PATES
D’autres embolies pigmentaires capillaires ont été encore observées, mais moins considérables, moins belles que celle-là. Ainsi se trouve démontré le processus embolique, admis théoriquement par Hanot et Chauffard,des pigments partis du foie. Leur passage à travers les capillaires du poumon est facile, car les amas se décomposaient en masses pulvérulentes de 2 à 4 p. Il est rendu évident par la présence (peu fréquente à la vérité) de granulations pigmentaires dans la cavité des veinules pulmonaires.
Jetée dans le torrent circulatoire artériel, la poussière de pigment a pu aller s’incruster dans tous les organes, notamment peut-être dans’ la peau. Nous aurons à rechercher bientôt si tel est le seul et unique mécanisme de la pigmentation totale de l'organisme dans ces cas de diabète avec cachexie pigmentaire.
Le cœur, sur les coupes non colorées, ou faiblement teintées par l’hématoxyline, la safranine et mieux encore peut-être par le bleu de méthylène, montre une dégénérescence pigmentaire extrême de ses cellules musculaires. Les granulations jaune brunâtre, accumulées au centre de la presque totalité des cellules myocardiques, se groupent souvent en blocs réfringents absolument comme dans les cellules hépatiques les plus altérées ; le noyau disparaît écrasé par la coque des poussières étrangères qui l'entourent; la striation transversale s’altère ; la striation longitudinale elle-même s’atténue et l’on voit souvent, sur les coupes transversales, les cellules myocardiques transformées aux trois quarts en corpuscules pigmentaires.
En outre, dans les espaces conjonctifs interfasciculaires, surtout dans les régions voisines de l’épicarde, il n’est pas rare de rencontrer des blocs jaunes de différents volumes. Ces blocs proviennent-ils d'embolies artérielles ? Se sont-ils formés sur place ? L'examen minutieux des coupes nous permet de conclure que le plus grand nombre, sinon la totalité des amas pigmentaires interfasciculaires, sont d’origine musculaire. Là en effet, aussi bien que dans le foie, mais sans sclérose cardiaque concomitante, un nombre considérable de cellules musculaires ont été surchargées de pigment jaune brun. À un moment donné, que l'on peut observer facilement sur certains faisceaux, le protoplasma central de l'élément se distend outre mesure, surchargé qu'il est par les dépôts successifs de granulations pigmentaires ; la coque musculaire amincie qui le recouvre éclate ; peut-être même le ciment intercellulaire (dont la nutrition est intimement unie au bon
ot
fonctionnement des cellules qu'il rattache bout à bout) se désagrèget-il, effectuant la segmentation des faisceaux musculaires primitifs, selon les raies d'Eberth. Ainsi s'ouvrirait la porte aux agrégats pigmentaires qui tombent dans les espaces lymphatiques. Toujours est-il qu’on peut rencontrer sans peine des amas interfasciculaires se continuant directement avec le centre des cellules musculaires éventrées. Nous concluons donc, d'ores et déjà, que la cellule musculaire cardiaque (il en était probablement de même pour les fibres musculaires striées des membres et du tronc) a subi les conséquences d’une dégénérescence pigmentaire, due, sans nul doute, aux altérations morbides progressives éprouvées par son hémoglobine de constitution.