‹ La cagnotte, et autres comédiesChapitre 197 sur 333 · ACTE I — SCENE Xlll · texte numérisé non relu

ACTE I — SCENE Xlll

BLANDINET.

Eh bien, essaye-le !

Il fallait lui acheter une livre de pain, à ton petit ami... et tu aurais vu !...

BLANDINET.

Quoi ?

FRANÇOIS

Il t'aurait envoyé promener... je la connais, cellelà !

BLANDINET.

Oh ! tu les connais toutes, toi !... Il a tout dit quand il a dit ça !... Qu'un ami... un vieil ami de quarante ans, vienne vous confier ses embarras... ses chagrins... au lieu de lui tendre la main, de le sauver... on lui répond : « Je la connais, cellelà !... » Un malheureux vous accoste dans la rue... « Je la connais, celle-là !... » Enfin, on n'a qu'un enfant... un fils... on le lance sans ressources sur le pavé de Paris... et quand le pauvre petit diable, humilié, râpé, affamé peut-être... obéissant à son instinct d'enfant... se tourne vers son père... on lui écrit : « Je la connais, celle-là !... » et, on porte vingt centimes à son compte !... Ce n'est pas cher... mais c'est vilain ! c'est laid !... et tu me ferais croire à la fin que tu n'es qu'un...

FRANÇOIS

Un quoi ? va donc !

BLANDINET.

Non !... je ne veux pas le dire... parce que ça te ferait de la peine !...

FRANÇOIS

As-tu fini ?

BLANDINET.

Oui.

FRANÇOIS

Eh bien, allons dîner maintenant... chez Brébant... Je vais embrasser ta femme et lui dire que je t'emmène.

BLANDINET.

Je veux bien aller chez Brébant... parce qu'on y dîne bien... mais...

FRANÇOIS

Oh ! ne discutons pas !... Pour moi, le monde se divise en deux... côté des gens qu'on attrape... côté de ceux qu'on n'attrape pas... Nous n'habitons pas le même compartiment... voilà tout !

BLANDINET.

Je m'en flatte !

FRANÇOIS

Mais j'en suis pour ce que j'ai dit... Avec tes grands mots et ta sensiblerie... tu ne seras jamais qu'un imbécile !

Il sort par la droite.

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