‹ La cabale des dévots, 1627-1666Chapitre 25 sur 38 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Le problème du Tartuffe. — Les modèles du portrait. — Les Jésuites, les jansénistes, la cabale des dévots. — Molière et les dévots. — Les allusions de la pièce. — La cabale contre Tartuffe. — Une question de M. Brunetière.

Il y a une question du Tartuffe, et elle se pose aujourd'hui comme au lendemain du jour où les trois premiers actes de cette comédie furent joués à Versailles. Dès le 17 mai 1664, la Gazette de France déclara la pièce « absolument injurJQuse à la yeligion et capable de produire de très dangereux effets ». En vain Molière l'avait-il intitulée VHijpocrite ; en vain avait-il, par la bouche d'un de ses principaux personnages, distingué entre les vrais et les faux dévots ; en vain avait-il marqué, avec son respect pour les vrais, son dessein de n'attaquer que les faux ; il y eut des gens pour s'indigner et pour soutenir avec colère que le poète, ^ûUS-4irjdte.X.te de démasquer la grimace de piété, avait visé la piété elle-même, que son but véritable étalt^sacrilège. et que les tirades de Gléante. njétaient qu'une précaution hypocrite. C'étaient en ces temps-là les hommes d'Eglise qui dénonçaient dans le Tartuffe une manifestation haineuse contre le christianisme; ils croyaient, en le combattant, défendre la vénération due aux mystères de la foi.

Puis Molière a triomphé de l'opposition. Sa comédie a pris rang parmi les chefs-d'œuvre classiques. Si quelques âmes religieuses ont continué de redouter une confusion toujours possible entre la dévotion sincère et sa contre-

façon, le reste du public et ^es critiques a pris au sérieux les affirmations de Molière et compris sa pièce tout simplement comme il nous demandait delà comprendre. Un jour, on nous a changé tout cela ; et la thèse soutenue au xvn^ siècle dans les cercles pieux a retrouvé faveur. Seulement, elle était reprise, cette fois, par des hommes à qui un dessein quelque peu païen de Molière n'aurait causé aucun chagrin, et qui se plaisaient à saluer dans Tartuffe une des premières révoltes contre le christianisme. Quoique pour des raisons contraires, cette interprétation n'a pas été plus désintéressée à la fin du xix*^ siècle qu'au xvn*^.

Un critique, pourtant, s'est rencontré, qui a résolu le problème dans le même sens, après en avoir renouvelé les données avec une saisissante vigueur de dialectique, une érudition impeccable et subtile, et surtout une absence totale de « préoccupation ». C'est M. Brunetière. Son étude sur la Philosophie de Molière a transformé ce sujet ; elle a paru le 1" août 1800 S c'est-à-dire avant le mouvement de pensée qui a fait de cet écrivain un des plus passionnés défenseurs du catholicisme. Sa conclusion formelle, pour nous en tenir à la question du Tartuffe, est que Molière a voulu attaquer, non seulement la fausse dévotion, mais la vraie, et qu'il a voulu détruire, au profit de la nature, la religion de l'effort et de la confrainte.

Cette thèse, que l'on retrouve dans les camps les plus opposés, doit^elie-êtr-e-déûJiiUvemeftt ^eeeptée ? Faut-il admettre que, plus d'un demi-siècle avant Voltaire et Rousseau, Molière a lancé un pamphlet antichrétien, et que l'on a eu trop longtemps la candeur de prendre pour une simple dénonciation de Thypocrisie religieuse ce qui était destiné à détourner les hommes de la religion ellemême ?

Cette question se ramène à une autre : quels ont été

' Publiée d'abord dans la Revue des Deux Mondes, cette étude se trouve dans les Etudes critiques sur l'histoire de la littérature française, 4» série, p. 179-24:2.

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