CHAPITRE IV
Les Correspondants
Notables et pasteurs : leur empressement à donner leur concours ; leur sollicitude pour les cas individuels. — Lettres et confidences. — Leur propagande en faveur de l'épargne.
LECTEUR, arrêtons-nous un moment ; interrompons le cours de cette histoire, et achevons de montrer comment l'institution qui en fait l'objet a pris un essor si rapide et acquis d'emblée une importance que ses créateurs n'eussent jamais rêvée. Pour le comprendre, il ne suffit pas de considérer les faits matériels
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et les causes extérieures ; il ne suffit pas de dire que l'établissement répondait à un besoin, qu'il fut très intelligemment conçu, très honnêtement dirigé, et que les frais généraux en furent réduits presque à rien par le désintéressement des gérants. Tout cela est vrai. Mais il y a autre chose.
Nous sommes ici dans le régne de l'esprit. La prospérité extraordinaire de la Caisse d'Épargne s'explique par une cause morale, qui nous élève bien au-dessus de la sphère où s'exercent l'habileté et la probité des hommes d'affaires. Ceux-ci, en soignant les affaires des autres, font aussi leurs propres affaires, tandis que l'entreprise de la Caisse d'Épargne est sans profit pour ceux qui la dirigent : elle ne doit être utile qu'au public ; elle n'a en vue que la foule des travailleurs, des gagne-petit, de tous ceux qui peinent, qui luttent, et dont la vie ne comporte d'autre poésie que celle que lui confère la dignité du travail.
Telle fut la haute inspiration qui lui donna naissance. Mais le moment est venu de marquer la part qu'ont prise à cette grande œuvre d'épargne nationale ceux qui en étaient dans nos villages les ouvriers obscurs et les fervents apôtres. Nous voulons parler un peu du rôle joué par les correspondants.
Une notice sur la Caisse d'Épargne, qui dut être rédigée vers 1842 et que nous avons retrouvée dans ses archives, décrit l'organisation et le fonctionnement de cette institution. Nous y lisons entre autres:
Il a été établi environ quarante succursales dans les principales communes du pays. On a choisi à cet effet pour correspondants des personnes dont la moralité, la discrétion et l'exactitude est connue, et qui ont assez de dévouement et de loisir pour s'acquitter gratuitement de cette tâche. Chaque mois les
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correspondants sont tenus d'envoyer au bureau central le montant de leur recette, dont le détail est inscrit sur des feuilles imprimées, fournies par la Direction, ainsi que les registres et les quittances, et qui doivent contenir, avec la plus grande exactitude, etc. [suivent des indications minutieuses]. Les correspondants font les remboursements qui leur sont demandés soit avec l'argent des dépôts encore entre leurs mains, ou avec celui qui leur est envoyé ; mais seulement après y avoir été autorisés par la caisse centrale, qui leur indique, après vérification, l'intérêt qui doit être ajouté lorsque le remboursement est fait pour solde. Les quittances sont envoyées à la caisse centrale, ainsi que le bordereau des remboursements, inscrit à la suite de celui des recettes, qui doit lui être transmis chaque mois ou chaque trois mois.
C'est grâce à ces modestes collaborateurs que l'établissement a pu étendre son action jusque dans les plus petits hameaux du pays. Ces hommes dévoués étaient choisis parmi les notables de chaque locaHté : c'était le régent, le justicier, le notaire ; au début, ce furent surtout les pasteurs. Et ce seul fait suffit à ennoblir une activité qui s'exerce non point dans le domaine des affaires proprement dites, mais dans celui de la philanthropie et de la charité.
Nous savons qu'il est de mode aujourd'hui de sourire quand on parle de la Vénérable Classe. L'excuse de ceux qui ne la respectent pas, c'est qu'ils la connaissent encore moins. La vérité est qu'un des plus grands privilèges dont notre pays ait joui depuis la Réforme, c'est la haute valeur intellectuelle et morale de son clergé. Sa tenue générale, sa fidélité à prêcher l'évangile, son dévouement, son activité chrétienne, lui ont valu précisément cette influence, dont on lui fit parfois un grief, et qui se traduisait dans chaque village par les marques de respect dont « Monsieur le Ministre » se voyait entouré. Pour nous, qui avons connu, et d'assez prés, les derniers
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survivants de la Vénérable Classe, nous n'avons éprouvé aucune surprise en découvrant, dans les archives de la Caisse d'Épargne, les preuves du concours admirablement actif et dévoué que lui a prêté notre corps pastoral ; et la Classe nous est apparue plus « vénérable » que jamais.
