CHAPITRE III
LES ORIGINES DE L'ÉTAT BULGARE ET SON EXISTENCE JUSQU A LA CONQUÊTE GRECQUE.
Le peuple bulgare occupe actuellement la partie de la Péninsule des Balkans, désignée dans Tanliquilé sous les noms de Mœsie, Thrace et Macédoine, On possède fort peu de renseignements sur l'origine des populations primitives de ces régions. Les documents philologiques, si précieux pour rechercher et déterminer la parenté des peuples, font ici presque complètement défaut. Pourtant certaines indications fournies par les auteurs anciens sur les mœurs et le caractère de différentes nations barbares de la péninsule ont donné lieu de conclure qu'elles appartenaient h une môme race dont les Albanais seraient les descendants les plus directs. Des analogies grammaticales assez nombreuses entre les langues, d'origines très diverses, qui se parlent actucll(?ment dans la péninsule, analogies qui ne peuvent guère s'expliquer que par l'influence d'un idiome antérieur, viennent corroborer cette hypothèse.
D'après l'opinion de Frédéric Millier, cette race, qu'il appelle Tliraco-lllyrienne^ se serait la première séparée du tronc indo-européen pour venir habiter le pays dont
une partie appartient encore aujourd'hui à ses descendants, les Albanais. Ceux-ci pourraient donc être comptés au nombre des plus anciens habitants de l'Europe.
LesThracoIUyriens auraient constitué deux branches. Tune orientale formée par les Macédoniens et les Thraces auxquels se rattachaient les Gètes et les Daces, l'autre occidentale comprenant lesIUyriens et les Épirotes, desquels procodent directement les Albanais.
Ces nations, que dès le commencement de l'ère chrétienne nous voyons soumises h la domination romaine, avaient eu auparavant leurs heures glorieuses; sous Alexandre le Grand, elles avaient conquis l'Asie, avec Pyrrhus, roi d'Épire, elles disputèrent h Rome l'empire du monde. Mais, une fois vaincues, elles n'échappèrent pas à l'absorption par les races plus civilisées, et, tandis que la partie septentrionale se latinisait, l'hellénisation du midi de la péninsule devenait complète; les habitants de quelques régions, surtout dans les montagnes les moins accessibles, échappaient seuls h cette assimilation. Une tribu du Rhodope, près des sources de la Marilsa, les Besses, conservait encore sa langue primitive au v« siècle, et les Albanais paraissent, comme nous l'avons dit, être les représentants les plus purs de la race thraco-illyrienne dont ils possèdent encore les qualités et les défauts tels que les dépeint Hérodote.
Les Romains avaient pénétré dans la péninsule dès le commencement du 1I« siècle avant J.-C, maisia conquête ne fut complète que dans le cours du I" siècle de l'ère chrétienne. La Macédoine avait été de bonne heure réduite en province romaine, la Mœsie subit le môme sort l'an 29 avant J.-C. et la Thrace 26 ans après. Sous Dioclétien, cette dernière province en forma quatre nou-
vcUcs appelées TArrtce (Ronmélie occidentale), J/o;if///?w«5 (ttoumélic orientale), ^?fro;?/î (environs deConstantinoplo), Rhodope (Roumélic méridionale). La Mœsie, déjà divisée au temps de Trajan en Mœsie supérieure (appelée plus tard Mœsie P®) et Mœsie inférieure (puis II®), forma ensuite deux nouvelles provinces, la Scyihie (dans la Dobroudja actuelle) et la Dacie ripuaire, constituée entre les deux Mœsies pour rappeler le souvenir de la conquête de Trajan, perdue par ses successeurs. Lors de la division de Tempire par Constantin en préfectures et en diocèses, les provinces deSqjthie, Mœsie 11^, Thrace, Mont Hénius et Rhodope furent comprises dans le diocèse de Thrcice et la préfecture d'Orient. Les autres appartinrent à la préfecture d'il/f/rie, les provinces de Dacie ripuaire, Dacie intérieure et Dardante (Serbie méridionale et Macédoine septenlrionale) constituant le diocèse de Dacie y celles de Macédoine Z*"®, Macédoine 11^ formant avec la Grèce le diocèse de Macédoine.
La question de savoir îi quelle époque les Slaves apparurent pour la première fois dans la péninsule a été très vivement controversée par les historiens de cette nation. Quelques-uns d'entre eux les ont considérés comme les habitants primitifs et ont même voulu voir dans les Thraces des représentants de leur race. D'après quelques auti'cs, parmi lesquels on peut citer Schafarik\ les Slaves n'auraient, au contraire, pas paru sur la rive droite du Danube avant le dernier quart du V® siècle. Le savant professeur bulgare, M. Martin Drinor, émet un avis différent auquel se range M. Jiretschek, dont VHistoire des Rulgares fait autorité dans ces questions.
