‹ La Bulgarie dans le passé et le présentChapitre 68 sur 127 · T0TAU.T · texte numérisé non relu

T0TAU.T

On remarquera immédiatement, dans le tableau qui

précède, le nombre relativement considérable des cultivateurs indépendants.

La Bulgarie est, en effet, un pays de petite propriété. Les domaines d'une certaine étendue (Icliifliks) existant sous la domination turque ont été, depuis, morcelés en grand nombre et acquis par les paysans bulgares. Les domaines les plus importants dépassent rarement une centaine d'hectares. M. Jirelschek cite des arrondissements (Nova-Zagora et Slara Zagora), dans lesquels les plus grandes fermes ont 50 hectares, et emploient à leur culture 3 paires de bœufs ; les propriétés descendent souvent jusqu'à un hectare et môme au-dessous. Certains petits cultivateurs ne possédant qu'un seul bœuf s'entendent entre voisins pour constituer alternativement l'attelage nécessaire au labour.

Comme chez nos paysans, l'amour de la propriété, lo désir de se rendre indépendant et d'arrondir ses biens est très développé chez les Bulgares. L'émigration turque qui a suivi la guerre leur a donné la facilité de satisfaire leur ambition. D'après M. Jirelschek, les habitants chrétiens ont, en lloumélie orientale seulement et pendant une période de quatre ans et demi, acheté des terres aux Turcs pour une valeur de près do 16 millions de francs. Dans l'arrondissement de Seïmen, les neuf dixièmes des ouvriers travaillant autrefois dans les fermes turques seraient devenus propriétaires. .

Cette situation est évidemment de nature à élever beaucoup l'état moral et matériel du peuple bulgare. Les campagnes bulgares ne possèdent, h proprement parler, pas de prolétariat, et l'indigence y est presque inconnue.

Lorsque le propriétaire ne cultive pas lui-même ses

terres, il les fait en général exploiter sous là forme de niclayagc ou fermage h moitié. Les produits, après prélèvement des semences pour Tannée suivante, sont partagés également entre le propriétaire et le fermier.

A Tcpoque des moissons, des travailleurs supplémentaires, des femmes principalement, viennent en grand nombre, des régions montagneuses, dans la plaine et les vallées.

Les instruments aratoires employés en Bulgarie sont encore très primitifs; on y fait presque exclusivement usage d'une charrue sans roues, munie seulement d'un soc en fer de petite dimension (1); on se sert même, mais en très peu d'endroits, de charrues entièrement xonslruites en bois. La bote de trait ordinairement employée dans les travaux agricoles est le buffle, quelquefois le bœuf, presque jamais le cheval.

Le système des jachères est général en Bulgarie ; on laisse môme, suivant leur nature, les terres se reposer pendant deux ou trois années.

Le prix de la terre est en moyenne de 16 à 80 francs pour 1000 mètres carrés, et le rapport en blé de la même étendue représente environ 107 kilogrammes.

III* — Productions vé^é taies.

Les céréales occupent la première place parmi les productions agricoles de la Bulgarie et se cultivent à peu près sur tout le territoire.

(1) Les dessins de deux modèles de ces charrues se trouvent dans Pourragc de M. Jirelschek : Cetly po Bulhanku, p. 132.

. Le blé se récolte spécialement dans les départements deTirnovo, Philippopoli, Roustchouk, Choumia, Sofia, Slivôn, Silistrie, Haskovo, Vidin, Sevlievo, Svichtov et Razgrad.

■ Le département de Sofia produit la meilleure qualité. La production annuelle des départements énumérés cidessus varie de 12 à 35 millions de kilogrammes. La production totale de la Principauté est de 925 millions de kilogrammes.

La récolte du blé dépasse sensiblement les besoins de la population et permet de faire de cette céréale un objet d'exportation. En 1887, 104 millions de kilogrammes ont été vendus à Textérieur.

