ACTE [ — SCÈNE I n
LÉONIDA.
Mais je ne vois pas de mal à cela... Souvent une pauvre femme végète oubliée dans un coin de la province... Dans un autre coin respire peut-être, ignoré, l'être mélancolique qui doit faire son bonheur... La publicité les rapproche.
CORDENBOIS.
On dit qu'il s'est fait de très beaux mariages par le canal des Petites Affiches... quant à moi, qui suis garçon, ces sortes d'annonces me font toujours rêver...
COLLADAN.
Laissez-moi donc ! des bêtises !... quand on veut se marier... on se fréquente... oui, oui, on se fréquente... Lorsque j'ai voulu épouser madame Colladan., ma défunte... je l'ai fréquentée... et ferme !
Voyons ! au jeu ! au jeu ! au jeu ! Nous perdons notre temps !
LÉONIDA, se levant.
Neuf heures un quart... mon tour est arrivé.
CORDENBOIS, à Léonida.
Laissez au moins finir le coup,
FÉLIX, cédant sa place avec empressement.
Non, mademoiselle... je vous en prie...
Léonida s'assied. Blanche prend la place de Léonida et Félix celle de Blanche.
CORDENBOIS.
Vous voulez toujours être au jeu... c'est de la voracité !
LÉONIDA, avec aigreur.
M. Cordenbois !... Je ne prends pas votre place... soyez poli... si vous le pouvez...
CORDENBOIS, furieux.
Mademoiselle !
( HAMPBOURCY.
Voyons ! la paix ! vous êtes toujours à vous disputer... entre compère et commère...
LÉOXIDA.
Ah ! ouiche !
CHAMPBOURCV.
Souvenez-vous que vous avez tenu sur les fonts le fils du sonneur de Saint-Paul... notre paroisse...
COLLADAN, à Léonida.
Même que, ce jour-là, M. Cordenbois vous a fait cadeau d'une paire de boucles d'oreilles.
CORDENBOIS, vivement.
Ne parlons pas de ça... c'est à moi de donner...
Il donne les cartes.
BLANCHE, à Félix.
Vous allez être un quart d'heure à vous ennuyer.
FÉLIX, bas.
Ah ! mademoiselle Blanche... les plus jolis quarts d'heure de mon existence sont ceux que je passe près de vous.
CHAMPBOURCY.
Je suis carré.