II. — État de l'açrl culture l)u]§rax*C
L*agriculture et les travaux qui s'y rattachent ont toujours constitué l'occupation principale de la nation bulgare. D'après la statistique des professions, fournie par le recensement de 1888, la population agricole de la Principauté embrasse 2,336.058 individus (familles comprises), sur un total de 3/154,375 habitants; ainsi, l'agriculture occupe ou nourrit plus des !2/3 de la population bulgare.
Du reste, le territoire de la Bulgarie est presque partout très fertile. La plaine danubienne est recouverte d'une terre végétale excellente; dans la région méridionale, beaucoup plus accidentée, les vallées sont encore d'une fertilité remarquable, et la douceur du climat y permet la culture de toutes les plantes du Midi.
La nation est, en outre, très bien douée au point de vue des travaux de la terre ; les Bulgares passent, h bon droit, pour les meilleurs cultivateurs de la péninsule, et, en dehors même de leur pays, notamment h Bucarest, à Constantinople et aux environs de ces villes, ils exercent en grand nombre la profession de jardinier et de maraîcher.
. Cependant, malgré ces conditions favorables, malgré l'activité naturelle des Bulgares, l'agriculture est encore, dans leur pays, dans un état d'infériorité considérable par rapport îi l'Europe occidentale, générale-
ment moins privilégiée au point de vue de la qualité du sol et de la main-d*œuvre.
Cette situation tient surtout à plusieurs causes, heureusement temporaires, et que Ton peut espérer, la bonne volonté du peuple et de TÉtat aidant, voir disparaître dans un avenir plus ou moins rapproché. [
La première de ces causes réside dans les traditions i
de la domination turque; la fiscalité maladroite des au- \
torités ottomanes enlevait au cultivateur une grande !
^partie de ses revenus, sans lui procurer en retour aucun avantage; elle mettait souvent obstacle à la récolte ou ,.
h la rentrée des produits, pour faciliter la constatation >
de la valeur imposable; le manque de sécurité des À
pampagnes engageait le paysan à ne produire que le strict nécessaire pour sa subsistance et celle de sa fa- ,
niille; il y était encore encouragé par un autre motif, Je défaut de communications, qui lui permettait difficilement de tirer parti de ses récoltes par l'exportation. Mais Tune des causes maîtresses de l'infériorité de '
Tagriculture bulgare, c'est l'ignorance du paysan ; on ^sait bien que dans tous les pays le cultivateur, quelque adroit qu'il puisse être, est naturellement routinier, les progrès ou les améliorations viennent rarement de lui, elles sont dues en général à des citadins, mécaniciens, chimistes ou agronomes théoriciens, et le paysan ne les accepte qu'avec méfiance. 11 n'y a donc rien d'étonnant h ce que le cultivateur bulgare, complètement ] isolé de l'Europe occidentale, soit resté attaché à ses anciens procédés de culture.
L'émancipation de la Bulgarie ne pouvait faire disparaître d'un seul coup tous ces défauts constitutionnels.
11 n'était pas possible, sous peine de compromettre gravement les finances du jeune État, de changer com-
plèlement Tassictte des impôts et de remplacer par de nouvelles taxes celles auxquelles la population était habituée depuis de longues années ; la dîme môme, le plus défavorable des impôts au point de vue des contribuables comme de l'État, a dû êti^e maintenue après plusieurs tentatives de suppression, sans doute a cause de la difficulté qu'éprouvaient les paysans à se procurer le numéraire nécessaire à l'acquittement des taxes en argent.
Au point de vue des communications, le gouvernement fait, comme nous l'avons vu, les plus louables ' efforts pour les améliorer et les augmenter, et quoiqu'il reste encore beaucoup à faire, un progrès sensible est déjà à constater à cet égard. L'élévation des tarifs sur^ le réseau des Chemins de fer orientaux constitue encore, cependant, un sérieux empêchement à la circulation des produits agricoles de la Roumélie.
Quant aux imperfections résultant de l'ignorance^ on peut espérer qu'avec le désir de s'instruire si^développé chez les Bulgares et la sollicitude témoignée par l'administration h tout ce qui concerne la diffusion des lumières, les progrès seront constamment en rapport avec les moyens mis en œuvre; l'organisation des écoles d'agriculture, l'envoi d'une partie de leurs élèves comme instituteurs dans les villages, l'établissement de professeurs ambulants d'agriculture et de cours pratiques dont nous ayons parlé dans un des chapitres précédents, la distribution par l'État de semences ou de plants des meilleures espèces, aideront certainement à faire connaître et utiliser en Bulgarie les perfectionnements modernes de l'agriculture.
La superficie du sol cultivé ou utilisé pour Tagricul-
tiire est de 84,549 kilomètres carrés, répartis de la manière suivante :
Champs, jardins, vergers, ctc 29,109 kil, car.
Prairies, pâturages 8,316 —
Vignobles . . 1,155 —
Forôts 45,968 —
Nous rappellerons, i\ ce sujet, que la superficie totale de la Principauté est de 99,276 kilomètres carrés; il reste donc, en dehors des terres cultivées ou couvertes de forôts, 14,727 kilomètres carrés ou plus d'un sixième de la superficie totale; les agglomérations exclusivement urbaines n'occupent évidemment qu'une faible portion de cette surface, qui se compose ainsi, pour la plus grande partie, de terrains en friche.
Les personnes tirant leur subsistance de l'agriculture se répartissent comme il suit, d'après les indications du recensement de 1888 :
Agriculture proprement dite, ûiovage, culture marnlcbère.
Travaux forestierx, apiculture, clias^o, pêche . . . >