D'après ces historiens, des Slaves se trouvaient déjfi
établis en Dacic (dans la Transylvanie et la Valachie actuelles) au milieu des habitants primitifs de race thrace, à l'époque de la conquête de ce pays par les Romains, c'est-tVdire au commencement du II® siècle de notre ère. Cette circonstance explique la popularité acquise et conservée jusqu'à nos jours par le nom do Trajan chez les Slaves du sud, aussi bien que chez les Roumains, Ce nom est en effet fréquemment répété dans les légendes populaires des Serbes et des Bulgares; il a servi à désigner maintes localités au sud comme au nord du Danube; le conquérant romain de la Dacie fut même rangé au nombre des divinités slaves.
A la fin du ii« siècle, les Slaves se sont rapprochés du Danube. Au nombre des peuples de races diverses qui, h cette époque, disputèrent aux Romains la possession des pays riverains, l'histoire enregistre les noms des Karpi (d'où provient la dénomination de Carpates) et des Kostoboki, qui étaient vraisemblablement de race slave.
A la suite des victoires remportées sur eux par les empereurs Carus, Dioclétien et Galère, vers la fin du III® siècle, un grand nombre de ces barbares, entre autres la nation tout entière des Karpi, furent transportés sur la rive droite du Danube en Mœsie et en Thrace. Ce fut le commencement de la colonisation slave dans la péninsule des Balkans. Dès le commencement du V® siècle, dit M. Drinov, on trouve des noms slaves parmi ceux des grands dignitaires de l'Empire d'Orient; deux empereurs même, Justin V' (818-827) et son neveu Justinien I®' (827-868) appartenaient à la race slave. Celle-ci était donc certainement, dès cette époque, largement représentée dans les provinces byzantines.
L'émigration la plus importante avait eu lieu vers la
fin du V« siècle, à la suilc des incursions de ces innombrables hordes barbares, Wisigoths, Huns, Sarmates, Alains, Ostrogolhs qui, pendant plus d'un siècle, parcoururent, en le dévastant, tout le pays, jusque dans le voisinage de Constantinople. Uinvasion slave à cette époque eut son point de départ dans la Dacie, particulièrement dans la région à l'ouest des Carpathes qui forme aujourd'hui la Transylvanie. Deux peuples slaves en sortirent : les Antes, qui devaient disparaître au bout de peu d'années, se dirigèrent vers Test; les Slovènes, dont le nom servit h désigner l'ensemble de la race, occupèrent, à l'ouest des premiers, la plus grande partie de la péninsule, et s'avancèrent même jusqu'en Péloponèse. En 626 , alliés aux Avares, ils vinrent, sans succès il est vrai, assiéger Constantinople; ïhessalique fut aussi îi quatre reprises différentes, de 594 à 687, l'objet de leurs attaques. A celle époque, ils avaient déjà parcouru la péninsule jusqu'à ses extrémités les plus éloignées, et formaient la majorité de la population des provinces de Scythie, Mœsic, Dacie, Dardanie, Macédoine, Epirc, et d'une partie de la Thrace. Les Grecs eux-mômcs donnaient Ix ces régions le nom de Sklavinia (Sy.Xa6ivta).
Mais la population slave de la péninsule ne constituait pas alors une véritable nation; clic était partagée en un grand nombre de tribus (plcmcna) gouvernées d'une manière démocratique, et groupées en petites confédérations n'ayant aucun lien politique les unes avec les autres.
Les noms d'un certain nombre de ces peuplades ont été conservés. Dans la Dobroudja habitaient les Séveriani; le long du Danube, un groupe désigné par les
historiens contemporains sous le nom de « Sept tribus slaves »; puis les Branitchevskiy les Koutchevani, les Timotchanit les Moravani; au sud du Balkan, les Zagortsi, les DregovitclUy les Moratsi; en Macédoine et en Epire, les SaJcoulati, les Brziatsi, les SmoUani, les Slrouniiani, les Rûnkliiniy les Voïniichiy les Zagorisi; en Uellade et dans le Péloponèse, les ililtsi, les Yezertsi, les Veloisitchi.
