CHAPITRE XV Services variés
Cadeau fait aux Municipalités montagnardes. — Le rachat du Jura-Industriel. — L'École d'agriculture de Cernier. — Les Eaux de Neuchàtel. — Nouvelles avances à l'Etat. — Prêt en faveur de l'Hospice des incurables. — Mort de Ch.-H.Marel: souvenirs d'antan. — Autres deuils ; mort d'Albert de Coulon ; hommage que lui rend M. R. Comtesse. — La Caisse d'Epargne entre dans l'histoire.
L'ÉTABLISSEMENT qui venait de rendre un si grand service au pays n'eut pas à attendre longtemps de nouvelles occasions de consacrer à l'intérêt général ses ressources disponibles. A vrai dire, il eut quelquefois le regret de devoir répondre négativement aux sollicitations dont il était l'objet.
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C'est ainsi que le 7 novembre 1883, le Comité fut saisi d'une demande de la Municipalité de La Chaux-dc-Fonds, qui désirait emprunter, aux conditions qui avaient été accordées à l'Etat en faveur de l'Académie, Fr. 300.000 pour construire un collège et un bâtiment pour son École d'horlogerie. Elle faisait valoir l'avantage que procurerait au pays la création, dans notre grand centre industriel, d'une forte école technique. Les administrateurs, prévoyant d'autres demandes analogues, ne crurent pas devoir accorder
ce prêt.
Ils réservaient en revanche aux Municipalités des Montagnes une surprise qui leur fut particulièrement agréable : la Caisse d'Épargne leur fit cadeau à parts égales des Fr. 7 5 .000, représentant le bénéfice réalisé sur l'opération faite en 1864 pour leur venir en aide et relever le cours de leurs titres. Si l'on en croit M. Arnold Grosjean, qui se plut à rappeler ces choses après la mort de M. Albert de Coulon, celui-ci était « radieux d'avoir joué un pareil tour » aux Municipalités montagnardes, (i) Il importe d'ajouter que le Directeur avait toute la Direction pour complice de cette bonne action, dont l'auteur responsable était François de Montmollin. (2)
Le 2 avril 1884, M. Albert de Coulon adresse aux deux grandes Municipalités montagnardes une lettre identique, les informant qu'il a « le plaisir » de leur envoyer un chèque de Fr. 37.850, fruit de l'heureuse opération de 1864. Il ajoute, craignant sans doute l'éveil,
(i) National suisse du 26 février 1893, article signé A[rnold] G[rosjean], (2) V. pages 180-181 ci-dessus.
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toujours si prompt, des appétits: «Je vous prierai seulement de donner aussi peu de publicité que possible à cette opération... »
Voici les passages les plus intéressants des deux lettres que reçut à ce propos la Caisse d'Épargne. La Municipalité du Locle s'exprimait ainsi (5 avril 1884):
En vous accusant bonne réception de ce don généreux, le Conseil municipal se sent pressé de vous exprimer ses sentiments de profonde reconnaissance pour cette nouvelle marque de l'intérêt que vous portez à notre localité, et dont vous nous avez déjà donné la preuve dans maintes circonstances.
Notre reconnaissance se trouve augmentée encore du fait que vous n'avez établi aucune distinction entre les Municipalités que vous vouliez obliger, mais que vous les avez appelées à bénéficier toutes deux par portions égales des effets de votre bienveillante attention et de votre sollicitude.
Le Conseil général de notre Municipalité, auquel nous avons fait connaître votre acte de générosité, nous a chargés, par un arrêté spécial, d'être auprès de vous les interprètes de ses sentiments de vive gratitude.
Cette lettre est signée par le président du Conseil municipal, Jules Perrenoud-Richard, et le secrétaire, N. Sermet.
La lettre de La Chaux-de-Fonds (5 avril 1884), écrite au nom des deux conseils, dit que ceux-ci ont accueilli avec une vive satisfaction la nouvelle de l'abandon en leur faveur d'une somme de Fr. 37.850, «représentant le bénéfice réalisé par la Caisse d'Épargne sur une opération dictée par un sentiment patriotique auquel nous nous plaisons à rendre hommage».
