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L'industrie est encore assez arriérée en Bulgarie, comme du reste dans toute la Péninsule; nous savons cependant que ce ne sont pas Tintelligence ni l'activité qui manquent aux habitants; ce ne sont pas non plus en général les malièrcs premières qui font défaut, c'est
donc dans des circonstances extérieures qu'il faut chercher la cause de cette infériorité ; l'état social et économique résultant de la longue domination turque en est la principale cause, en ce sens qu'il a empêché la Péninsule orientale de prendre, au point de vue industriel et commercial, un développement comparable h celui des pays souvent moins bien doués naturellement, de l'Europe occidentale ; l'indiflérencc manifestée, à de rares exceptions près, par le gouvernement ottoman, vis-à-vis des entreprises susceptibles d'utiliser ou d'accroître les richesses naturelles du pays, le manque de moyens de communications et de transport ont enrayé toute activité industrielle, et ont amené les Bulgares îi borner leur travail à la satisfaction des besoins locaux.
Il faut aussi reconnaître, malheureusement, que la situation ne s'est pas améliorée dans des proportions bien considérables depuis l'émancipation; sans doute des progrès ont été accomplis chaque fois que cela s'est trouvé au pouvoir de la législation; la création d'écoles industrielles, le développement des communications postales et télégraphiques, et, dans une mesure moindre, des chemins de fer, la sécurité rendue aux campagnes sont des circonstances propres il favoriser le développement économique du pays; mais d'autres facteurs interviennent qui neutralisent l'inllucnce des premiers. L'industrie a pris aujourd'hui une telle extension dans l'Europe occidentale, qu'il est bien difficile à de nouveaux venus de se faire place sur le marché international au milieu de producteurs qui déjà ont de la peine à écouler leurs produits. L'amélioration des communications de la Bulgarie avec le reste de l'Europe a donc pour résultat, moins de favoriser l'exportation des produits bulgares, que de faciliter l'importation des njar-
cliandiscs étrangères, qui, c'est le cas pour presque lou.> les objets manufacturés, peuvent se vendre plus avantageusement que les produits similaires de l'industrie locale; le contact avec la société occidentale développe aussi le goût des marchandises étrangères; les plus importantes des industries indigènes, notamment celles qui se rapportent au vêtement, ont grandement à soulïrir pour les causes précédentes.
Plusieurs motifs s'opposent aussi à la création d'établissements industriels; d'abord le manque de capitaux, puis le goût exagéré pour les carrières libérales, défaut commun à tous les peuples orientaux, sans parler des autres, qui porte la partie la plus intelligente et la plus instruite de la population h se consacrer h la politique, aux affaires judiciaires, etc., au lieu d'employer au développement industriel du pays son activité et ses connaissances acquises dans les grandes villes de l'Europe. C'est donc surtout l'élément étranger qui semblerait pour le moment appelé h contribuer à l'extension de l'industrie en Bulgarie; mais il n'est pas jusqu'à présent très nombreux; l'état encore insuffisant des communications, les préjugés répandus en Europe sur l'instabilité de la situation politique de la Principauté ont sans doute contribué h détourner l'attention des capitalistes ou des industriels* européens; du reste, les Bulgares n'encouragent pas trop l'établissement de maisons étrangères, craignant, non sans raison peut-être, que ce ne soit la source d'une exploitation plus nuisible qu'utile h leur pays; c'est ainsi, par exemple, que la nationalité bulgare est exigée des soumissionnaires de travaux publics.
11 ne semble donc pas qu'avant bien des années, tout au moins, la Bulgarie puisse devenir un pays industriel; l'ensemble des conditions physiques, morales et écono-
iniques dans lesquelles se trouve ce pays, indique du reste que c'est dans le développement de son agriculture qu'il devra trouver sa principale source de richesse, l'industrie restant en quelque sorte accessoire et ne devant être appelée qu'à satisfaire aux besoins du pays môme; il faut cependant, pensons-nous, faire une exception pour les mines, qui pourront peut-être, lo jour où un réseau plus complet de chemins de fer permettra de les exploiter utilement, devenir Tobjet d'entreprises importantes.
Nous pouvons, tout d'abord, nous faire une idée de l'importance relative de l'industrie, en Bulgarie, par le nombre de personnes qu'elle occupe; le recensement de 1888 nous donne i\ ce sujet les renseignements suivants :
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