ACTE II — SCÈNE X
BLANDINET, paraissant au fond; il est très pâle et très agité, il tient un manchon à la main.
Enfin ! vous voilà, madame.
1 [ENRIETTE, l'apercevant.
Ah ! mon Dieu... qu'as-tu donc, mon ami?
J'arrive de l'établissement de bains, madame... et l'on m'a répondu que vous l'aviez quitté depuis deux heures.
HENRIETTE, étonnée.
Sans doute...
BLANDINET.
Ou'avez-vous fait de ces deux heures ?
HENRIETTE
Mais je suis rentrée...
BLANDINET.
Où ?
HENRIETTE
Ici!
BLANDINET.
Je ne vous y ai pas vue !
HENRIETTE
J'étais dans ma chambre... Tenez, j'ourlais vos cravates.
BLANDINET.
Ah ! je la connais, celle-là !
HENRIETTE
Plaît-il ?
Prenez votre manchon... votre complice...
HENRIETTE
Comment .
Elle porte !<■ manchon sur la chaise à gauche, où se trouve la chaussure.
BLANDINET.
Oh ! je vois clair maintenant : ces sorties fréquentes et prolongées... ces bains d'une longueur invraisemblable...
HENRIETTE
Que voulez- vous dire ?
BLANDINET.
Madame, vous avez une intrigue... il est impossible que vous n'ayez pas une intrigue.
HENRIETTE
Ah çà ! deviens-tu fou ?
BLANDINET.
Raisonnons ! Êtes- vous jeune ? oui... êtes-vous jolie ? oui... êtes-vous coquette ? oui.
HENRIETTE
Non !
BLANDINET.
Toutes les femmes le sont !... et vous voulez me faire croire que, depuis six ans que nous sommes mariés, on ne vous a jamais fait la cour?... Allons donc ! ce serait honteux !
HENRIETTE
C'est pourtant la vérité...
BLANDINET.
Donnez-moi votre parole d'honneur.