ACTE II — SCÈNE I
BENJAMIN
Tenez... il reste d'hier une tarte aux fraises.
SYLVAIN
Elle n'est pas entamée, votre tarte ?...
BENJAMIN
Oh ! non !
SYLVAIN
Très bien!... je la retiens! (Tirant son porte-cigares.)
Voulez- vous un cigare ?
BENJAMIN
Volontiers ! (Il en prend un et l'examine.) Ah ! Ce sont
des cigares d'un sou... merci !
Il le remet.
SYLVAIN, s' asseyant à la table de gauche, premier plan, et voulant allumer son cigare.
Vous aimez mieux les bons, vous ?
BENJAMIN, allant ranger la table de droite.
Je ne fume que des londrès...
SYLVAIN
J'en fumerais bien aussi... mais c'est papa...
BENJAMIN
Ah ! vous avez un père ?
SYLVAIN
Le meilleur des hommes !... mois une espèce de paysan borné, qui laboure à La Fer té-sous- Jouarre... n'a-t-il pas eu l'idée de faire de moi un fermier !
BENJAMIN
C'est une noble profession.
SYLVAIN
Noble, mais salissante!... moi, je voulais être photographe... on voit des femmes, papa n'a pas voulu... il m'a envoyé à l'école de Grignon.
BENJAMIN
Pour apprendre l'agriculture ?
SYLVAIN
Oui, dans l'agriculture, moi, je ne comprends que la carotte... (il se lève.) Une fois arrivé là-bas, on m'a installé avec les vaches, on m'a fait charrier du fumier... un tas de choses malpropres... alors, au bout de trois jours... j'ai lâché... sans rien dire à papa.
BENJAMIN
Mais s'il apprenait...
Oh ! je ne suis pas bête ! je lui écris tous les mois... je vais à Grignon mettre ma lettre à la poste... et chercher les cent francs qu'il m'envoie pour ma pension...
BENJAMIN
Cent francs !... c'est sec !
SYLVAIN
Les premiers jours du mois, ça va encore... mais, à partir du 5... je suis gêné... Aussi, je voudrais faire quelque chose... si je trouvais un petit commerce... Tiens ! une idée ! qu'est-ce que vous gagnez, vous ?
BENJAMIN
Ça dépend des pourboires... trois cents francs par mois environ...