‹ La cabane de l'oncle TomChapitre 26 sur 52 · IC · texte numérisé non relu

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quelque chose à Sally. Grâce aux nombreuses leçons que je lui ai données, elle travaille presque aussi bien que moi, et si maîtresse voulait me laisser partir, j'irais gagner de l'argent. Ni mes pâtés ni mes gâteaux ne craignent les comparaisons.

— Mais il vous faudrait abandonner vos enfants?

— Oh I ils sont assez forts pour travailler et ne sont pas gauches ; Sally se chargerait de la peiite; elle est si douce qu’elle ne demanderait, pour ainsi dire, ni soins ni surveillance.

-- Louis ville est bien loin d'ici.

— Oh I je n’ai pas peur ; c’est en aval de la nvière, cela ma rapprocherait sans doute de mon vieil homme, dit Cbloc du ton d’une personne qui interroge, pendant qu’elle regardait madame Shelby.

— Non, Chloé ; il demeure quelques centaines de milles au delà.

Le désappointement se peignit sur le visage de la négresse.

— Cependant, Chloé, reprit la dame, cela vous rapprochera de lui : je vous permets de partir ; et tous vos gages, jusqu’au dernier centime, seront mis de côté pour le rachat de votre mari.

Comme un sombre nuage, qu’un rayon de soleil argente tout à coup, la noire figure de la négresse s’éclaircit : elle était vraiment radieuse.

— Oh 1 madame est trop bonne ! s’écria-t-elle ; c’était à cela précisément que je pensais. Je n’aurais besoin ni de vêtements, ni de souliers, ni de rien au monde. Je ne dépenserais pas un centime. Combien y a-t-il de semaines dans une année, maîtresse?

— Cinquante-deux.

— Et je gagnerai quatre dollars par semaine ! Cqpibien cela ferait-il par an ?

— Deux cent huit dollars.

— Bah 1 s’écria Chloé avec une expression de joie et d’étonnement. Et comtûen de temps faudra-t-il que je travaille î

— Quatre ou cinq ans, Chloé ; mais vous u’amez pas besom do fournir toute la somme: je vous aiderai de ma bourse.

— Mais je ne voudrais pas que maîtresse donnât des leçons pour moi. Maître a bien raison de s’y opposer. Personne de la famille, j’espère, n’en sera réduit à cette extrémité, aussi longtemps que je pourrai me servir de mes bras.

^ Ne craignez rien, Chloé ; je veillerai à J'bonneur de la famille,

dit madame Shelby en souriant. Et à quelle époque voulez-vous partir ?

Je ne veux rien, maîtresse ; seulement, Sam va conduire des

poulains en aval et il m’a dit que je pourrais l’accompagner : je m’occupe donc de réunir mes hardes. Si maîtresse le permettait, me donnait un passe-port et un lettre de recommandation, je partirais demain avec Sam.

— C’est bien, Chloé; j’arrangerni l’affaire delà sorte, pourvu que monsieur Shelby ne s’y oppose pas. Je vais lui parler.

Madame Shelb”^ remonta, et la tante Chloé, dans la joie de son cœur, retourna à sa cabane pour faire ses préparatifs. Bientôt après. George entra, pendant qu’elle rassemblait les hardes de sa petite fille.

O master George, s’écria-t-elle, savez-vous que je partira

demain matin pour Louisvillc? J’ai pensé que je devais mettre en ordre les effets de ma gamine. Oui, master George, je vais partir; je gagnerai quatre dollars par semaine et ma maîtresse les gardera pour racheter mon vieil homme.

Ouais! dit George, voilà une affaire 1 Comment partez- vous?

— Demain, avec Sam. Et maintenant, master George, vous seriez bien aimable de vous asseoir pour écrire à mon vieil homme et pour lui dire ce qui arrive ; vous me ferez certainement ce plaisir.

— Sans le moindre doute ; l’oncle Tom sera charmé d’avoir de nos nouvelles. Je cours chercher à la maison du papier et des plumes; et nous parlerons des poulains, de Sam, de vous, de ma mère, de tout enfin.

— Ceruinement, certainement, master George ; vous allez travailler, et moi je vais préparer un morceau de poulet ou quelque autre chose ; vous ne ferez plus beaucoup de soupers avec votre vieille tante I

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