Nous regrettons, ajoute la lettre, que les hommes qui ont eu l'idée de soutenir notre localité dans un moment difficile, et de la faire bénéficier plus tard du gain réalisé sur les titres dont cette intervention généreuse a
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empêché la dépréciation, ne soient plus tous là pour recevoir l'expression de notre reconnaissance, (i)
Mais que ceux d'entr'eux qui siègent encore dans vos conseils, que vous tous. Messieurs, qui êtes les continuateurs de l'œuvre entreprise en notre faveur et qui avez mis à exécution avec tant de bienveillance et d'aménité la décision mentionnée dans votre lettre du 2 c*, reçoivent l'assurance que nous apprécions hautement l'acte patriotique accompli en notre faveur; et nous avons la conviction que la population de La Chaux-de-Fonds partagera les sentiments qui nous animent dans cette circonstance.
Nous ne pouvons encore vous dire à quel emploi sera affectée la somme que vous venez de mettre à notre disposition. Dans une localité qui se développe, les besoins sont nombreux et pressants; mais nous nous efforcerons en tous cas de l'appliquer de façon à répondre au sentiment qui a dicté le témoignage de sympathie dont nous avons été l'objet.
Si l'administration municipale a spécialement pour mandat de veiller aux intérêts matériels de l'ensemble de la localité, elle n'en favorise pas moins dans la limite du possible ce qui peut contribuer au développement intellectuel et moral de la population.
Nous sommes convaincus que celle-ci progressera sérieusement, ainsi que La Chaux-de-Fonds, à mesure que l'on comprendra mieux et que l'on sera davantage à même d'appliquer la belle maxime que la Caisse d'Épargne a adoptée et s'efforce de faire prévaloir :
L'Economie produit l'aisance.
Au NOM DU Conseil Municipal:
Le Président: Arnold Grosjean.
Le Secrétaire: Fritz Robert-Ducommun.
Au nom du Conseil Général :
Le Président: Jules Soguel.
Le Secrétaire: Alf. Renaud.
(i) Étaient morts depuis 1864, MM. François de Montmollin et Charles-Frédéric DuPasquier-K) bourg.
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Deux mois s'étaient à peine écoulés, qu'un des délégués de l'État, M. Petitpierre-Steiger, faisait un nouvel appel à la munificence de l'établissement, cette fois au nom de la commission du Grand Conseil saisie de l'affaire du Jura-Industriel. On demandait à la Caisse d'Épargne d'avancer au Conseil d'État, jusqu'à concurrence de Fr. 60.000 par an et à des conditions de faveur, le montant du déficit présumé et éventuel d'exploitation, en cas de rachat de la ligne. La somme ainsi fournie, augmentée de ses intérêts, serait remboursée par l'Etat, dés la cessation de l'amortissement du capital de l'emprunt de 3 millions, soit en 1893, par un amortissement annuel de 4 %, outre le paiement de l'intérêt à fixer. La commission estimait que cette combinaison permettrait au Grand Conseil de voter le rachat, sans s'exposer au péril de devoir augmenter l'impôt.
Mais le Comité estima, sans doute fort judicieusement, que la Caisse d'Épargne, étant chargée de gérer les épargnes du pays, n'avait point à se prononcer, ni même à délibérer sur une semblable demande, tant et aussi longtemps que la décision du Grand Conseil et du peuple ne serait pas intervenue. Le Comité se déclarait d'ailleurs disposé, comme il lavait fait dans le passé, à prêter à l'Etat son concours financier, dans les limites de ses statuts et de son pouvoir.
Cette affaire ne revint devant le Comité que l'année suivante (7 juin 1885). Le peuple avait voté le rachat le 29 juin 1884, et l'État, qui devait en payer le prix le i^' janvier 1886, allait
contracter à cet effet un emprunt de 5 millions et demi; il sollicitait le concours de la Caisse d'Épargne. Il avait reçu les offres de plusieurs maisons disposées à se charger de cet emprunt au 4 %, sans commission.
Après un examen approfondi de la situation, le Comité décida d'offrir à l'État une souscription d'un million, si la totalité de la somme devait être versée le 20 décembre suivant, ou d'un million et demi, si l'État acceptait tout de suite des versements mensuels de Fr. 150.000 au 3 o/,, et le solde au 20 décembre. L'État accepta cette dernière combinaison.