Le seigle se cultive principalement dans les déparlements de Philippopoli, Sliven, Sofia, Haskovo, Lom. La production annuelle du premier de ces départements est de 30 millions de kilogrammes environ ; celle des autres est beaucoup plus faible et varie de 6 à 10 millions de kilogrammes. On sème, paraît-il, avec succès, le seigle dans les régions montagneuses jusqu'à une altitude de 2,000 mètres.

On a exporté, en 1887, 18,500,000 kilogrammes do seigle; la production totale est de 174 millions de kilogrammes.

On cultive en assez grande quantité Voi^ge qui, en Orient comme. en Afrique, sert h la nourriture des chevaux. Le département de Rahovo en produit, par an, environ GO millions de kilogrammes ; ceux de Tirnovo, Roustchouk et Philippopoli, de 13 à 16 millions de kilogrammes. La quantité exportée était, en 1887, de 8,800,000 kilogrammes, sur une production totale de 235 millions.

La culture de Vavoine est beaucoup moins impor-

tante : on n'en récolte que 119 millions de kilogrammes ^ et on n'en exporte que 67,000 kilogrammes ; les département qui occupent le premier rang pour cette culture, Sofia, ïirnovo et Sevliévo, en produisent de 7 à 12 millions de kilogrammes.

Le mais qui, ainsi que le seigle, joue un grand rôle dans l'alimentation populaire, est récolté en quantités assez importantes : 220 millions de kilogrammes par an. La plupart des départements en produisent des quantités variant de 8 i\ 24 millions de kilogrammes. Ceux de Lom, Vidin, Tirnovo, Sevliévo, occupent le premier rang.

Do tous les produits agricoles de la Bulgarie, le maïs est, après le blé, l'objet le plus important d'exportation. La quantité exportée en 1887 a été de 80 millions de kilogrammes.

On cultive aussi le millet^ et dans les régions montagneuses, le sarrasin, qui donne lieu h une exportation de 19 millions de kilogrammes.

Le riz est actuellement très peu cultivé en Bulgarie. On ne trouve que quelques rizières aux environs de Philippopoli, dans la vallée du Vid, et h Kotcherinovo, près du llilo. C'était pourtant, autrefois, une des cultures principales des régions de Philippopoli et de Tatar-Bazardjik; mais après la guerre, l'administration russe avait interdit l'exploitation des rizières i\ cause des fièvres pernicieuses qu'elles occasionnent, et lorsque cette interdiction, maintenue par le gouvernement de la Roumélie orientale, eut été levée en 1885, les rizières, généralement transformées en prairies, n'ont été rétablies que partiellement. On peut cependant exporter encore 39,000 kilogrammes de riz provenant de la Roumélie.

Les légumes jouent un grand rôle dans ralimentation des paysans bulgares, qui ont du reste beaucoup de goût et d'habileté pour la culture maraîchère. Bien que celle-ci n'ait pas une très grande extension, elle est très généralement répandue, chacun cultivant pour ses propres besoins. Môme, dans certains départements, notamment dans ceux de Tirnovo, Vidin, Silistrie, la production en légumes dépasse la consommation et permet d'eu exporter une certaine quantité, qui, en 1877, représentait, pour toute la Principauté, un poids de deux millions de kilogrammes. La Roumanie constitue le principal débouché de ce commerce. Les légumes dont l'usage est le plus répandu sont : les fèves, les pois, les lentilles, les choux, le piment, les oignons, Tail, le poireau, les concombres, le céleri, les carottes, les raves, le raifort, les tomates et les melons, de diverses sortes. La culture des pommes de terre commence seulement à se répandre; M. de Lavelaye, en 1885, remarquait que l'on n'en voyait presque pas ; dans quelques régions montagneuses, ce végétal, si populaire dans l'Europe occidentale, est encore complètement inconnu.

L'arboriculture est également en honneur en Bulgarie; les maisons des villages sont en général entourées d'arbres fruitiers, parmi lesquels dominent les poiriers, les pommiers, les pruniers, les cerisiers, les coignassiers, les abricotiers, les pêchers, les néfliers, les mûriers. On trouve surtout de belles espèces de pommiers, poiriers et cerisiers.

