SCÈNE IV
JEANNE, levant les mains au ciel.
Merci ! Monsieur Lemire !
Elle va vers le berceau, Pierre la suit, redescend, remonte. 0 chers petits enfants !
Quel bonheur! désormais plus de maigre pitance. Pour vous, toujours pour vous, j'avais rêvé Taisance. Vous aurez ces jouets enviés si longtemps. N'est-ce pas, qu'ils auront des jouets, nos enfants?
PIERRE, il redescend *.
Des jouets, des bonbons... ce que leur cœur désire.
Il me semble déjà les entendre tous rire.
Ces chers petits enfants! que ne sont-ils ici !...
Me voilà devenu capitaliste aussi !
Un nouvel avenir à mes yeux se déroule.
Les plus riants projets se présentent en foule...
Je possède, entends-tu, moi qui n'eus jamais rien...
Je possède ! et je veux encor grossir mon bien.
Je possède ! ah ! ce mot est tout plein de magie.
Il m'a rendu soudain mon ancienne énergie.
Déchirant le bandeau qui couvrait ma raison,
Je crois voir s'élargir mon étroit horizon...
Déjà mon humble nom. . . Ah ! pardon ! je m'arrête.
Mais c'est que tout un monde a surgi dans ma tête. ..
LEMIRE
Bravo ! Pierre, bravo ! j'aime à te voir ainsi. A réveiller ton âme enfin j'ai réussi !
PIERRE
Patron î . . .
* Jeanne, Pierre, Lemire.
JEANNE, avec reconnaissance.
Dis, le sauveur!
PIERRE
Pardon, Monsieur Lemire, Oui, pardon, oubliez ce que j'ai pu vous dire. J'étais un malheureux, un ingrat.
Ah î comment
JEANNE
Vous remercier...
PIERRE
Non, jamais je. . .
LEMIRE
Ce moment Efface tous tes torts, et ta reconnaissance Est pour mon cœur ému plus qu'une récompense. Je ne mérite point...
PIERRE
Taisez-vous ! Taisez-vous !
Et laissez-moi. Monsieur, vous bénir à genoux.
11 tombe aux genoux de Lemin\
LEMIRE, relevant Pierre.
Relève-toi! Déjà, tu n'es plus le même homme. On te verra bientôt devenir économe, Et ces huit cent vingt francs feront plus d'un petit : C'est en mangeant, dit-on, que nous vient l'appétit.