SCÈNE XIV
lenglumé.
Parle, tu sais bien que je n'ai rien à te refuser.
POTARD
C'est que... il s'agit d'argent...
LENGLUMÉ
Ah ! il s'agit... (A part.) Il veut me faire chanter ! (Haut.) Voyons... tu es honnête... sois modéré : combien ?
POTARD, après avoir hésité.
Quinze cents francs !...
LENGLUMÉ, joyeux.
Pas plus ?
A part.
AIR de Voltaire chez Ninon.
Le progrès règne maintenant.
Jadis on ne faisait usage Que de l'art sublime du chant.
A présent on a... le chantage !
A Potard.
Noble cœur ! de toi je suis fier, Tu pouvais, sur ta serinette, Me faire chanter un grand air ; Tu t'en tiens à la chansonnette !
C'est très gentil ! (Lui remettant deux billets.) Voilà !
POTARD
Ah ! cousin !... tant de générosité !... Tenez, laissez-moi vous remercier !
Il l'embrasse.
LENGLUMÉ, touché.
Ah ! tu ne crains pas de m'embrasser, toi 1 tu es un homme fort !
|i>l L'AFFAIRE DE ! A Ri E DE LOURCINE
POTARD, à part.
Qu'est-ce qu'il a ? (Haut.) J'entre dans votre i i pour écrire à mon créancier. Vous permettez ?
LENGLUMÉ
Tout ; mais tu me jures de jeter un voile épais?...
POTARD
Sur quoi ?
Sur cette nuit d'horreur !
POTARD
Allons donc !... une peccadille !...
LENGLUMÉ. satisfait.
Une peccadille !... Oh ! tu es un homme fort !
POTARD
Soyez tranquille, je n'en parlerai à personne... excepté à ma femme, pourtant !
LENGLUMÉ
Ta femme ? La première bavarde du quartier !
POTARD
Je ne peux rien lui cacher. Elle a un talent pour me tirer les vers du nez.
LENGLUMÉ
Potard !... au nom du ciel !...
POTARD
Non ; je ne pourrais pas vous tenir parole !
Il se dirige vers le cabinet.