EXTRAIT DU GRAND-LIVRE
DE LA CAISSE D'ÉPARGNE
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Le Teneur de L'ivre ,
LES DÉBUTS
le montant qui peut être déposé et qui voudraient bien les voir acceptées tout de même. Sur quoi la Direction autorise ses correspondants « à recevoir, pendant le courant de la présente année tant seulement, les épargnes déjà faites par les artisans, les domestiques et les journaliers, et cela jusqu'à concurrence de 50 Louis d'or neufs pour un même individu. Si des capitaux plus considérables sont offerts, les demandes seront référées à la Direction ».
Lorsque celle-ci s'assembla le 16 février 18 14 pour prendre connaissance du résultat du premier exercice, elle eut le plaisir de constater que les dépôts s'étaient élevés à prés de 34.000 livres, fournis par 390 particuliers ; que les bénéfices nets étaient de 444 livres, somme à quoi s'ajoutaient des dons pour 3 9 5 livres 1 6 sols, de telle sorte qu'on put verser au fonds d'amortissement une somme de 839 livres 16 sols. Le procés-verbal enregistre non sans fierté des chiffres si encourageants ; puis il ajoute : « Plus de 300 artisans, domestiques et journaliers ont déposé leurs économies, et la Direction a la vraye jouissame de soigner et de faire valoir un grand nombre de capitaux dont la minimité eût remîu, partout ailleurs, le placement impossible. »
Et déjà, en présence du fonds de réserve qui commence à se former, M. Coulon, sorte d'épicurien de la philanthropie, se délecte à prévoir l'heure où ce fonds servira « non seulement à garantir les créanciers de toute perte, mais dans la suite à des œuvres de charité».
La Direction n'a qu'à se louer de la maison Vaucher DuPasquier et 0% qui lui a fait de spéciales facilités de placement, «avec une bienveillance et un désintéressement d'autant plus louables que les circonstances du commerce étaient plus difficiles». Elle exprime aussi sa reconnaissance à MM. Coulon et Pourtalés, qui ont tenu
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gratuitement caisse et livres et ont mis à ce travail «un degré d'exactitude et de perfection qu'aucun sacrijice pécuniaire n'eût pu obtenir y).
Le procés-verbal ajoute — et ce paragraphe inaugure la série des rapports annuels de la Caisse d'Épargne — : «La Direction a reconnu que ses livres, dans leur forme actuelle, sont les meilleurs et les plus assurés des titres pour des créanciers tous égaux en droit. Elle s'est donc bornée à faire expédier des extraits de ces livres, bouclés au 31 décembre 181 3, pour être remis à chacun des intéressés.»
Sans doute, il serait plus malaisé aujourd'hui de faire tenir « à chacun des intéressés » le rapport de la Caisse d'Épargne. Mais les directeurs de 181 3 pouvaient-ils pressentir pour leur chère institution un développement pareil à celui qu'elle a pris ? La conclusion de leur examen des comptes est aussi modeste que bien pensée : « Il ne reste à la Direction, disent-ils, qu'un seul désir, celui de voir se multiplier le nombre des petits dépôts, résuhant des économies faites pendant une semaine ou un mois, et qui, étant la preuve de l'ordre, sont le solide fondement d'une future aisance. »
Tout cela, nous nous plaisons à le redire, tout cela, esprit, ton, procédés, est profondément neuchâtelois. On sent, dans l'origine de cette fondation, un mélange singulier de zélé pour le bien public, de sollicitude presque anxieuse pour les petits, de prudence méticuleuse, de terre à terre apparent, relevé du désintéressement le plus complet au profit d'un généreux idéal. Ce qui nous frappe, en ces âmes de banquiers et de notaires, c'est leur conception élevée de la noblesse du travail, des vertus d'ordre et de bonne tenue, qui seules peuvent assurer l'indépendance et la dignité de la vie. Ces hommes furent d'entre les meilleurs de notre race, et leur dévouement
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LES DÉBUTS
sans phrases ajoute à leur œuvre un cachet de parfaite distinction.
