cette chambre Isolée au rezde-chaussée dans la verdure, où il se plait à venir coucher : cette chambre nue, dans les murs de laquelle sont encastrés trois ou quatre bas-reliefs antiques.

Une promenade d'un tout autre genre nous conduisit le lendemain, à l'ouest de Varna, visiter deux véritables curiosités naturelles, deux de ces curiosités pour Baedecker, que l'on est sûr de trouver à point nommé et qui ici ont cet attrait de plus de rester encore réservées, dans leur coin inconnu, pour les Baedecker de l'avenir : ce sont les sources jaillissantes de Devna et la forêt de colonnes de Dikilitach. J'en pourrais ajouter, sur le chemin, une troisième, mais intéressante seulement pour les géologues : ces limans de Devna, Devnindski limni, dont l'origine soulève de si curieux problèmes.

De Varna à Devna, dans la direction exacte de l'est à l'ouest, on suit, en effet, cette chaîne de larges étangs, qui terminent la vallée de la Provadia et qu'un cordon de sable sépare seul de la baie de Varna : étangs profonds, puisque, dans leurs eaux de 18 mètres, on a pu songer à établir un abri pour des navires de guerre et, par suite, importante vallée sous-marine, dont le creusement, d'après les terrains encaissants et les terrasses relevées sur les berges, remonte à une époque très récente. Il serait hors de propos de discuter ici les théories, auxquelles ces limans ont donné li^M\ W ^\^i-

fîra de remarquer qu'une question d'un intérêt très général se pose ici comme pour d'autres vallées sousmarines post-pliocènes, les fjords norvégiens par exemple et qu'on a pu se demander si l'on ne tenait pas là un indice de ces derniers mouvements de l'écorce terrestre, contemporains de l'homme, qui, bien qu'incontestables dans leur ensemble, prêtent néanmoins à la discussion dans chaque cas particulier.

Toute la première partie de la route,, en quittant Varna, n'a d'attrait que la vue de ce lac bleu, séparé au loin de la mer par une mince bande de sable clair.

A Aladin, sur le bord du chemin de fer, sont de grandes carrières de moellons, établies pour les travaux du port et d'où l'on emmène incessamment des wagons de pierre jaunâtre. Puis, commencent les grandes pentes de marnes blanches éblouissantes au soleil, sur lesquelles des traînées d'herbe maigre, limitées à certains niveaux horizontaux qui correspondent à une nature de terrain plus défavorable, ressemblent de loin aux ombres projetées par les nuages.

Nous traversons un bout de vallée un peu marécageux ; on me montre de loin le village de Devna grimpé sur sa colline; en bas, un mince ruisselet bordé de quelques arbres poudreux avec des maisons neuves. C'est là, me dit-on, que se trouvent ces sources vantées ; je ne puis réprimer un mouvement de déception.

Entendant parler de sources, qui produisent, dès leur émergence, près de 6 mètres cubes par seconde, ou 500000 mètres par jour, soit le douzième de ce que débite la Seine à Paris, je m'étais imaginé d'avance une de ces belles fontaines sortant d'une grotte ou de la base d'un rocher dans la verdure, comme à Vaucluse, aux sources du Lison, en divers points de laDalmatie, ou surtout comme dans ces pays d'Orient, de Syrie, vers lesquels mon souvenir m'avait reporté d'abord, à Baal-

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