ACTE I — SCÈNE VIII
BLANDINET.
Ça lui fait une belle jambe !
FRANÇOIS
Il a bien tenté, la première année, de me tirer quelques carottes... il m'écrivait des histoires romanesques pour m 'attendrir... je ne lui répondais que deux mots : «Je la connais, celle-là!... à toi de tout cœur ! »
BLANDINET.
Et il t'aime ?
FRANÇOIS
Comment, s'il m'aime ! (Brusquement, à Tiburce.)
M'aimes-tu ?
TIBURCE
Oh ! oui, papa !...
FRANÇOIS
Là... tu vois !
BLANDINET, à part.
Je crois bien !... il lui demande ça avec une trique!
FRANÇOIS
Et le tien?... qu'est-ce que tu lui donnes par mois ?
LÉONCE, à part.
Il est indiscret, l'oncle d'Elbeuf !
BLANDINET.
Mais dame !... ce qu'il me demande... nous ne comptons pas...
LÉONCE
Quand je n'ai plus d'argent, je le dis à mon père...
TIBURCE
A la bonne heure !
FRANÇOIS, à Tiburce.
N'écoute pas ça, toi! (Répétant la phrase de I.éouce.)
« Quand je n'ai plus d'argent, je le dis à mon père... > ça doit bien aller... merci !
BLANDINET.
Léonce est très raisonnable...
FRANÇOIS, montrant Tiburce.
Quand ce gaillard-là est venu au monde, je lui ai ouvert un compte... le compte Tiburce... Sais-tu ce qu'il m'a coûté depuis sa naissance ?
BLANDINET.
Non !
Douze mille francs !... regarde-moi ça!
BLANDINET.
C'est pour rien... tout compris?
FRANÇOIS
Tout !... douze mille francs et vingt centimes d'un port de lettre pour lui annoncer que je ne lui enverrais plus rien.
BLANDINET.
Mon compliment !... Léonce m'en coûte au moins le double...
FRANÇOIS
Vingt-quatre mille francs ! ça !
BLANDINET.
Oh ! je ne les regrette pas !... je me suis donné là un brave garçon... un ami !