‹ La cabane de l'oncle TomChapitre 2 sur 52 · PREFACE DE L’AUTEUR · texte numérisé non relu

PREFACE DE L’AUTEUR

Les scènes de cette histoire, comme l’indique son titre, se passent au milieu d’une race d’hommes peu connue jusqu’à ce jour des nations civilisées; race étrangère, dont les ancêtres, nés sous le soleil des tropiques, apportèrent avec eux et transmirent à leurs descendants un caractère si différent de celui de la race anglo-saxonne, impitoyable et dominatrice, que depuis de longues années, cette postérité méconnue n’a trouvé que haine et que mépris.

Mais on entrevoit déjà l’aurore d’un jour meilleur! L’influence de la littérature, de la poésie, de l’art, dans le siècle où nous vivons, tend de plus en plus à se mettre d’accord avec cette grande et divine maxime du Christianisme : « Aimez-vous les uns les autres. »

Le poète, le peintre, l’artiste répandent à pleines mains les fleurs du génie sur le côté vulgaire de la vie et des misères humaines; empruntant à la fiction ses

charmes les plus puissants, ils rajeunissent le monde au souffle régénérateur des doctrines humanitaires, si favorables au développement des grands principes de la fraternité chrétienne.

La bienveillance étend partout sa main tutélaire, recherche les abus, redresse les torts, soulage les misères, et signale aux sympathies du monde entier les humbles, les opprimés, les délaissés.

Dans ce mouvement général, on s’est enfin souvenu de l’Afrique, cette pauvre Afrique qui forma le premier anneau de la chaîne mystérieuse de la civilisation et du progrès humain, au milieu de la nuit des temps, alors que brillaient à peine les premières lueurs de la pâle aurore des nations; mais qui depuis des siècles, enchaînée et saignante, est foulée aux pieds par les peuples civilisés et chrétiens, dont elle implore en vain la clémence.

Le cœur de la race dominatrice des conquérants et des maîtres s’est enfin ouvert à la miséricorde ; on a vu combien il est plus noble pour les nations de protéger les faibles que de les opprimer. Dieu soit loué ! le monde a survécu à la traite des noirs !

Le but de ces ébauches est de ranimer les sympathies et les sentiments de bienveillance pour la race africaine, et les généreuses impulsions qui existent , déjà parmi nous; de tracer le tableau des injustices et des douleurs dont on accable les noirs, sous un système si fatalement cruel et injuste, qu’il détruitles bons effets de toutes les tentatives que font en leur faveur leurs meilleurs amis.

En accomplissant celte tâche, l’auteur peut, dans la

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sincérité de son âme, désavouer tout sentiment haineux envers les individus qui, sans qu’il y ait eu faute de leur part, sont mêlés aux luttes et aux embarras des relations légales de l’esclavage.

L’expérience a démontré que de nobles intelligences, des cgeurs généreux se trouvent engagés dans cet abominable système ; personne ne sait mieux que tous les faits qu’on pourrait puiser dans l’abîme sans fond de l’esclavage , afin de publier des esquisses semblables à la nôtre, ne révéleraient pas la moitié de ses odieux mystères.

Dans les États du Nord, nos portraits seront peutêtre regardés comme des caricatures; mais dans le Sud, il se trouve des témoins qui pourront attester leur parfaite ressemblance. Le temps viendra bientôt où l’on verra avec quel soin scrupuleux l’auteur s’est assuré de la vérité des faits et des incidents tels qu’il les raconte dans son livre.

C’est pour nous une consolation d’espérer que, si plusieurs des maux et des douleurs du genre humain ont diminué d'âge en âge , puis disparu de la terre, le temps viendra où ces esquisses seront de simples mémoires sur des abus anéantis depuis longtemps.

Lorsque l’humanité entière aura reçu la double lumière de la civilisation et du Christianisme, les noirs transplanteront sur les rivages d’Afrique nos lois, notre langue, notre littérature, et les tristes scènes de la maison de la servitude seront pour eux, comme le souvenir de l’Égypte pour les Israélites, un motif de reconnaissance envers celui qui les aura délivrés ou rachetés.

Car, pendant que la politique s’agite et discute; que les hommes suivent les fluctuations de leurs instincts et de leurs désirs, la grande cause de la liberté humaine est entre les mains de celui dont un poète a dit avec justesse :

Il ne se lasse point dans sa bonté propice,

Il viendra sur la terre établir la justice.

De l'indigent qui souflVe, il entendra le cri :

Sa main protégera le pauvre sans abii ;

Il leur rendra la joie avec l’indépendance Et pèsera leur sang dans sa sainte balance.

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