‹ La Bulgarie dans le passé et le présentChapitre 1 sur 127 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Parmi les nouveaux États éclos depuis le commencement du XIX" siècle dans les anciennes limites de l'empire ottoman, la Bulgarie, dont on connaissait à peine le nom il y a quinze ans, est un de ceux qui, durant la dernière décade, ont le plus fréquemment attiré Tattenlion de TEurope occidentale. Malheureusement celle attention s'est, le plus souvent, portée sur l'apparence extérieure des événements politiques, beaucoup plus que sur le peuple bulgare lui-même ; de là deux courants d'idées complètement différents: tandis que les hommes qui avaient pu étudier à fond la nation bulgare, voyageurs, ethnographes, économistes, historiens, s'accordaient à lui donner une place élevée dans leur estime et à lui promettre un avenir des plus honorables, l'opinion publique, basée principalement sur les nouvelles des journaux, ne voulait voir dans les Bulgares que des brouillons, prêts tous les jours à provoquer une

conflagration en Europe. Nous avons cherché dans

ce travail à présenter la nation bulgare sous son véritable jour par un exposé sincère de ce qu'elle a été autrefois et de ce qu'elle est aujourd'hui. Nous avons d'abord voulu résumer les opinions des auteurs les plus compétents qui, en France ou à l'étranger, ont étudié les questions bulgares ; au premier rang parmi eux, nous davons citer M. Louis Léger, actuellement professeur au Collège de France, dont les leçons, entendues autrefois à l'École des Langues orientales, ont été notre première initiation dans les études slaves, puis MM. Jiretschek, de Laveleye, Kanitz ; nous avons aussi recherché dans les livres écrits par les Bulgares eux-mêmes l'expression de leurs souvenirs, de leurs aspirations, de leurs espérances; enQn, dans un exposé aussi complet qu'il nous a été possible de le faire, exposé basé sur des documents ofiiciels ou des témoignages dignes de foi, nous avons montré la situation actuelle de l'État bulgare, les travaux exécutés, les progrès accomplis, avant comme après l'émancipation, progrès qui, en moins de 20 ans ont amené la Bulgarie au même niveau que les pays voisins, émancipés depuis trois quarts de siècle.

Nous espérons avoir réussi à montrer que les Bulgares constituent une nation intelligente, calme, laborieuse, et qu'ils sont appelés à occuper plus tard une place importante dans la constitution défl*

nitive de l'Europe orientale. îl nous semble qu'il y a un intérêt réel pour notre pays à se rendre compte de la situation de ces régions où il a de tout temps exercé une grande influence intellectuelle et politique, aujourd'hui sérieusement combattue, mais bien loin d'être anéantie. Cette influence qui se manifeste par l'usage de notre langue, par la préférence donnée à nos écoles, par la faveur accordée à tout ce qui vient de France, est d'autant plus facilement acceptée par les populations, qu'elle a toujours été au service, non d'intérêts égoïstes, mais des grandes causes de la civilisation et de la liberté. On ne peut la conserver intacte et la développer qu'en tenant compte des sentiments et des aspirations légitimes des peuples. Il y a là, pensons-nous, une question non seulement d'intérêt, mais d'honneur national. Maintenant que notre pays a, par vingt ans de travail, reconquis en Europe la place à laquelle lui donnent droit sa richesse naturelle, la stabilité de ses institutions et la puissance de son armée, il peut poursuivre le développement de son influence extérieure, et la meilleure manière de le faire dans la région qui nous occupe est, pensons-nous, de prendre pour base ce principe qui nous est cher pour bien des raisons : le droit de chaque peuple à disposer de lui-même.

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