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Monastir
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Kroutchévo ....
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Kralovo
Tétovo
Kriva-Palanka. .
A. Vilayet de Saloniqne.
Zihné
Démir-llissar. . .
Pétritch
Mclnik
Raxlog.
Ncvrokop
Drama
Kavala
Sarychaban. . . .
B. Vilayet de Monastir.
Kojani . .
Djouma .
NasliOj..
Grcvena.
Kastoria.
Dibra . . .
c. Sandjak d'Uskup.
Radovilch .
Chtip
Kotchani . .
Ce qui ressort cependant d'une façon incontestable de toutes les statistiques, c'est que la grande majorité de la population macédonienne appartient à la race slave; les voyageurs Lejean, Barth, Âmi-Boué, les géographes Ritler, Kiepcrt, Elisée Reclus, pour ne citer que des auteurs désintéressés dans la question, sont d'accord h ce sujet; aussi, certains écrivains grecs,
pour défendre malgré tout la suprématie de leur race, ont-ils imaginé la théorie des Grecs bulgarophoncs, d'après laquelle les Macédoniens parlant bulgare seraient en tout ou en partie des Hellènes slavisés; cette théorie n'est pas soutenable, car il est sans exemple qu'une population ait adopté la langue d'un peuple moins avancé en civilisation et moins nombreux; les Bulgares qui, bien longtemps, ont reçu toute leur culture intellectuelle des Grecs, n'auraient pu slaviser ces derniers qu'à la condition de posséder, au préalable, sur eux, une énorme supériorité numérique; l'argument se retournerait donc contre ses auteurs.
Si la nationalité slave de la majorité des Macédoniens paraît incontestable, il est plus délicat de déterminer à laquelle des branches de la famille slave ils appartiennent; voisins des Serbes et des Bulgares, ils pourraient se rattacher à l'un ou à l'aulre de ces peuples, et les différences ethnographiques existant entre les deux sont assez faibles pour que l'on puisse parfois hésiter.
Il faut cependant reconnaître qu'une unanimité complète a longtemps régné sur celte question; tous les auteurs que nous avons cités plus haut, et bien d'autres encore, ont classé sans hésitation, comme Bulgares, les Slaves de la Macédoine, c'est-à-dire de la région limitée à l'ouest et au nord par le Schar-Dag et le Kara-Dag; les écrivains qui se sont occupés de recueillir les chants nationaux macédoniens, les frères Miladinov, Macédoniens eux-mêmes, M. Verkovitch, dont le livre fut publié, en 1860, sous les auspices du gouvernement serbe, reconnaissent également comme bulgare la langue de ces poésies populaires. L'ancien consul de France à Salonique* DozoUy dans son recueil de chants bulgares.
cilc également quelques morceaux en dialecte macédonien. On peut dire que, jusqu'en 4878*, la nationalité bulgare de la Macédoine n'était contestée que par les Grecs seuls. Mais, depuis cette époque, un troisième compétiteur est entre en lice. Les Serbes qui, jusqu'alors, avaient, h juste titre, nourri l'espoir de voir un jour incorporer h leur pays la Bosnie et l'HerzégovinQ, habitées exclusivement par leurs compatriotes, durent y renoncer fl la suite du traité de Berlin, qui conférait à rAulriche le droit d'occuper ces provinces; la Vieille-Serbie, c'est-à-dire les sandjaks de Novi- Bazar, Plevlié, I|)ek et Prichtina, ne paraissant pas, aux yeux des patriotes serbes, constituer à leur pays une zone suffisante d'extension future, une campagne fut commencée dans le but de faire connaître les droits de la Serbie sur la IMacédoine.
Ces discussions n'ont pour le moment ancune valeur pratique, puisque la Macédoine n'est pas une terre vacante que l'on puisse s'adjuger comme s'ir s'agissait du Soudan ou du Congo; néanmoins, leur objet revient assez souvent dans Tétude des questions politiques courantes pour qu'il nous paraisse utile d'en parler avec quelques détails.
La partie était assez difficile à engager pour les Serbes, les Bulgares ayant déjà en quelque sorte possession d'état ; les obstacles ne firent qu'accroître l'ardeur des champions de la Serbie, au point qu'ils en arrivèrent bientôt h dépnsser le but. Tout m étant animé d'une égale sympathie pour les deux nationalités slaves de la péninsule, tout en respectant la pensée qui pousse les écrivains serbes à préparer le développement futur de leur pairie, la vérité nous oblige à déclarer que les
revendications de la Serbie sur la Macédoine nous paraissent manquer absolument de bases sérieuses.
Les défenseurs de la cause serbe ont eu recours à des arguments de toute nature, historiques, ethnographiques, politiques. Au point de vue historique, ils s'appuient sur ce fait que la Macédoine fit partie, au XIV® siècle, de l'empire de Douchan. On pourrait, tout d'abord, récuser cet argument; il n'est, en effet, pas d'État européen qui ne puisse, en remontant plus ou moins haut dans l'histoire, réclamer au même litre quelques provinces à ses voisins. Mais on peut aussi répondre sur le même ton, en faisant remarquer que, dès le X® siècle, la Macédoine avait appartenu aux Bulgares; nombre de documents d'origine grecque reconnaissent le caractère bulgare de cette région ; l'empereur Basile II, qui détruisit l'État de la Bulgarie occidentale (que quelques auteurs serbes revendiquent pour leur nationalité) est appelé par les chroniqueurs contemporains Voulgaroktonos (Bulgaricide) et le patriarche d'Okhrida, conserva, sous la domination byzantine, le titre d'archevêque de BtUgarie.
