SCENE IV
PIERRE
Si Ton m'avait appris tout cela dès l'école. J'aurais su ce que peut la plus légère obole Arrachée aux plaisirs, placée utilement...
Posant la main sur la léle de Jeanne.
Sur sa tête chérie ici je fais serment
De rester désormais à Tatelier fidèle !
Dès aujourd'hui pour moi s'ouvre une ère nouvelle :
On ne me verra plus hanter le cabaret,
Où souvent le plus clair de mon g-ain s'en allait.
Consacrant le dimanche au repos salutaire
Je saurai du lundi mériter le salaire.
Cette seule réforme accroîtra mon crédit
De deux cents francs aumoinschaque année. — Il suffit
De vouloir pour pouvoir, a dit un vieil adage,
Et je veux pratiquer un avis aussi sage.
JEANNE
Bravo ! comme disait à l'instant le patron.
Et qu'il soit à jamais béni pour la leçon
Qu'il vient de te donner, ô mon bien-aimé Pierre.
PIERRE
Mes yeux sont dessillés... Je revois la lumière ! Béni soit-il celui qui s'est dit : L'ouvrier En n'essayant jamais d'épargner un denier, Conçoit malaisément que^l'épargne est possible. Mais qu'on lui fasse enfin toucher un but sensible. Qu'il se voie un beau jour possesseur de cent francs. Bientôt du capital il comprendra le sens. Et l'incessant désir d'augmenter cette somme
De pygmée en géant transformera cet homme. Sois donc béni, patron à jamais vénéré.
11 tend la raain à Lemire.
Toi, Jeanne, embrasse-moi!
Jeanne se jette dans ses bras, puis avec un geste d'orgueil Je suis régénéré !