L'année suivante (lé mars 1815), les dépôts en compte-courant de la Caisse deviennent trop élevés pour que la maison Vauclier- DuPasquier puisse s'en charger entièrement. On décide — au scrutin secret — de confier 2 1 .000 livres à M. Louis Coulon, 1 5 .000 livres à la maison SilHmann, Wavre et C^et 10.000 HvresàBovet et C^^
Le Messager boiteux y va de son petit coup de clairon (et certes jamais réclame ne se justifia mieux) :
La Caisse d'Épargne dont nous annonçâmes la fondation l'année dernière, est en pleine activité, et paraît avoir inspiré toute la confiance nécessaire aux personnes de la classe du peuple, à l'usage desquelles elle est particulièrement destinée, puisque dès le moment de son ouverture, elles se sont empressées à y verser leurs petites économies, de manière que les sommes qui y sont déjà déposées surpassent sensiblement ce qu'on attendait des commencements d'une entreprise telle que celle-ci, qui ne s'accrédite et ne se consolide qu'avec le temps.
Dés lors, l'Almanach ne négligera jamais son boniment annuel en faveur de la Caisse d'Épargne, jusqu'au moment où celle-ci sera devenue une institution si populaire, que le bon Messager lui-même jugerait naïf de la recommander.
Mais il n'y avait pas que lui à vanter l'institution naissante. On en suivait attentivement les progrés du pays de Vaud, où la première Caisse d'Épargne, celle de Vevey, accusait en 181 5, après une année d'existence, un capital de 8000 hvres, tandis qu'au même moment celle de Neuchâtel possédait plus de fr. 95.000, déposés par 432 personnes. Dans son numéro du 2 février 1816, la Galette de Lausanne consacre, sous la rubrique Mélanges helvétiques, une notice
aux Caisses d'Épargne. Elle passe en revue ""^^ '^^ ^""^^'/'^.J" vie de Bâle, puis arrive à la nôtre : « La Caisse d'Epargne fondée a Neùchâtelen : 81 2 montre, par les succès qu'elle a obtenus 1 état prospère de cet heureux pays. Le premier compte-rendu en 181 3 présentait déjà un capital de L. 35-172, qui a ètè considérablement accru pendarlt l'année 18x5. » A Genève aussi, l'attention éta.t evedlee e M de CandoUe demandait à son ami Coulon communication des statuts, afin de créer à Genève un établissement du même genre, qui fut ouvert en effet en 1816.
LES DÉBUTS
On nous saura gré sans doute de ne point négliger, au cours de cette histoire, les faits anecdotiques propres à en rendre la lecture moins aride. C'est ainsi que nous rencontrons dans les procès-verbaux de 1816 plusieurs soldats du Bataillon Berthier. Le Prince de Neuchâtel, comme chacun sait, forma un bataillon neuchatelois, qu'il dota d'un brillant uniforme jaune, d'où le sobriquet de Canans que reçurent les hommes qui le composaient. Ce bataillon fut a peu prés anéanti dans la retraite de Russie. Mais un décret de Berth.er du 9 avril 1815 ordonna une nouvelle levée de 500 hommes qui furent conduits au dépôt de Besançon par le capitaine Louis de Meuron La plupart devaient périr en Allemagne ou en Lorraine pendant la terrible campagne de 181 5 à 1814. (i) Un bon nombre des primes d'engagement touchées par ces soldats avaient pris le chemin
(i) V. F.-G. Borel. Le halailUm des Canaris (Neuchâtel, 1898).
de la Caisse d'Épargne, aussitôt sa fondation annoncée. Les archives de l'établissement conservent plusieurs lettres écrites par des
EN-TÊTE DE LETTRE d'uN SOLDAT DU BATAILLON BERTHIER (1815)
Canaris à leurs parents et que ceux-ci présentaient à la Caisse pour justifier les demandes de fonds formulées par les absents. Ceux d'entre eux qui attendaient à Besançon leur prochain départ, manquaient d'argent et l'écrivaient en termes souvent pittoresques,
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sur papier orné de charmantes vignettes. C'est ainsi que Jacques Déguely, meunier, du Locle, qui s'est engagé en juin 181 3, a déposé 159 fr. 12 à la Caisse d'Épargne. Le mois suivant, il envoie de Besançon à son frère André l'ordre de retirer et de lui expédier
son argent.
Besançon, 16 juillet 181 3.
Mon cher frère,
C'est en réponse à ta chère lettre... Je te dirai que je me trouve assez bien L'état militaire me plaît beaucoup. Mais si j'ai un conseil à te donner, c'est de conserver ta liberté.
[Suivent les instructions relatives à son argent].
Il passe des troupes tous les jours ; c'est ce qui me fait croire que nous ne
serons plus guère longtemps ici... Je couche avec Coulin [Colin], de Cormon-
drèche ; nous sommes dans les chasseurs les deux, 4"' sous-division.