Cest avec un empressement joyeux, c'est comme un titre d'honneur que ces serviteurs de Jésus-Christ acceptaient la charge de correspondant. L'un d'entre eux répond à la proposition qui lui en est faite : « Les fonctions de correspondant de la Caisse d'Épargne sont si honorables et peuvent être si utiles, qu41 est difficile, surtout pour un pasteur, de résister à une proposition telle que la vôtre. » Or ce ne fut que cinq ans plus tard que ce digne homme fit la réflexion qu'il pourrait profiter, lui aussi, des sûretés que l'établissement lui offrait, pour y placer quelque argent mignon de madame la Ministre ; et il fut si touché de voir son dépôt accueilli, qu'il composa une belle épître à M. Coulon pour rendre grâce de « l'obligeance » qu'on lui avait montrée en acceptant son argent !
Un autre accueille ainsi la demande de M. Coulon :
Bien loin de m'imposer un sacrifice, c'est me rendre un service que de me demander d'être à Môtiers correspondant de la Caisse d'Épargne. Vous m'avez prévenu, Monsieur : j'avais dessein de vous oflrir mes services, tout heureux d'avoir ce moyen d'influence de plus sur les paroissiens que Dieu a daigné me confier, et de pouvoir faire quelque chose pour une institution que j'aime et que j'admire. J'accepte donc de grand cœur la vocation que vous m'adressez, (i)
(i) Le pasteur Barrelet, 8 juin 1843.
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survivants de la Vénérable Classe, nous n'avons éprouvé aucune surprise en découvrant, dans les archives de la Caisse d'Épargne, les preuves du concours admirablement actif et dévoué que lui a prêté notre corps pastoral; et lu Clas.se nous est apparue plus «vénérable» que jamais.
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Ces pasteurs déjà chargés de travail se passeraient d'autant plus d'un tel surcroît de besogne, qu'ils n'ont guère l'habitude d'aligner des chiffres. On ne peut s'empêcher de sourire en Usant les confidences naïves de tel brave ministre qui, pour la première fois de sa vie, se trouve avoir, comme on dit chez nous, « de l'argent en maniance », et des écritures à passer. Le pasteur Grellet, de Corcelles, est fort perplexe parce qu'on lui réclame le « bordereau » des titres qu'il a en mains : « Encore tout nouveau dans cette agence, écrit-il, je ne suis pas au courant de choses qui doivent être pourtant bien simples. Ce bordereau serait-il peut-être l'indication des sommes qui m'ont été remises? »... Plus candide encore, celui qui, ayant passé au bureau de la Caisse à Neuchâtel, n'ose presque plus écrire à « ces Messieurs », de peur d'accroître leur besogne : « Qjaand j'ai vu quelle masse d'ouvrage repose sur vous, j'ai presque regretté la peine que je vous ai donnée de m'écrire. »
Il y en eut un que la secousse du i^'' mars 1848 troubla si fort que, pour la première fois, il commit une erreur. Il écrit tout confus à M. Coulon pour la confesser et s'en excuser : a Je vois à ma vive et profonde douleur, en comparant les bordereaux à mon registre, qu'il y a une erreur dans mon bordereau du 11 avril... Je suis désolé de cette erreur, arrivée dans un temps où nous étions assailHs de préoccupations diverses. Si cela entraînait quelque perte pour la Caisse, il va sans dire que je la supporterais. »
Nous n'avons pas besoin d'ajouter que le même esprit d'abnégation animait les instituteurs, les magistrats, les notaires qui partageaient avec les pasteurs le privilège de servir gratis la bonne cause. Parmi les plus dévoués de ces agents locaux, nous avons salué avec
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plaisir un homme qui, d'instituteur qu'il était, devint conseiller d'État après 1848 et nous a laissé à tous un souvenir respecté : Frédéric-Auguste Monnier, sollicité en 1846 d'être correspondant pour la paroisse de Dombresson, accepte avec empressement, « heureux, écrit-il, si je puis, par ma faible coopération, contribuer à la prospérité d'un établissement que j'envisage comme l'un des plus utiles dont notre pays s'honore».
