‹ La cagnotte, et autres comédiesChapitre 79 sur 333 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

COCAREL, seul, regardant à la pendule.

Sept heures trois quarts... Si j'en crois sa dépêche, la belle Léonida ne tardera à arriver. (Tirant un papier de sa poche et lisant.) « Moi, venir à huit heures... moi, bien émue... moi, pas dormir... î> Elle parle nègre, elle est peut-être créole... voyons son dossier.

(Il va à son pupitre et prend sur la tablette de dessous des papiers.) Remettons-nous en mémoire les détails de sa personne. (Prenant une lettre et lisant.) « Je Suis brune... » (Parlé.) Sapristi ! pourvu que ce ne soit pas une négresse !... c'est très difficile à écouler !... Cependant l'année dernière j'en ai réussi une... mais c'est un autre prix!... je prends 10 pour ioo sur la dot au lieu de 5. (Lisant.) « Mon front est pâle... » Ah ! elle est blanche. (Lisant.) « Une tendre mélancolie, tempérée par une douce gaieté, brille dans mes yeux ; je suis distinguée de manières sans afféterie, expansive, douce... » (Parlé.) Elle entend le prospectus... (Lisant.) «Il ne m'appartient pas de parler de mon cœur ; mais, depuis mon enfance, je me suis dévouée à soigner un frère beaucoup plus âgé que moi ; c'est un vieillard goutteux, morose, désagréable... et cependant jamais une plainte ou un reproche ne s'est échappé de mes lèvres de roses. Enfin, si la personne me plaisait, je consentirais à habiter une petite ville bien située... >>

Page 1