Le 6 octobre 1886, le Comité, qui venait de s'intéresser pour une somme de Fr. 1 5 à 20.000 à l'emprunt du chemin de fer Ponts- Sagne-Chaux-de-Fonds, fut informé que le Conseil d'État, nourrissant le projet de transformer l'École d'agriculture de Cernier en un établissement cantonal, soUicitait pour cet objet un prêt de Fr. 200.000 au 2 %.
Le Comité décide de présenter le préavis suivant à la Direction :
Tous les membres du Comité reconnaissent l'utilité d'une bonne école d'agriculture et l'intérêt que la Caisse d'Épargne y a, en raison de ses prêts hypothécaires dans le pays, ainsi que le fait ressortir la lettre du Conseil d'État. Mais une partie de ses membres, craignant les conséquences de la baisse continue de l'intérêt sur les placements, pensent que la Caisse d'Épargne ne peut faire ce sacrifice dans ce moment, tandis que les autres membres estiment que le sacrifice qui serait au taux actuel de la plupart des placements de Fr. 4000 à 5000, peut encore être supporté sans risque. D'ailleurs, le sacrifice fait sur les intérêts de quelques prêts à l'État diminue chaque année par suite des amortissements, et il en sera de même pour celui qui est aujourd'hui demandé. Car, quoique l'État ne parle pas d'amortissement, il conviendra, le cas échéant, d'en stipuler un.
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Chaque membre réservait d'ailleurs son opinion personnelle. Et le Directeur fut chargé de préparer un rapport sur la situation financière, afin de permettre à la Direction de discuter en connaissance de cause.
Dans la séance du Comité du 19 octobre, M. A. de Coulon présenta un état financier sommaire, dont il ressort que la Caisse d'Epargne faisait à cette époque, par les réductions d'intérêt consenties en faveur de l'État, un sacrifice de plus de Fr. 38.000 par an.
Ainsi éclairée, la Direction aborda le même jour cet objet.
Nous noterons, dès le début de la discussion, une déclaration que crut devoir faire M. R. Comtesse pour prévenir des objections possibles : « Le Conseil d'État, reconnaissant des services que la Caisse d'Épargne lui a rendus, et soucieux de voir cet établissement si utile continuer à prospérer, ne lui demandera plus rien de longtemps : il peut au besoin le lui déclarer par écrit. » .
M. de Sandoz-Morel combattit l'opération proposée : il jugeait trop optimiste l'état de situation présenté par le Directeur, attendu que l'intérêt sur le fonds de réserve aurait dû être calculé, non à 4 V2 %, mais à 4 0/0, produit moyen, ce qui fait une différence en moins de Fr. 11.000. D'autres aussi élevèrent les objections de la prudence, alléguant la baisse constante du taux de l'intérêt. Trois propositions finirent par être en présence : l'une accordant le prêt sans modification des conditions; lautre élevant le taux à 3 %; enfin celle du Président de la Direction, M. Jules Cuche, fixant les deux conditions suivantes : l'amortissement sera de 5 % à partir de 1894 ; l'intérêt sera porté de 2 à 4 %, si la Caisse d'Épargne
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se voyait forcée de réduire de 4 V^ M % le taux des prêts hypothécaires dans le pays.
Cette dernière proposition fut votée, mais sans enthousiasme, puisqu'elle obtint é voix contre 6, et que le Président dut départager en sa faveur.
Dans la même séance du 19 octobre, la Direction — unanime cette fois — vota une mesure proposée par M. Louis de Pury et destinée à faciliter le rachat par la Municipalité du chef-lieu de l'entreprise des Eaux de Neuchatel. La Caisse d'Épargne devait en particulier faire abandon en faveur de la MunicipaUté du bénéfice éventuel réahsé sur ses actions, tout comme elle avait précédemment abandonné aux Municipalités des Montagnes le profit réalisé sur les obligations dont elle était détenteur.
