SCENE XVI
PRUNETTE, puis MAC H AVOINE, entrant par le fond, sans voir Prunette.
PRUNETTE, seule.
Lui apprendre à mentir!... Voilà une drôle d'idée! Ordinairement, ces choses-là... ça ne s'apprend pas... ça vient tout seul.
MACHAVOINE.
Allons, le Coquenard... c'est un brave ! Il m'a promis vingt francs pour ce soir... et cinq de Chiffonnet... Ah ! la vérité, c'est une fameuse branche !
Il s'assied.
PRUNETTE, à part.
11 ne me voit pas. (Elle tousse.) Hum !...
MACHAVOINE.
Ah ! c'est vous, mamzelle Prunette ! (A part.) Quel dommage qu'elle ne soit pas franche... C'est un beau brin ! (Haut.) Oùs qu'on met le lard, ch'il vous plaît ?
PRUNETTE.
Le lard ?... Vous avez faim ?
.MACHAVOINE.
Oui.
PRUNETTE.
Attendez ... je vais vous donner du poulet.
MACHAVOINE, se levant.
Gardez-lc, votre poulet... je ne veux pas des poulets qu'on achète cent sous et qu'on fait payer dix francs.
PRUNETTE.
Ah ! monsieur Machavoine... C'était pas pour les mettre dans ma poche... allez.
MACHAVOINE.
Et là où donc c'que vous les avez mis ? (A part.) Quel dommage ! un si beau brin !
Mais c'est pour les rafraîchissements de la soirée...
Comment que vous dites ça ?
PRUNETTE.
M. Chiffonnet... Il est si drôle !... voulait donner des sirops tournés... Mais, moi, je ne veux pas que sa maison passe pour une cassine, alors j'ai gagné sur le poulet pour acheter des sirops.
MACHAVOINE.
Ah! fichtra! c'est bien ça!... c'est honnête! ça me raccommoda avec vous ! Tenez, mademoiselle Prunette, il faut que je vous embrasse !
PRUNETTE.
Ça n'est pas honnête de s'embrasser quand on ne se connaît pas... beaucoup ! (A part.) Il y viendra !
MACHAVOINE.
Eh bien, connaissez-moi... beaucoup.
PRUNETTE, jetant un cri.
Ah ! cristi !
MACHAVOINE.
Quoi donc ?