Les noms de la plupart de ces tribus provenaient de la situation géographique de leurs demeures, par exemple : ïimotchani, riverains du Timok; Moravani, de la Morava, etc.; Sovcriani, hommes du Nord (sôver); Yezerlsi, habitant près d'un lac (yezéro); Zagortsi, d'au delà de la montagne (gora), etc.
Comme cela s'est passé chez d'autres nations européennes, c'est à un peuple, étranger à la fois par sa race et par sa patrie d'origine, que revient le mérite d'avoir réuni en un seul faisceau les tribus slaves éparses de la péninsule, et d'en avoir formé un corps politique.
C'est en efiet une tribu de race finnoise, originaire des bords de la Volga, qui vint au VII^ siècle jouer dans la région balkanique le rôle qui, en Gaule, fut rempli par les Francs, et c'est le nom de cette peuplade que portent actuellement les Slaves qui habitent la moitié orientale de la péninsule.
Comme nous le ferons remarquer en traitant la question ethnographique, celte circonstance n'inflrme en rien la nationalité slave des Bulgares modernes, pas plus que le fait d'avoir pris le nom d'une tribu germanique ne décide de la parenté de race des Français..
Les Bulgares habitaient, dans la première moitié dit VU® siècle, le pays compris entre le Don et la Volga;
Vers ïnn GGO, la ualioii, h lu mort d'im de ses plus puissanls chefs, Kouvrat ou Kourt^ se divisa en cinq fractions, comniandoes chacune par l'un des fils du défunt.
Deux de ces tribus restèrent dans leur pays d'origine, et plus tard, s'étant avancées vers le nord, fondèrent entre la Volga et la Kania, un royaume connu sous les noms de Grande-Bulgarie et de Bulgarie Noire^ lequel subsistait encore au Xlli® siècle, époque à laquelle il fut détruit par les Tatars. La capitale do cet État portait le nom même de la race, Boulgar, Les Tchou vaches, qui habitent actuellement les environs de Kazan, seraient les derniers descendants des Bulgares de la Volga.
Les fractions commandées par les deux plus jeunes fils de Koubrat allèrent s'établir, l'une en Paunonie (Hongrie actuelle), l'autre dans l'Italie méridionale.
Le troisième fils du défunt, Isperik ou Asparouk, conduisit ses compagnons le long de la mer Noire, jusqu'au bord du Danube. Ils s'arrêtèrent d'abord en Bessarabie, dans l'angle ou coin (en slavon ongl, en tartare Boudjak), formé par le Dniester, le Danube et la mer Noire, puis dirigèrent leurs incursions au delà du lleuve, dans la Mœsie et même jusqu'en Thrace. Vers la fin du VII® siècle, à la suite d'une expédition malheureuse envoyée contre eux par les Grecs, ils s'établirent définitivement sur la rive droite, en Dobroudja, d'où ils expulsèrent les Sêveriani, puis occupèrent toute la région' littorale jusqu'au Balkan. Au X" siècle, le cenlrc de gravité de leur domination se trouva dans le bassin du Kamtchik; c'est là qu'était leur capitale Prêslav. Pour conserver la possession do la Thrace, les empereurs de Constantinople durent consentir au payement d'un tribut et renoncer à toute prétention sur la Mœsie.
Les conquêtes des Bulgares furent rapides, et à la fin
du VIII® siècle, ils occupaient presque toute la moitié orientale de la péninsule, et avaient réuni sous leur domination le plus grand nombre des tribus slaves.
Le passage du Danube par les hordes d'Asparouk peut donc être considéré comme le point de départ de Thistoire politique des Bulgares; quant à leur histoire nationale, c'est au premier établissement des Slaves dans la péninsule qu'il convient de la faire remonter.
L'histoire des premiers rois bulgares est tout entière remplie par le récit de leurs luttes avec l'Empire grec, luttes qui, malgré des alternatives de succès et de revers, eurent pour résultat définitif l'extension des possessions bulgares dans la direction du Midi.
Un siècle seulement après l'avènement d'Asparouk, une usurpation du trône mit fin au règne de sa dynastie. Kormisos, en inaugura, en 753, une seconde dont le gouvernement fut troublé par de nombreuses guerres civiles, ce qui n'empêcha pas les Bulgares de s'avancer jusqu'aux portes de Constantinople et de Thessalonique. Kardam qui régna de 791 h 797, imposa de nouveau aux Grecs, après plusieurs campagnes victorieuses, l'obligation de payer un tribut annuel.
Avec les premières années du IX» siècle, commence le règne de l'un des plus puissants souverains des Bulgares, Kroum, aussi célèbre par sa cruauté toute barbare que par ses talents militaires et politiques.
