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LES DEUX BUL6ARIES

des Bulgares est de 78,702*. On Yoit par ces chiflfres combien les prétentions des Hellènes sont exagérées. Sans doute Philippopoli a été fondée par le père d'Alexandre ; mais il y a beau temps de cela ; les Slaves sont établis depuis dix siècles dans le bassin de la Maritsa, et les Grecs, qui ne constituent pas le quinzième de la population totale, doivent s'incliner, comme partout, devant les aspirations de ceux qui forment l'immense majorité de la population. S'ils veulent dès maintenant prendre une part active aux destinées de l'hellénisme, ils n'ont qu'à s'établir en Thessalie.

Quand la Roumélie, il y a six ans, a été érigée en province, on a eu soin de ne pas lui donner tout d'abord un gouverneur bulgare. Aleko pacha, né Vogoridi, prince de Samos, était Grec d'origine et ne parlait même point le bulgare ; il était, il est vrai — circonstance atténuante aux yeux des patriotes, — l'arrière-petit-fils de cet évêque Sofroni qui fut un des restaurateurs de la nationalité bulgare, au début du xix'' siècle,

^ Annuaire itatktijue de la Boumélk orientale, 1883.

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le fils du prince Btieime Vogof idî, auquel on doit rétablissement de la première Église ûati6ûalé bulgare, à Constantinôpîe. Si son langage n'était point bulgare, son costume Tétait r qtkBixd H arriva pour la première fois à la frontière de la province autonome qui lui était confiée^ îi Mit décote le fe^ ofBcîelpour arborer le kolpsA: en poil de mouton, qui est la coiffure' nationale des Slaves au nord et au sud du Balkan. En somme, Âleko pacha a rendu des services réels à la Roumélîe pendant les cinq années qfu'îl a passées au pouvoir ; mais il était hostile à la Russie, que les Bulgares considèrent aved raison comme leur protectrice naturelle ; il était trop bien vu à Constantinôpîe pour être aimé à Philippopoli.

A l'expiration de son mandat, il n'^a point été renommé par le sultan. < Aleko pacha auKir4*îl beaucoup de successeurs ? — écrîvais-je l'année dernière, dans l'ouvrage que j'ai déjà» ctté* — n est permis d'en douter. Nf aiï nord ni ati sud des Balkans, les Bulgares i» tBsaimtflefUt leur ferme intention d'arriver à Tîntégrité tia^ tionale... Les relations entre les deux principautés sont d'ailleurs de« plt» intimes. Elle» écftan-

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gent leurs hommes d'État, leurs officiers, leurs fonctionnaires. Tel personnage qui a d'abord été directeur de département à Philippopolî» devient ministre à Sofia et réciproquement. Récemment encore, un meeting réuni â Philippopoli mettait à son ordre du jour la politique du prince Alexandre, et posait en principe que les Bulgares de Roumélie ont le droit et le deroir de s'occuper des affaires de la principauté.

En relevant Âleko pacha de ses fonctions, la Porte, d'accord avec les puissances et notamment avec la Russie, lui donna pour su?cceBsedr le personnage que l'on appelle habituellement Gavril pacha, et dont la nationalité^ véritable semble un mystère pour la plupart des journaux — et même, m'assure-t-on, pour des chancelleries qui devraient être mieux informées. Qu'est-ce que Gavril (c'est-à-dîre Gabriel) pacha ? Les uns en font un Arménien, les autres un phanariote distingué. La vérité est que le dernier gouverneur de la Roumélie est un Bulgare pur-sang.

Ses compatriotes ont été charmés de le voir arriver au pouvoir, et s'ils l*ont déposé, ce n*est certes point par hostilité contre sa personne :

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c'ésl tout simplement parce qu'ils ont trouvé le moment favorable pour réaliser l'union qui est, depuis plusieurs années, le rêve de leur patriotisme. Quant à M. Krestevich (c'est le vrai nom de Gavril pacha), il est trop bon patriote pour ne pas s'applaudir au fond de ce qui lui arrive,

M. Krestevitch est originaire de la Bulgarie du nord, il est né dans cette petite ville de Kotel (en turc Kazan, aux environs de Schoumla) qui a été, dans notre siècle, un des foyers les plus ardents du patriotisme bulgare. C'est à Kotel qu'a . vécu naguère le moine Païsii dont je parlais tout à- l'heure, c'est là que sont nés l'évoque Sofroni, le docteur Beronovitch, l'un des rénovateurs de l'école bulgare, le capitaine Mamartchov, qui, de 1828 à 1836, a commandé bien souvent des bandes de haïdouks dans les Balkans, le littérateur Rakovski, tour à tour soldat, poète et publiciste. Il a fait ses études à Paris, il est entré ensuite au service de la Porte, et est devenu membre du tribunal suprême de Gonstantinople; mais ses fonctions administratives n'ont point fait tort à son patriotisme ; il a pris une part importante à la rédaction d'une