Les noyers se rencontrent en grand nombre en lloumélie; on y trouve aussi des amandiers dans la plaine de Stara-Zagora et des châtaigniers dans la région de

Kazanlyk. Les figuiers et les grenadiers ne paraissent pas réussir.

Les régions les plus favorisées au point de vue de la culture des arbres fruitiers sont le Balkan oriental, les environs de Tirnovo et la plaine de Kuslendil. Cette dernière région, particulièrement riche en pommes, poires et prunes, exporte une grande quantité de ces fruits jusqu'en France.

Les prunes servent à la fabrication d'une sorte d'eaude-vie appelée slivovitsa. Dans le bassin de Kazanlyk, on extrait des noix une huile dont on exporte environ 25,000 kilogrammes par an.

La culture de la vigne a reçu en Bulgarie une grande extension : on trouve des vignobles dans toute la Principauté, mais, dans les départements de Sofia et de Trn, ils n'existent qu'en quantité insignifiante. La su- . perficie cultivée de cette manière embrasse, avons-nous déjîi dit, 1155 kilomètres carrés. Nous devons faire remarquer cependant que ce chiffre, donné dans l'ouvrage de M. François-Joseph de Battenberg : Bulgariem volksivirlhschafJ'Uiche Entwickelung (1), ne correspond pas aux évaluations officielles relatives à l'impôt sur les vignes ; le budget pour 1889 prévoit, en effet, que cet impôt de 3 francs par dulum (mesure turque de 900 mètres carrés) donnera un produit de 2,400,000 francs; on a donc admis l'existence de 800,000 dulums ou 720 kilomètres carrés (2); cette

(1) Page 30. — 722,458 ouvraU (Vouvrai, mesure locale, représente 10 arcs).

(2) Le rapport trùs détaille, établi par le consulat général d'Angleterre (1889), donne, pour la superficie des vignobles, 178,600 acres, soit 71 i kilomètres carrés.

"dernière évaluation restant, très probablement au-dessous de la réalité, on peut admettre que la superficie réelle des vignes en Bulgarie est d'environ 900 kilomètres carrés.

La viticulture est particulièrement importante dans le département de Tirnovo, sur les bords du Danube, depuis le Timok jusqu'au deli» de Iloustchouk, et dans presque toute la Roumélie, plus particulièrement dans le département de Philippopoli et dans la région située immédiatement au sud de la Sredna-Gora.

Les vignes bulgares sont susceptibles de donner un vin de bonne qualité, mais rinexpéricnce des habitants au point de vue œnologique les empêche de tirer un bon parti de leurs raisins. Le vin qu'ils fabriquent ne peut ni se conserver longtemps ni être transporté au loin, ce qui diminue beaucoup l'importance de son exportation, laquelle pourrait sans cela atteindre des proportions considérables.

L'école pratique de viticulture installée à Vidin a pour but de porter remède à cette situation en enseignant aux vignerons bulgares les meilleures méthodes pour la culture de la vigne et la préparation du vin.

La production en vin dans toute la Principauté s'élève à environ 252 millions de litres.

Les départements de Philippopoli, Stara-Zagora et Bourgas, exportent en Turquie une partie de leur récolte. Les autres régions dont la production dépasse la consommation envoient leur excédent dans les parties moins favorisées de la Principauté, notamment k Sofia et aux environs.

Nous donnons ci-après la répartition de la culture de la vigne et de la production du vin dans les départements qui occupent îi cet égard les premiers rangs :

DiPARTBMKKTS.

Tirnovo

Stara-Zagora

Sliven

Pliilippopoli . .

llousichouk .

Vidin

Varna

Clioumon . . . .

Svichlov

Kustcndil. . . .

6D1>RRF1CIB

caltivëe

en yignes

en kilomètres

carrés.

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