Lorsqu'il monta sur le trône (802), le royaume bulgare embrassait déjîi la Mœsieet la Valachie, s'étendant ainsi des Balkans aux Karpathes. Kroum conquit au nord sur les Avares une partie de la Pannonie, et au sud, il s'empara de Sofia, restée jusqu'alors aux mains des Grecs et étendit sa domination dans la vallée de
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la Strouma. Une expédition dirigée par rcmperciir grec Niccphore, parvint cependant jusqu'à la résidence de Kroum, Preslav, qui fut incendiée; mais le roi bulgare ayant fait occuper tous les passages des Balkans, l'arraée grecque fut à son retour cernée et complètement détruite. L'empereur lui-môme fut tué et Ton raconte que Kroum, en vrai barbare, ordonna de placer la tôle du malheureux souverain au bout d'une pique et de Texposer dans son camp : ensuite il fit enchâsser son crâne dans une monture en argent et s'en servit comme d'une coupe pour boire les jours de fôle à la santé de ses hôtes.
Une autre campagne conduisit, après une victoire remportée près d'Andrinople, l'armée bulgare sous les murs de Constantinople. L'empereur grec dut encore consentir au payement d'un tribut annuel. Kroum se disposait à recommencer la guerre lorsqu'il fut frappé d'apoplexie le 13 avril 815.
11 n'avait pas seulement contribué à l'accroissement de la puissance bulgare par ses victoires et ses con* quôtes, mais aussi par ses mesures administratives et ses lois d'une rigueur barbare, il est vrai, qui eurent pour effet d'établir l'ordre et la cohésion dans une société à peine constituée.
Les successeurs immédiats de Kroum, vécurent en paix avec les Grecs et tournèrent au contraire, sans grands succès, leurs eff'orts vers l'ouest, du côté des Francs et des Serbes.
Boris, qui monta sur le trône vers 852, recommença la lutte contre Byzance, tout en continuant à guerroyer contre les Francs, les Serbes et les Croates. Il put ainsi s'emparer, d'un côté, du pays s'étendant jusqu'à l'Ibar
et de l'autre de la Macédoine septentrionale y compris Okhrida, ainsi que d'une portion du littoral de la mer Noire au sud des Balkans.
Les succès matériels ne marquèrent pas seuls le règne de Boris; un événement d'une autre nature lui donne une place spéciale dans l'histoire des Bulgares. Les Slaves de la Moravie qui touchaient aux limites septentrionales des possessions bulgares, venaient d'embrasser le christianismer, convertis par Cyrille et Méthode; Boris, que ses conquêtes avaient rendu voisin des Francs, se trouvait entouré d'États chrétiens. Il crut donc utile à ses intérêts politiques de recevoir aussi le baptême. A la suite d'une campagne victorieuse contre l'empereur Michel III, il lui offrit la paix à des conditions peu onéreuses et profita de cette circonstance pour faire profession de la foi chrétienne. L'empereur lui servit de parrain et le nom de Michel fut choisi par Boris comme nom de baptême.
Conformément aux usages de Tépoque, le souverain contraignit ses sujets à embrasser ses nouvelles croyances et réprima avec la plus grande rigueur la résistance de ses boyars, résistance qui avait été poussée, du reste, jusqu'à l'insurrection.
L'introduction officielle du christianisme en Bulgarie s'opérait précisément à l'époque où s'élevaient entre le pape Nicolas et le patriarche de Constantinople, Pliotius, les compétitions, présages du schisme entre les deux Églises. C'est de Constantinople que Boris avait reçu la foi chrétienne, mais naturellement hostile à la pensée d'une dépendance quelle qu'elle soit, de ce côté, il chercha bientôt h se rapprocher du i)ape, auquel il envoya une ambassade pour demander des prédicateurs et surtout pour réclamer l'érection d'un patriarcat, ou
tout îiu moins d'un archcvôché qui assunU l'autonomie de l'Église bulgare. Ni le pape Nicolas, ni son successeur Adrien ne s'élant décidés à lui donner satisfaction sur ce dernier point, Boris se retourna vprs le patriarche de Constantinople, qui fit droit h sa demande et lui envoya un archevêque.
Boris abdiqua en 880 en faveur de l'aîné de ses fds et se retira dans un monastère, mais il en sortit quatre ans après pour déposer son successeur, dont l'incapacité mettait en péril les résultats acquis pendant son propre règne. Il lui substitua son plus jeune fils Siméon et rentra dans le cloître où il mourut en 1307.