La question ethnographique est moins facile h élucider; les auteurs serbes, devant l'unanimité des voyageurs à qualifier de Bulgares les Slaves de Macédoine, ont pu les taxer d'incompétence, et dire qu'ils n'avaient pas su distinguer la véritable parenté des dialectes macédoniens; la grande variété de ceux-ci, la ressemblance des deux langues serbe et bulgare donnent au moins un caractère de possibilité à celle affirmation; aux yeux de l'observateur impartial, cependant, elle peut tout au plus rendre douteuses les affirmations contraires, mais non les annuler; rien ne nous oblige, en effet, à accorder plus de créance aux
assertions de M. Goptchevitch, déclarant que toute la Macédoine est serbe jusqu^à Salonique, qu'à celles de M. Vcrkovitch, disant que la population de Prizren est encore bulgare.
Il ne faudrait, du reste, pas attacher une importance exclusive à la langue dans les questions de nationalité; en France, mieux que partout ailleurs, nous savons que la diflérence des idiomes n'empêche pas la communauté des sentiments patriotiques; la patrie choisie volontairement est parfois plus chore que celle qui est imposée par l'origine. Or les écrivains serbes eux-mêmes reconnaissent que si l'on interroge un Macédonien sur sa race, il répondra : c< Je suis Bulgare «>. Nous avons eu, du reste, dans les chapitres précédents, mainte occasion de montrer les Macédoniens faisant cause commune avec les Bulgares, et les statistiques turques reconnaissent que 450,000 habitants des vilayets de Salonique et de Monastir ont adhéré à l'exarchat. Les Serbes ne pouvant révoquer en doute toutes ces circonstances, ont cherché à en détourner la signification par un procédé analogue à celui que nous signalions plus haut de la part des Grecs. Les Macédoniens, tout en se déclarant Bulgares et en faisant constamment cause commune avec les Bulgares, seraient des Serbes, cachant leur nationalité, dans la crainte des mauvais traitements qu'elle pourrait leur attirer de la part des Turcs. S'il en était réellement ainsi, ces Bulgares par nécessité se seraient soigaeusement tenus tranquilles en toute circonstance et se seraient bien gardés de prendre part aux agitations en laveur de l'autonomie de l'Église bulgare; cette participation leur a valu, en effet, au moins autant de persécutions que le nom de Serbe aurait pu leur en attirer ; et puis, comme le
font justement remarquer les écrivains bulgares, pourquoi ce changement de nationalité n'aurait-il pas affecté les habitants de la Vieille-Serbie qui avaient tout autant à redouter des Turcs que ceux de la Macédoine.
Quoi qu'il en soit, les Macédoniens, par leur attitude dans la question de l'autonomie religieuse et lors de la guerre serbo-bulgare, ont montré qu'ils se considéraient réellement comme Bulgares et qu'ils entendaient le demeurer.
Il est utile de rappeler aussi que la nation bulgare possède trois documents officiels qui constatent ses droits sur la Macédoine ; ces documents, déjà cités, émanent, l'un du souverain de l'empire ottoman, un autre des représentants des grandes puissances, le troisième de la Russie; ce sont : l» les firmans de 1870 et de 1872 qui ont constitué l'Exarchat bulgare, et lui ont incorporé les diocèses de Vêles, d'Uskup et d'Okhrida; 2» le projet d'organisation de la Bulgarie élaboré par la conférence de Constantinople en 1876, projet qui comprenait, dans le vilayet de Sofia, lessandjaks d'Usktib et de Monastir; 3» le traité de San Stefano^ d'après lequel la Macédoine presque entière entrait dans les limites de la principauté de la Bulgarie.
Nous croyons avoir ainsi montré la véritable situation des nationalités de la Macédoine. Nous n'avons, d'ailleurs, aucunement l'intention de pousser plus loin les conséquences de cet exposé. La Macédoine est une province ottomane et il nous semble que le maintien du statu quo est encore ce qui peut arriver de plus heureux à ce pays comme à ses voisins; étant donné la situation des nationalités dans la province mémo et les compétitions à l'extérieur, la disparition de la souveraineté ottomane amènerait infailliblement les conflits
les plus graves entre les États balkaniques, conflits dans lesquels interviendraient certainement de grandes puissances. Sans doule, en Bulgarie, quelques patriotes rôvent h la rédemption de ces terres habitées par des frères de race ; c'est assurément leur droit, et ce n'est pas h nous autres Français qu'il appartiendrait de le leur reprocher; mais on peut être certain à cet égard que la sagesse dont le peuple bulgare a si souvent donné des preuves, aura encore ici le dessus, et que la Principauté n'ira pas compromettre les résultats acquis pendant plus de douze années de labeurs, pour tenter une conquête, dans laquelle elle est certaine de rencontrer de puissants adversaires. Pour le moment, c'est par des moyens tout pacifiques que la Bulgarie cherche à s'attacher les Macédoniens ; c'est par la diffusion de l'instruction que s'exerce sa propagande, ainsi que nous allons le voir dans le paragraphe suivant; ce procédé, d'autant plus légitime, que l'administration turque laisse à l'initiative privée le soin d'instruire la population chrétienne, ne peut que mériter à la nation bulgare l'estime de l'Europe civilisée,