BUL- GARES
18RAiLlTES.
DIYBRS .
Vilnyet de Salo - 7iùjue (1)
Sandjak de Monasiir.
— deSerlldjé..
deGoritsa..
— de Dibra
— d'Elbassan. .
Vilauct de Monasiir
(1) L'annaaire de ce TÏUyet ne donne pis It répartition des nationalités par sandjaki.
Dans ce tableau les chiffres de la population bulgare ne comprennent que les habitants ayant adhéré formellement h l'exarchat; les autres Bulgares chrétiens sont comptés comme Grecs, et les Pomaks, classés avec les Musulmans, On ne peut donc se baser sur ces données pour apprécier l'importance relative des diverses races qui peuplent la Macédoine; il était cependant intéressant de les citer afin de montrer que, dans ces deux vilayets, le nombre des Bulgares officiellement reconnus comme adhérents de l'Exarchat, est sensiblement égal h celui des fidèles de TÉglise patriarcale.
Nous n'entrerons pas, pour le moment, dans de plus
longs détails sur la population de la Macédoine, ce sujet devant être traité à la fin de ce chapitre.
L'organisation judiciaire correspond îl la division administrative : chaque vilayet possède une cotir d'appel, chaque sandjak et chaque kaza un tribunal. La cour d'appel et les tribunaux des sandjaks se divisent en deux chambres, Tune civile et l'autre criminelle; les juges peuvent être musulmans ou non musulmans. La législation appliquée par les tribunaux est imitée des Codes français. Mais on sait que chez les Musulmans c'est la loi religieuse qui règle un grand nombre de circonstances de la vie civile; une juridiction spéciale 0xiste pour les cas de ce genre; on la distingue par le qualificatif de cherH, c'esl-fi-dire « conforme h la loi ». Les tribunaux appliquant la loi religieuse se composent exclusivement du naib de chaque circonscription et les affaires s'y traitent d'une manière toute sommaire.
Dans un certain nombre de cas, notamment pour les actes se rapportant h la constitution de la famille, mariages, divorces, successions, le droit ecclésiastique est également en vigueur pour les non-musulmans, qui sont alors justiciables de leurs chefs religieux respectifs.
On sait, du reste, que les dignitaires ecclésiastiques sont encore, aux yeux deTadministralion ottomane, les représentants légaux de leurs coreligionnaires; ils sont officiellement désignés comme chefs de nation {milet'bachi) dans leurs rayons d'action ; le patriarche de Constantinople est le chef de la nation des Grecs pour tout l'empire, l'Exarque, celui des Bulgares; les évoques ont la môme qualité dans leurs diocèses. Depuis qu'une plus grande régularité a été introduite dans
radminislration turque et que les chrétiens ont été admis dans les services publics, l'influence des dignitaires ecclésiastiques a sans doute diminué, mais n'a point disparu; Tinspection des écoles, notamment, est encore h peu près exclusivement entre leurs mains.
Il existe bien, cependant, dans les différentes circonscriptions administratives, des commissions scolaires {m'drif medjlisi), mais leur action s'exerce surtout sur les écoles ottomanes et sur celles qui appartiennent à des nationalités n'ayant pas de chef local officiel, comme c'est le cas, par exemple, pour les Bulgares de la plupart des diocèses de Macédoine. Il faut remarquer en outre, en ce qui concerne l'instruction publique, que les écoles non musulmanes sont encorCi paraît il, entretenues exclusivement aux frais des particuliers ou des associations, l'État ne leur accordant aucune part des fonds consacrés au service de l'enseignement.
La Macédoine est, au point de vue du climat, Tune des régions les plus favorisées de la péninsule orientale ; le sol est très fertile et ses productions extrêmement variées; les plantes méridionales qui ne sont cultivées en Bulgarie que d'une façon restreinte, tels que le cotonnier, l'olivier, l'oranger, le citronnier, réussissent parfaitement, au moins dans les parties méridionales du vilayet de Salonique; on pourrait môme y faire venir la canne à sucre. La culture de la vigne a reçu une grande extension, mais le vin, comme en Bulgarie, est généralement mal fabriqué. Le tabac se cultive presque partout, ainsi que le pavot servant à préparer 1 opium.