Bien que la mission des frères de Thessalonique, Cyrille et Méthode ait coïncidé avec le règne de Boris, elle n'a pas eu comme on l'a quelquefois cru par erreur, d'influence directe sur la conversion des Bulgares; ainsi que nous le verrons dans le chapitre consacré spécialement aux questions religieuses, c'est aux Slaves occidentaux que s'adressa la prédication des deux missionnaires. Mais leurs principaux disciples se trouvant, après la mort de leurs maîtres, l'objet des persécutions des Allemands, émigrèrcnt en Bulgarie. Ils exercèrent une influence considérable sur le développement intellectuel du pays et furent les créateurs de la littérature slavebulgare qui, bien que presque entièrement restreinte aux œuvres religieuses, n'en brilla pas moins d'un vif éclat sous le règne suivant et mérita do faire donner h l'ancienne langue slavonne le nom de palco-bulgare (drevnoblgarskiï iezik).
Le second fils de Boris et son successeur définitif, Siméon, fut, à tous les points tlo vue, l'un des souverains les plus remarquables qui aient occupé le trône
de Bulgarie. Élevé h Conslanlinoplc, ses qualités naturelles d'esprit et d'intelligence avaient été développées par l'éducation.
Pendant un rftgne de 43 ans, il sut d'abord, par des campagnes victorieuses, étendre au loin les limites de son empire, et lui donner ensuite vingt années d*une paix ininteri*ompue , grîlce à laquelle la civilisation put se développer d'une manière exceptionnelle. La littérature bulgare*, particulièrement encouragée par le souverain, atteignit un haut degré d'épanouissement.
Ce règne si glorieux avait cependant commencé par une invasion des Grecs qui, alliés aux Hongrois, s'avancèrent jusqu'à Prêslav; mais Siméon, avec l'aide des Petchenègues, riverains du bas Dnieper, reprit bientôt l'avantage et imposa à l'empereur byzantin, Léon le Philosophe, une paix qui fut observée jusqu'à la mort de celui-ci.
Dans les campagnes suivantes, pendant la minorité et le règne de Constantin Porphyrogénète, Siméon vint jusqu'à cinq fois mettre le siège devant Constantinople et enleva aux Grecs presque toute la péninsule. La Morée, THellade et quelques points des côtes restaient seuls en leur pouvoir. Les Serbes et les Croates ressentirent aussi l'effet de ses armes.
Vers la fin du règne de Siméon, les limites de l'empire bulgare, partant de la mer Noire, près de Mesemvria, embrassaient presque toute la Thraceet la Macédoine, la Thessalie jusqu'à l'Olympe, TÉpire et le littoral de l'Adriatique, depuis l'embouchure duKalamas en face de Corfou, jusqu'à celle du Drin. Après avoir suivi le cours de cette rivière, la frontière atteignait Tlbar puis la Save. Au delà du Danube, les Bulgares possédaient encore la
Syrmic, la Valachie, une partie do la Hongrie cl de la Transylvanie.
En présence d'une doniinalion aussi étendue, on ne peut s'étonner que Siinéon ait pris le litre de César (en slave tsêsaTy et plus lard, par abréviation, tsar)^ qui lui fut d'ailleurs reconnu par le pape Formose. Aspirant ouvertement h se substituer aux empereurs byzantins, il s'intitula même « Empereur et autocrate de tous les Bulgares et Grecs ». {Tmr i samodrjets vsém Blgarom i Grkom,) Ce titre fut porté par ses successeurs jusqu'en 1393.
C'est à la même époque, probablement, que l'Église bulgare obtint la réalisation de son vœu le plus cher, rércclion d'un patriarcat. Le siège du patriarche était Prôslav, qui, depuis les premiers temps de l'établissement des Bulgares en Mœsie, n'avait pas cessé d'être la résidence de leurs souverains, cl dont Boris avait fait une ville que les récits contemporains représentent comme magnifique.
Le successeur de Siméon, Pierre^ vécut en paix avec l'empire grec pendant plus de 30 ans, mais celte période de calme n'accrut pas la prospérité de la Bulgarie. Au contraire, des dissensions intérieures, les révoltes des nobles, mécontents de la politique pacifique de leur souverain, les troubles suscités par l'hérésie des Bogorailes, dont les doctrines attaquaient l'ordre social autant que la foi et la constitution religieuse, affaiblirent l'empire bulgare et préparèrent sa dissolution.
En 963, un boyar nonmié Chichman iMoker, originaire de Tirnovo, réussit à soulever en sa faveur les populations des provinces méridionales et à se rendre indépendant. Il constitua avec l'Albanie, la Macédoine,