M. Coulon avait fait pénétrer partout cette vérité qu'il exposait à un de ses correspondants : « L'établissement de la Caisse d'Epargne n'est pas un objet de spéculation. Elle a été établie pour le bien public » (1828). Voilà ce qui accentua dés le début et maintint au cours des années le caractère éminemment patriarcal àt l'institution. L'originalité qu'elle en reçut est peut-être ce qui nous a le plus frappé durant les longues heures passées à dépouiller les liasses poudreuses de lettres accumulées depuis cent ans.
Quand ils écrivent à la Caisse d'Épargne, les correspondants prodiguent, avec une ingénuité touchante, des détails intimes qui, en bonne régie, n'ont rien à voir dans les lettres d'affaires. Ils croient devoir justifier un dépôt ou une demande d'argent par des explications qui auraient paru superflues et ridicules à tout autre qu'au bon papa Coulon. xMais, précisément, pour lui les déposants ne sont pas des numéros de récépissé, ils sont des êtres humains, des individus distincts, des âmes. Il n'est donc pas indifférent à M. Coulon et à ses fidèles collaborateurs que le pasteur Bernard de Gélieu motive un retrait par la nécessité d'habiller un catéchumène, ou que le pasteur Vaucher, des Ponts, retirant le dépôt de sa catéchumène FéHcie Philippon, ajoute : « Cette jeune fille est à la veille de s'établir
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à Genève comme modiste : c'est la raison qui l'engage à retirer ses fonds de la Caisse».
Nous voilà, grâce à Dieu, bien loin de ces choses inélégantes qu'on appelle le fonctionnarisme et la bureaucratie. L'administration de la Caisse d'Épargne s'émeut des cas individuels. On peut même affirmer qu'elle encourage ses correspondants à s'en soucier par l'accueil qu'elle fait à leurs touchantes confidences. Nous citerons quelques-unes de ces dernières, qui nous paraissent caractéristiques, et même de nature à divertir le lecteur, car beaucoup de ces fragments de lettres peignent au naturel les mœurs d'autrefois, si pittoresques dans leur simplicité.
Le pasteur Perrin, de Saint-Sulpice, envoie, le 30 décembre 1822, un dépôt de 6 gros écus :
Vous ne les recevez si tard, écrit-il, que parce qu'il n'a pas été possible à la pauvre fille qui me les apporte de les retirer plus tôt. Ils sont le prix de sa dentelle, qu'elle a seulement achevée aujourd'hui, (i) C'est Marianne, fille de Charles-Théodore Divernois, de Saint-Sulpice.
Après la denteliére, la fileuse. C'est toujours M. Perrin qui parle. Il envoie, le 20 janvier 183 1, 5 gros écus qu'on vient de lui remettre au milieu de ce mois :
Ayant fait observer à la personne qui les place qu'elle aurait dû les verser à la fin de l'année dernière, à cause des intérêts, elle m'assure qu'elle était venue la semaine de Noël avec cette intention, mais que j'étais absent, et
(i) Voir sur l'industrie de la dentelle, qui fleurit pendant plus d'un siècle dans notre pays, Alph. Petitpierre, op. cit., p. 212 et suiv.