Adieu, je t'embrasse... Je suis ton fidèle frère
Jacques Déguely.
Voici maintenant son camarade :
A Monsieur Jean-Pierre Colin, à Cormondrèche.
Besançon, 9™' aoust 181 3.
...Nous partons demain le 10. Cher père, je vous dirai que nous avons
passé la revue aujourd'hui et que le commandant nous a annoncé que nous
allions joindre la grande armée, et nous a fait une bien belle morale. Cher
père, il paraît que le bataillon n'a pas beaucoup de regret de quitter Besançon,
car nous sommes tous fort contents de nous mettre en route. Cher père, c'est
avec bien du regret que je vous annonce mon éloignement de vous, mais je
ne vous oublierai pour cela. Il serait plus doux pour moi d'être auprès de vous,
mais il n'y faut pas penser pour le moment...
[Suit l'autorisation de toucher son argent] .
Jean-Louis Colin.
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LES DEBUTS
A cette lettre est joint un reçu de 12 louis d'or neuf déposés par le fils et retirés par son père le 7 octobre 1 8 1 3 .
Un autre, qui s'appelle Pierre Dubois, s'était engagé contre l'avis de sa famille. C'est ce que montre clairement le début de la curieuse lettre que voici :
A Madame la veuve Suzanne Dubois, à Neuchâtel
rue du Neubourg, par Pontarlier. Sitôt, sitôt
Besançon, le i)"*^ juin 181 3.
Chère mère.
Je vous répond sur votre lettre, laquelle m'a bien fait de la peine d'apprendre que vous étiez malade. Pour moi, je me porte assez bien ; je souhaite que la présente vous trouve bien rétablie. Chère mère, il ne faut pas que cela vous chagrine ; si quelqu'un en est puni, c'est moi qui le sera le premier ; d'ailleurs je ne m'en repend point ; au contraire, je suis bien aise d'être soldats. C'est pourquoi il ne faut pas que cela vous atriste, il ne faut pas seulement me l'écrire quant vous me répondrez. Si ma sœur Marie ne sait me faire saluer que comme cela, elle peut garder ses salutation : on dirait, à l'entendre, que je suis un vaurien. Si vous voulez, vous écrirez à mes sœurs, mais pour moi je ne leur écriroit pas. Vous aurez la bonté de dire chez... (i) de me faire tenir de l'argent pour acheter des pantalons. Je veut renvoyer les miens parce qui sont venu affreux; et vous aurez la bonté de m'envoyer des bas; j'ai tout usé les miens en venant. Vous me ferez tenir trois gros écus. Nous ne sommes pas encore tout habillé ; sans cela j'auroit déjà envoyé mes habits.
Chère mère, nous avons appris qu'on parlait bien mal de nous à Neuchâtel, qu'on avoit écrit depuis ici que nous faisions les libertins : il ne faut écouter cela D'ailleur nous savons qui est celui qui a écrit cela ; il s'en repentira le premier.
Je vous dirai que je suis domestique du chirurgien-major du bataillon ; je me plait bien chez lui, c'est un bien brave homme.
(i) Il manque ici plusieurs mots sautés par l'écrivain.
CAISSE d'épargne — J
Vous aurez la bonté de remettre cette lettre à la Marion Piot et vous la saluerez bien de ma part ; vous lui direz que nous sommes toujours ensemble comme deux frères. Quand vous me récrirez, vous aurez la bonté de mafFranchir mes lettres, parce que je n'ai pas de l'argent. Rien autre pour le présent que de vous bien saluer en attendant le plaisir d'avoir de vos nouvelles. Vous saluerez bien tous mes camarades et tous ceux qui s'informeront nous (i), particulièrement la Marianne Potéla et L'* Delbach.
Je vous salue et vous embrasse de tout mon cœur, et reste pour la vie
votre attaché fils
P. Dubois.
Cinq jours plus tard, il envoie à sa mère ses habits civils, et demande de l'argent sur son dépôt à la Caisse d'Epargne. Puis il ajoute:
Nous avons appris ici que Périllard avait écrit qu'il était sergent ; mais ce sont tout des faussetés : il n'est pas seulement caporal. Il est simplement pour faire vider les latrines. D'ailleurs il se fait haïr de chacun.
