‹ La Bulgarie d'hier et de demainChapitre 80 sur 198 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Description d'ensemble des Balkans. — Le Balkan de l'Ouest et les gorges de Tlsker. — Le Balkan Central et la zone des formations charbonneuses. — Drenovo et les sculpteurs sur bois. — Trevna.

— Radevtsi et ses mines. — Un bassin houiller pittoresque. — La grande forêt des Balkans. — Les tableaux colorés des villages. — L'auberge de Borouchtitza et le battage du grain. — Le versant sud des Balkans. — Seltsi. — Le déboisement. — Dans le lit du torrent. — L'arrivée à la vallée des roses. — La vallée des roses ; la culture des rosiers et la fabrication de l'essence de roses. — Maglisch. — Les aires à battre le grain d'aspect mycénien. — Hamboise et les souvenirs de la campagne de 1878. — Halnkiou et la maison du pope. — Les chiens bulgares. — Tvarditza. — Le gros gibier. — L'arrivée des Turcs à Eléna. — Le sommet de Tchoumema. — Effet de brouillard. — Les Karakatchani et les tziganes. — Le passage du gué. — Le village turc de Sarayar.

— Les paysages de Bêla et les types de femmes. — Les hôtels de villages. — Soleil couchant à Slivno. — La station thermale. — Nova Zagora. — Les paysages verdoyants de la Toundja. — Le passage de Kasan et Kotel. — Les sources vauclusiennes de Ko tel.

L'ensemble des Balkans.

LE Balkan, l'antique Hémus, est, en quelque sorte, la raison d'être de la Bulgarie, qui, plus que toutes les autres nations dites, comme elle, balkaniques^, mérite réellement ce nom, puisqu'elle possède le Balkan

1. Cette dénomination générale tient à ce que, pour les Turcs, toutes les montagnes de la péninsule portaient également le nom de Balkans.

lui-même. Cette grande montagne, à peu près rectiligne, ou plutôt incurvée en un arc très ouvert, qui forme Taréte médiane du pays entre deux rangées de plaines, en marque l'ossature solide, la colonne vertébrale, sur laquelle sont appliquées les chairs. Géologiquement, c'est par les mouvements tertiaires, dont le Balkan représente la synthèse, que toute la péninsule a été disloquée, reconstituée, et finalement modelée.

Il ne faudrait pourtant pas s'imaginer, d'après la réputation un peu farouche que les Balkans ont prise dans l'histoire, une Alpe ni même une Pyrénée. Le Rhodope, en Bulgarie même, monte sensiblement plus haut dans le massif du Kilo et du Mous Alla, avec des sommets de 2 900 mètres ; et surtout ses crêtes de granit sont plus abruptes, accrochent davantage les neiges, prennent mieux une allure alpestre. Dans les Balkans, on n'atteint pas 2 400 mètres, et les crêtes, composées pour la plupart de gneiss friables ou de sédiments aisés à démanteler, ont un air usé, arrondi, qui ferait juger cette saillie montagneuse plus vieille qu'elle ne l'est en réalité. A distance, cela se traduit par l'aspect d'une longue vague presque horizontale que prennent les Balkans, vus de la plaine de Sophia, de Philippopoli, ou, au nord, du plateau de Plevna et de Tirnovo. L'aspect pittoresque en souffle, du moins au gré des alpinistes, qui ne révent que plaies et bosses; mais les Balkans doivent, en revanche, à leurs faibles saillies, leur merveilleuse parure de forêts centenaires : non pas les froids sapins helvétiques aux couleurs funèbres, faits pour s'assortir avec un paysage de brumes et de neiges, mais les grands hêtres au tronc clair et les chênes, au travers desquels l'éclat du jour se traduit encore en joyeuses taches de lumière sur les feuilles rousses des sous-bois, sur le gris lacet des sentiers.

Page 1