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qu'elle n'avait pas cru pouvoir laisser cet argent en d'autres mains. Notre domestique m'a pleinement confirmé le dire de cette fille, qui habite à l'ordinaire le Mont de Buttes, où elle va filant de maison en maison ; c'est dire assez que ses gains sont bien petits et que ce n'est qu'à force d'économie qu'elle parvient à faire les chétives épargnes que je suis chargé de vous envoyer. Je serais extrêmement peiné que par mon absence et la difficulté presque insurmontable où elle s'est trouvée de revenir plus tôt, à raison de l'éloignement et de l'abondance des neiges qui séparent nos demeures respectives, cette pauvre fille perdît six mois d'intérêt de ce qu'elle gagne avec tant de travail et de lenteur. Aussi j'oserais prier la Direction d'envisager l'envoi de ce jour comme fait avant le renouvellement de l'année, si je ne craignais pas de faire une demande trop indiscrète dans un moment où l'on parle d'une perte énorme que celle-ci viendrait d'essuyer, (i)
Le vénéré maire Huguenin écrit de la Brévine, en 1833 :
Je comptais pouvoir descendre à Neuchatel la semaine de la foire, mais ma mauvaise santé a mis obstacle à ce projet... Je serais bien fâché que ces quelques jours de retard nuisissent à l'intérêt de ceux qui ont fait ces dépôts. S'il en était ainsi, je vous prie de me le dire, parce que je me chargerais de la perte qu'ils éprouveraient.
Le pasteur Andrié, qui fut plus tard appelé à Berlin, écrit des Ponts (1824): « Voici 42 batz que je vous envoie de la part de Victor, fils de Théodore Perrenoud... Il s'est efforcé de gagner cet argent afin que, joint au louis qu'il a à la Caisse d'Épargne, il puisse rapporter intérêt. »
Le correspondant du Locle envoie en novembre 1823 les dépôts qu'il a reçus de Victor Matthey et de quatre de ses sœurs, tous
(i) La faillite Meuron, dont il sera question plus loin.
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enfants de feu David-Louis Matthey-Junod, horloger, travaillant à rétabli; il y en a pour ié8 livres. Il ajoute, triomphant: « Victor a un frère et encore cinq autres sœurs, qui se proposent de mettre à la Caisse d'Épargne par la suite. Voilà un beau
ménage! »
Puis, c'est le correspondant de la Chaux-de-Fonds, Ch^-Fréd. Robert-Droz, qui s'excuse d'envoyer des dépôts dont trois dépassent le chiffre réglementaire. Il conte en toute simplicité l'histoire des déposants, sans douter une minute que ces innocents commérages n'intéressent M. Coulon ; il explique que Ch^-Henri Droz, qui lui a confié L. 201,12, a dix-huit ans, que cette somme est le « fruit de ses labeurs de deux années » :
Il désire le mettre hor de la prodigalité de ses parents, à qui bien certainement, si on le leur remettoit, n'en auroit ny plus ny moin au bou de l'année. Quant à Auguste Quartier-dit-Maire, la manie de ses parents de boire en abondance l'eau-de-vie les a réduit l'un et l'autre au trépas. Ce jeune homme est au service prussien. On a vendu la petite maison qui appartenoit à ses parents et c'est ce produit de L. 882,5 qui m'a été remis pour le lui conserver, et Marianne Quartier-dit-Maire est sa sœur, qui m'a remis 336 livres provenant comme celui de son frère...
Le même correspondant écrit le 7 mai 183 1 quelques lignes amusantes dans leur justesse. Il s'agit de savoir s'il peut accepter 80 louis qu'un nommé Ducommun a reçus en héritage : « Cet individu n'a ni moyen ni intrigue, et craint de perdre cette somme, qui sera toute sa ressource pour ses vieux jours. Je crois que l'institution de la Caisse d'Épargne est faite essentiellement pour des êtres semblables. »
Le correspondant de la Sagne, H.-F. Perrenoud, annonce à la fin de 1833 un versement de 50 louis des enfants de David-Louis Vuille-Bille.
Cette somme, dit-il, est le fruit de leurs économies de l'année. Tls en sont d'autant plus louables qu'ils ont été pendant longtemps assistés de nos fonds publics, auxquels ils ont coûté beaucoup dans le temps. Mais, depuis une dizaine d'années, par la bonne direction de Fréd. -Constant, ils ont remercié (jîV), ont même payé les dettes de père et mère, qu'ils entretiennent par leur travail sans être à charge à personne. Il serait à désirer pour le bien de la société que beaucoup d'autres familles suivissent leur exemple.