La bonne mère, qui s'en va, cette lettre à la main, retirer à la Caisse d'Épargne 12 livres 12 sols, ne sait pas écrire: M. Pourtalés- Boyve l'autorise à « faire une croix » pour signer le reçu ; mais il prend la précaution de faire attester l'authenticité de cette signature d'illettrée par la déclaration de trois témoins !
Mais que faire de l'argent de ceux qui n'avaient pas reparu ? Leurs familles le réclamaient. La Caisse, en cédant à ces demandes, ne risquait-elle pas de mal payer ? Elle demanda aux parents des garanties. Mais il n'était pas toujours possible à ceux-ci d'en fournir. Le procès-verbal du 2 1 mars 1 8 1 6 trahit la perplexité des directeurs :
(i)^Un mot sauté.
LES DEBUTS
Plusieurs soldats du ci-devant bataillon du Prince Berthier, qui avaient placé une partie de leur engagement dans la Caisse d'Épargne, sont présumés morts, puisque, dès 18 12, époque de la campagne de Russie, où ce bataillon a été détruit, on n'a eu ni directement ni indirectement de leurs nouvelles. Les pères et mères de ces soldats ont réclamé le paiement de ce qui était dû à leurs enfants ; la Caisse a remboursé moyennant des cautionnements pour la représentation de l'argent, dans le cas où le créancier reparaîtrait, ou sur le vu de disposition des sommes placées en faveur des parents...
Mais plusieurs cas difficiles étant demeurés en suspens, la Caisse d'Epargne demanda une direction au Conseil d'Etat :
Comme d'un côté, dit-elle, la preuve de la mort ne pouvait être administrée, que d'un autre côté il s'agissait de familles pauvres, dont la misère était encore augmentée par la perte de leurs fils, la Caisse a accordé plusieurs remboursements sous des cautionnements... Il existe des parents qui se trouvent dans l'impossibilité de fournir des cautions, d'autres qui sont porteurs de lettres de leurs fils écrites du dépôt de Besançon, et que l'on peut envisager comme un abandon de droits, soit en faveur d'un père, soit en faveur d'une mère. La Direction de la Caisse d'Épargne, malgré tout son désir de favoriser de pauvres parents, ne peut toutefois que s'en tenir à des règles strictes qui la mettent à l'abri de toute responsabilité pour des paiements faits à d'autres personnes qu'à de véritables créanciers... Comment donc s'y prendre pour concilier la justice avec ce que paraît exiger, dans le cas particulier, l'équité et surtout l'humanité ?
Le Conseil d'État, dans sa séance du 26 mars 1816, approuva les paiements faits jusqu'à ce jour et autorisa la Caisse d'Épargne « à payer, sur le vu des lettres qui peuvent être envisagées comme contenant un abandon de droits, et sans exiger de cautionnements, ce qui serait dû à des militaires du bataillon Berthier, présumés
morts dans la campagne de Russie, moyennant que ces paiements ne soient faits qu'à des ascendants de ces militaires (i) ».
Une note moins triste, pour clore ce sujet. Si tant de Canaris ne revinrent pas, il y eut aussi celui qui revint plus tôt qu'on ne l'attendait. Le correspondant de Travers, Daniel-Henry Jeanneret, écrit le i^"" juin 18 14 à M. de Pourtalés-Boyve :
Je viens déjà vous donner l'embarras de me retourner les 2 louis d'or neufs que je vous envoyai le 28 mars écoulé pour une personne qui ne voulait pas être nommée. Cet argent appartient à un pauvre homme qui s'était engagé dans le bataillon du Prince Berthier, lequel est maintenant revenu et redemande son argent pour un peu se rhabiller et ravitailler son petit ménage ; ensorte que je vous prie de me cela faire passer le plus vite possible, afin que je sois débarrassé de cet homme, qui est à ma porte deux ou trois fois le jour. Je lui ai fait observer qu'il y aurait six mois d'intérêt à escompter sur sa somme ; il m'a répondu en être bien content...
Les incidents que nous venons d'indiquer sont à peu prés le seul contre-coup que la Caisse d'Épargne ait ressenti des événements qui s'accomplissaient alors en Europe. L'unique allusion aux jours troublés de 181 3 que nous ayons trouvée dans la correspondance est une lettre du pasteur Auguste de Pury, correspondant de la Chaux-du-
(i) Nous réservons, pour les donner en Appendice, deux autres lettres de Canaris, qu'il serait fâcheux de ne point conserver. Nous avons cru devoir aussi recueillir les noms de plusieurs de ces Neuchâtelois partis pour la guerre et qui n'en sont jamais revenus. Ce sont là des miettes d'histoire qu'il ne faut pas laisser perdre.