La terre travaillée ne représente guère que le sep-
tième de la surface du sol, ce qui tient en partie au système des jachères qui laisse en friche chaque année les trois cinquièmes environ du terrain cultivable. La culture des céréales, orge, blé, seigle, avoine, maïs, occupe les trois quarts des champs exploités.
L'élevage des vers à soie est particulièrement important dans les kazas de Gucvgueliï et de Vodéna, et celui des abeilles dans la Chalcidique.
Les forêts, qui couvrent près de la moitié du territoire, présentent les mômes essences qu'en Bulgarie; levilayet de Salonique est, h cet égard, Tun des plus riches de l'empire ottoman.
A côté de l'agriculture, qui occupe la plus grande partie des habitants de la Macédoine, l'élève des bestiaux constitue une partie importante des ressources de ce pjiys; dans les hautes régions du vilayet de Monaslir, en particulier, habitent des populations pastorales, de race albanaise ou niacédo-roumaine. Les peaux et les laines fournissent les principales matières premières à l'industrie locale.
Cette industrie a surtout pour objet, comme en Bulgarie, la satisfaction des besoins immédiats de la population, en ce qui concerne le vêtement, la chaussure, le logement. Un certain nombre d'usines munies de moteurs à vapeur, moulins, filatures, tissages de coton ou de soie, fabriques de savon, manufactures de tabac, distilleries, ont étp créées à Salonique, Velès, Drama, Serès,Negouch.
La Macédoine est riche en gisements minéraux, mais un petit nombre seulement sont exploités et encore dans des conditions limitées; parmi ceux-ci nous citerons les mines de lignite du kaza do Sérès, les gisements de chrome des kazas de Kassandra et de Vodena,
ceux de fer dans les kazas dcNcvrokop,Razlog,etKriva- Palanka. On trouve aussi en quelques endroits du plomb argentifère et de l'antimoine.
La Macédoine est beaucoup moins favorisée que la Bulgarie au point de vue des communications; outre (jue le pays, tantôt montagneux, tantôt coupé par des lacs, des étangs ou des rivières, est par lui-même peu praticable, les routes accessibles aux voitures sont peu nombreuses, les transports s'y effectuant généralement, pour les voyageurs comme pour les marchan-^ dises, h dos de cheval ou de mulet.
Les principales routes sont : celles de Salonique à Serès et de Salonique h Monastir par Vodena; celles qui partent de Monastir et se dirigent, au sud, vers Florina, Kastoria et Larisse (Thessalie), à l'ouest, vers Elbassan, par Okhrida, et vers Yanitia par Gorilsa, au nord vers Usktip^ par Gostivar et Tetovo, et vers Prilep et Vêles; enfin, celles qui, rayonnant à'Uskup, se dirigent sur la Vieille-Serbie par le défilé de Katchanik, sur Vrania en Serbie et sur Kmtendil en Bulgarie ; ces deux dernières voies ne se séparent qu'à Koumanovo.
La Macédoine ne possède encore qu'une seule ligne de chemin de fer, qui la parcourt, il est vrai, dans toute sa longueur et îi peu près en son milieu. Cette ligne, longue de 3G2 kilomètres, va de Salonique à Mitrovitsa (entre Prichtina et Novi-Bazar) ; elle suit jusqu'à Uskup le cours du Vardar et passe, entre le Schar-Dagh et le Kara-Dagh, par le défilé de Katchanik, qui l'amène dans le bassin du Danube. Ce parcours est très accidenté ; il ne compte pas moins de 95 ponts (dont 8 sur le Yardar), et de 12 tunnels. La ligne de Salonique à Mitrovitsa appartient à la Compagnie des
chemins de fer orientaux, qui Ta construite en 1872. Elle dessert 28 stations, parmi lesquelles nous citerons, en partant de Salonique : Guevguclii, Stroumilsa, Krivodol, Vélès,Uskup, Prichtina; certaines de ces stations sont assez éloignées desvilles dentelles portent les noms.