Les frères Michaut, correspondants des Verrières, écrivent : a Nous avons pris la liberté de recevoir de Gustave Audétat, pierriste, une somme plus forte que le règlement ne porte, en considération de la bonne conduite et du travail extraordinaire de cet ouvrier, lequel a pu sortir de l'état d'indigence par son assiduité... »
Le Justicier Evard expédie de Chézard un ducat pour le compte d'Olivier Favre : « Il m'a été envoyé par son parrain pour que cette valeur soit conservée à son filleul. J'envoie cette pièce telle, en priant M. le caissier de la recevoir au taux qu'il lui paraîtra équitable » (1829).
M. F. Richard, correspondant du Locle, envoie le 30 juin 1829 cinq dépôts dépassant le chiffre réglementaire de lé louis; et il explique : « Plusieurs jeunes gens au service de Prusse, ayant fait un petit héritage, désireraient le placer à la Caisse d'Épargne. Chacun d'eux ayant 22 à 23 louis, je n'ai pas voulu les recevoir sans être autorisé par vous. »
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Ces braves gens n'ont tous que le souci des intérêts qu'ils représentent. La seule trace d'intérêt personnel que nous ayons surprise est celle de ce correspondant d'un village du Vignoble qui, à son envoi de fonds, joignait un innocent post-scriptum pro domo: « Vous me permettrez bien de saisir cette occasion pour recommander ma liqueur, dont j'ai plusieurs dépôts à Neuchâtel, entre autres chez M. Tschaggeny-de Pury, et si j'osais vous prier d'en parler à M. le Gouverneur, comme un produit de l'industrie de ce pays, vous me rendriez un vrai service... » (1824).
Si quelque lecteur trouvait ces détails oiseux, nous lui dirions que leur puérilité même nous révèle dans quel esprit de solidarité vraie fut gérée la Caisse d'Épargne : aucun cas particulier, aucune infime circonstance ne paraissent indignes d'attention à ces hommes chargés de l'épargne des petits et pour qui le plus obscur client est un ami qu'il faut secourir. Voilà ce que le peuple neuchâtelois a senti, et pourquoi, en dépit même des révolutions politiques, il a conservé un respect profond pour ces hommes d'autrefois.
Ce n'est pas seulement par leur sollicitude pour les petits que les correspondants ont eu une part considérable aux progrés de l'étabHssement, mais encore par la réclame et la propagande qu'ils faisaient sans relâche à son profit. Nous les voyons répandre et publier les comptes-rendus annuels.
J'ai fait afficher le compte dans notre chambre de Commune, écrit Constant Bugnon, correspondant de Fleurier. Je pourrai, si vous le jugez convena-
ble, en faire de même dans nos deux auberges, — car il me paraît que l'on ne peut trop faire connaître au public des comptes aussi intéressants (1829).
Plusieurs d'entre eux prêchent activement l'épargne dans leur village et vont solliciter les dépôts. Le pasteur Perrin ne se fait pas faute de cette propagande qui, dans les premiers temps, n'était point superflue. Il envoie quatre dépôts, en décembre 1820, avec ces lignes :
Les invitations à placer à la Caisse d'Épargne, quoique pressantes, n'ont de succès qu'autant qu'on est à même de les renouveler souvent et individuellement. C'est ce que j'ai pu faire à l'égard de ces quatre particuliers, qui sont gens de journée et qu'en cette qualité je vois assez fréquemment à la maison.
Un des agents les plus actifs à cet égard fut certainement M. Louis Bovet-Sacc, correspondant de Boudry, l'un des chefs de la fabrique de toiles peintes. Il ne se lasse pas de prêcher l'épargne à ses ouvriers, et ses lettres trahissent cette constante préoccupation. Il écrit par exemple le 24 décembre 1822 :
...J'ai la satisfaction de vous annoncer que les espérances que j'avais conçues il y a un an se sont réalisées, ayant pu engager quelques ouvriers de la fabrique à mettre à la Caisse d'Épargne. Ces nouveaux créanciers travaillent tous dans notre établissement. Je continuerai à faire tous mes efforts pour que l'année prochaine présente un résultat encore plus satisfaisant. C'est une tâche assez difficile ; car, outre le peu de penchant que nos ouvriers ont à l'économie, il faut encore lutter contre leurs préjugés, ces gens se faisant une idée tout à fait fausse de la Caisse d'Épargne.
Il n'est jamais satisfait du montant des dépôts :
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