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Revue bulgare, Blgarski Knijilsi ; il a com- mencé en 1871, à Gonstantinople, la ptiblication d'une Histoire bulgare qui, malheureuse-, ment, pèche par le défaut de critique. I/auteur voit dans les Huns les ancêtres des Bulgare»; si j'avais le temps, je pourrais citer ici un. enthousiaste portrait d'Attila qui ne manque pas d.'originaiité ^ Ce livre est assurément l'œuvre * d'un ardent patriote, mais d'un médiocre historien.

Lorsque vers 1860, un certain nombre de Bulgares, pour échapper au joug humiliant du Phanar, ont songé à proclamer Vunion avec l'Église romaine, M. Krestevitch a été un deis • plus acharnés défenseurs de Torthodoxie. En cela, il a rendu un grand service à ses concitoyens : en faisant échec à Vunion, il a préparé la fondation de l'exarchat bulgare et acheminé ses compatriotes vers l'unité na^ tionale.

Son administration a été, en somme, heu-

^ Voici le titre exact de cet ouvrage : Istoria Bîgorska sotchinena où Gavrila Krstotikha, \'* partie, Gonstantinople, 1871 . Les conclusions fantaisistes de cet ouvrage, que l'auteur n*aclièvera sans doute pas, ont été vivement combattues par un compatriote de rauteur, M. Drinov.

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reuse et fécoade pour la Roumélie orieutale.

Mais, encore ime fois, ce que les Rouméliotea ne peuvent admettre, c'est l'existeace même da leur province. Au point da vue moral, ils aa sentent humiliés d'obéir à un simple gouver* neur nommé par le sultan, de n'avoir q^a'unô. milice organisée par des officiers étrangers, da ne point appartenir à la grande Bulgarie ; au point de vue financier, ils font remarquer qu'ils ont à payer les frais d'une lourde administration et que la nationalité bulgare n'est point assez riche pour s'offrir le luxe de deux gouvernements. D'autre part, tant qu'ils sont soumis au bon plaisir combiné des puissances et de la Sublime Porte, ils peuvent toujours craindre un retour offensif des Phanariotes, un caprice quelconque qui leur imposerait un gouverneur étranger ou même une occupation militaire que le traité de Berlin prévoit et autorise.

La révolution qui s'est produite à Philippopoli, au mois de septembre 1885, a été l'explosion toute naturelle et légitime d'un sentiment national que la diplomatie européenne avait

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essayé Tâinement de eomprimer. Elle est aussi légitime tjne les réroltitions analogues que nom aTO&s vues édater ^atis d'autres pays, et auxquelles des États constituéei tels que la (rfèce, la Rorumanie, Fttalie même doiveoit leur existence. Elle s'est accomplie sans qu*une goutte de sang a!t été versée. Le peuple bulgare a subi de terribles épreuves ; elles Toitt rendu mûr pour la liberté. Ce que TEutope a de mieux à faire, c'est de reconnaître que le traité de Berlin est resté lettre morte dans quelques-unes de ses clauses principales, qu'il n'a pas été exécuté par ceux-là mêmes qui, comme les Turcs, avaient le plus d'intérêt à en profiter ; c'est de consacrer par une adhésion tacite ou formelle un état de choses qui, en somme, fait entrer un peuple de plus dans la famille des nations politiques. Les Bulgares sauront se montrer dignes des sympathies qui leur seront témoignées. D'ailleurs, toute nation qui arrive à la possession de son indépendance devient forcément égoïste : témoin Tllalie dans ses rapports avec nous ; témoin la Serbie dans ses rapports avec la Russie. Une fois maîtres d'eux-mêmes, une fois assurés d^un long ave-*

.nir, une fois guéris de la fièvre des conspira- .tiens, les Bulgares s'occuperont uniquement du développement matériel et moral de leur pays et n'auront garde de sacrifier les réalités du présent pour les chimères de l'avenir et les .intérêts de leur race pour ceux d'une ambition étrangère. Loin dé troubler la paix de la péninsule balkanique, la révolution ^ bulgare ne fera que la consolider.

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