Un embranchement partant d'UsImp, et passant à Koumanovo, rejoint h Vrania la ligne serbe de la vallée de la Morava; cette ligne se réunit elle-môme, îi Nich, h la grande ligne de Constantinople, par Belgrade et Sofia. Grâce à cet embranchement, ouvert en 1888, Salonique est en communication directe avec TEuropc occidentale.
Une nouvelle ligne ferrée, devant aller de Salonique à Monastir, est actuellement projetée.
Mais c'est surtout par la voie de mer que s'établissent les relations du grand port de la mer Égéc avec l'Occident, comme avec les autres villes du Levant; plusieurs compagnies maritimes, françaises, anglaises, autrichienne, italienne, russe, grecque et turque desservent régulièrement Salonique deux ou quatre fois par mois. En 1888, 4,450 bâtiments (dont 778 à vapeur), ont visité ce port ; en ce qui concerne les vapeurs, le pavillon anglais tenait le premier rang, lepavillon français le second; 80 p. 100 des bâtiments à voiles étaient turcs.
Parmi les nombreux mouillages que présentent les côtes extrêmement découpées de la Macédoine, le port de Kavala^ au fond d'une large baie fermée en partie par l'Ile de Thasos, est le seul qui possède une véritable importance commerciale; quelques-uns des services de navigation qui desservent Salonique (entre autres les Messageries maritimes), y font escale en allant à Constantinople.
II* — ILiO. question des nationalités»
La Macédoine, dans les limites que nous lui avons données au commencement de ce chapitre, présente en quelque sorte la synthèse ethnographique de la péninsule, dont elle rassemble toutes les races dans un espace de 75,000 kilomètres carrés. Tandis que sur les côtes domine la race hellénique, l'intérieur est habité par des Slaves; les Turcs se montrent nombreux dans les villes, les Albanais s'avancent sur les limites occidentales et pénètrent en quelques endroits vers Tiiitérieur; les Tsiganes et les Israélites s'y trouvent dans les mômes conditions que dans le reste de Tenipire ottoman ; enfin la race roumaine elle-même est représentée dans cette région, éloignée pourtant de son domaine principal, par un rameau détaché, celui des Tsmtsares ou MacédO'Rownains, Cette situation de là Macédoine, au point de vue des nationalités, permet déjà d'expliquer les convoitises dont ce pays est l'objet, mais d'autres motifs aussi attirent les regards des États voisins ou rapprochés, vers les vallées du Vardar et de la Strouma.
La Macédoine, avec son développement de côtes sur la mer Egée, son grand port de Salonique, est, pour les États de la péninsule, une porte ouverte sur l'Occident; pour certaines puissances occidentales, ce serait, au contraire, la route de l'Orient; on comprend donc que, depuis les grands événements militaires et diplomatiques qui ont rouvert l'ère des changements politiques et territoriaux dans cette partie de l'Europe, la Macédoine soit devenue, entre les États directement intéressés dans la question orientale, un enjeu, en at-
tendant qu'elle se transforme en pomme de discorde.
La question étant avant tout une question de nationalité, nous entrerons ici dans quelques détails plus circonstanciés que ceux qui ont été donnés au chapitre IX.
; Il est fort difficile, nous l'avons déjà fait remarquer, de se rendre un compte exact de la répartition numérique des différentes races de la Macédoine; les indications fournies par les documents officiels se rapportant exclusivement aux cultes, ne peuvent qu'induire en erreur. Voici quelques-unes des évaluations données dans des ouvrages de géographie ou des récits dé voyage.
HATIORALITÉS.
RITTICH (1).
0TETCIIE8T-
VEKNA.
GâOCnAFIA.
BIANCOM.
{Cartes commerciales).
VERKOVITCII.
Bulgares
Turcs
Grecs
Roumains ....
Divers
Totaux..
(1) Slavlantikil Mir (le Monde Slave).
(2) Dont tout près do 300,000 seraient mnlioinôtans.
Voici, d'après l'ouvrage de M. Vcrkovitch, Esquisse topographique et ethnographique de la Macédoine, la proportion, dans les différents kazas, des trois races principales. M. Verkovitch étant de nationalité serbocroate, et ayant publié, à Saint-Pétersbourg, en 1889,
Touvrage en question, celui-ci nous parait présenter des garanties suffisantes d'impartialité.