LES DÉBUTS
Milieu, qui retire le 30 décembre de cette année-là fr. 20 — déposés par un de ses paroissiens ; il a vainement exhorté ce dernier à ne pas réclamer son argent ; « mais, ajoute-t-il, ne sachant pas si la marche de cette administration bienfaisante ne serait point momen-
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EN-TÊTE d'une LETTRE DE « CANARI »
tanément interrompue ou gênée par les circonstances extraordinaires dans lesquelles nous nous trouvons, je crois devoir vous transmettre aussitôt sa demande. »
C'est qu'en effet les événements allaient se précipiter : la France envahie, Waterloo, les Alliés traversant la Suisse, le Roi de Prusse redevenu Prince de Neuchâtel... il y avait dans cette succession de coups de théâtre de quoi frapper les esprits : la jeune institution
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dont nous retraçons l'histoire n'en reçut aucune fâcheuse atteinte, (i) Bien au contraire, le 2 mars 181 6, la Direction se plaît à constater et avise le pubhc que, pendant les deux années précédentes, « malgré les circonstances difficiles où la Principauté s'est rencontrée, la somme des dépôts et le nombre des créanciers ont presque doublé ». Au 31 décembre 181 5, en effet, le total des dépôts formaient une somme de L. 72.304,6. Grâce à l'insignifiance des frais d'administration, le fonds d'amortissement, « destiné à couvrir les pertes, et, par la suite, à soulager la classe des artisans et domestiques », avait augmenté de prés de 1000 livres.
Il est inutile d'observer, dit le procès-verbal, que, sans le dévouement pour la chose publique de M. Coulon, qui soigne avec autant de perfection que de désintéressement les nombreuses écritures du Grand Livre, et sans la continuation des services pénibles et gratuits de M. Jacques-Louis Pourtalès-Boyve, bien loin d'obtenir des bénéfices, l'établissement serait en perte.
On conçoit qu'il n'en fût rien, quand on voit les frais d'administration se borner à fr. 99 — pour achat de registres et impression de quittances. Un tel fait suffit à donner la clé du développement rapide de ce fonds d'amortissement appelé à exercer plus tard dans notre pays une influence si considérable et si bienfaisante. (2)
(i) On lit dans la Biographie neuchâteloise, t. II, p. 389 (article sur Alphonse de Sandoz-Rollin) : « On a remarqué que la Caisse d'Épargne de Neuchâtel, une des plus anciennes et des plus florissantes de la Suisse, a été fondée en 181 3, c'est-à-dire à une époque où les immenses événements politiques qui bouleversaient l'Europe semblaient ne devoir laisser à personne assez de loisir et de liberté pour s'occuper d'établissements de bienfaisance et d'entreprises d'utilité publique. »
(2) Alfred de Chambrier, op. cit.
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LES DÉBUTS
En i8i6 déjà, l'établissement est en mesure de commencer l'interminable série de ses prêts aux communes. Celle de Saint-Biaise ayant demandé à emprunter 300 louis d'or neufs, on les lui accorde au scrutin, par sept voix contre une, sous diverses conditions, celle entre autres que la commune débitrice engagera non seulement ses biens, mais encore et subsidiairement ceux de tous ses communiers.
Tandis que s'étend le cercle des déposants, les écritures se compliquent, du fait surtout qu'il existe dans notre pays un grand nombre d'homonymes, c'est-à-dire de familles du même nom, dans lesquelles plusieurs individus portent le même prénom. Aussi, « afin de prévenir des difficultés et des embarras qui ont déjà eu lieu », invite-t-on les correspondants à multiplier les indications propres à empêcher « de confondre un créancier avec un autre ».
Tout en les remerciant de leur zélé et de leurs soins, la Direction les prie « d'accueillir avec bonté les personnes qui leur remettront les plus petits dépôts, et de leur donner tous les encouragements possibles.» C'est là du style de l'excellent Alphonse de Sandoz-RoUin, un des plus nobles cœurs qui aient battu dans la Principauté. L'on éprouve un grand charme à voir se perpétuer, au milieu même du succès toujours croissant de l'institution, ce ton de patriarcale sollicitude qui sied si bien aux hommes d'affaires, quand ils ne songent qu'aux intérêts d'autrui.
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