Trois mois s'étaient écoulés depuis la déclaration du Conseil d'État, qu'il ne demanderait « de longtemps plus rien » à la Caisse d'Épargne, lorsque, le 19 janvier 1887, il recourut encore à elle pour divers objets. Il lui fallait Fr. 100.000 pour des approvisionnements d'habillements militaires imposés par la Confédération ; de plus, on parlait d'une demande éventuelle de Fr. 300.000 pour participation à l'étabHssement du chemin de fer Ponts-Sagne, pour le solde des frais de correction des eaux du Jura et diverses autres dépenses engagées. L'année suivante (février 1888), nouvelle demande de Fr. 75.000 pour l'École cantonale d'agriculture. La somme fut accordée, et les deux prêts réunis en un seul titre, sous diverses conditions avan-
tageuses pour l'Etat.
Pendant la fin de l'année 1888 et toute l'année suivante, le Comité s'occupa de la grosse question de l'abaissement du taux de
l'intérêt sur les prêts hypothécaires, ainsi que de la proposition de réduire à Fr. 3000 le maximum des dépôts. Ces objets seront trai tés dans la II"'^ Partie. Mentionnons simplement ici, au sujet du second, les paroles suivantes que prononçait M. Albert de Coulon dans la séance du 6 novembre, et qui nous paraissent caractéristiques : « Il peut, disait-il, paraître dur de se faire petit; mais, à mon avis, c'est la seule manière de rester grand; et c'est comme cela seulement que nous remplirons consciencieusement la noble tâche qui nous a été léguée par les fondateurs de notre établissement, dont le seul but a été d'encourager et de sauvegarder l'économie, mais non pas de servir d'oreiller de paresse aux capitalistes. »
Durant l'année 1891, nous relevons une demande de prêt de Fr. 230.000 faite par l'État, dont Fr. 150.000 pour la construction à Auvernier de l'École de viticulture, à 2 % d'amortissement et 2 % d'intérêt, et Fr. 80.000 pour l'École d'agriculture de Cernier. Sur ce second article, le Comité ne crut pas pouvoir émettre un préavis favorable ; il fixa le taux d'intérêt à 4 %.
Puis c'est la création de l'Hospice cantonal des Incurables qui nécessite une nouvelle demande de l'État. Il sollicite, le 5 octobre 1892, un prêt de Fr. 200.000 à i % d'intérêt et à i % d'amortissement au Fonds de réserve et de secours en faveur des Communes. Cette demande est accordée sous la condition que l'amortissement sera porté à 2 % et que la somme sera livrée en quatre versements de Fr. 50.000, du 31 décembre 1892 au 30 juin 1894. M. Petitpierre- Steiger, délégué de l'État, remercie la Direction de ce témoignage de sollicitude pour le bien public : « La Caisse d'Épargne acquiert par là de nouveaux droits à la reconnaissance du pays tout entier. »
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Dans la lettre par laquelle il prend acte de cette décision, le Conseil d'État s'exprime ainsi : « Nous remercions chaleureusement la Direction de la Caisse d'Épargne des conditions favorables qu'elle a bien voulu nous accorder; elle aura ainsi contribué à une œuvre dutilité publique et de bienfaisance qui fera le plus grand honneur à notre canton. »
Enregistrons encore ici le don deFr. 25.000 fait le 24 mai 1893 par la Caisse d'Épargne à la souscription ouverte en faveur des agricuheurs neuchâtelois éprouvés par la sécheresse prolongée.
Dans la séance du 8 janvier 1890, le Comité avait enregistré avec regret la perte d'un des plus anciens employés de la Caisse d'Épargne, M. Ch.-H. Maret, secrétaire depuis 1849. Le Président fit l'éloge de sa fidélité et de son dévouement à l'établissement pendant quarante années.
Il est fâcheux que M. Maret n'ait pas écrit les souvenirs qu'il se plaisait à conter à ses amis et qui se rapportaient à l'époque où la Caisse d'Epargne plaçait une notable partie de ses fonds en France sur créances hypothécaires. En sa qualité de « procureur », M. Maret avait fait maints voyages dans les contrées Hmitrophes où l'étabHssement avait ses débiteurs, afin de se rendre un compte exact de l'état des immeubles, de l'exploitation des terres, et aussi pour secouer l'inertie des notaires chargés des intérêts de la Caisse d'Épargne. Les voies ferrées n'existaient pas encore partout. Obligé de parcourir en voiture la Franche-Comté ou le Dauphiné, souvent avec
les fonds prêtés par la Caisse d'Épargne, il lui était arrivé plus d'une fois de rouler de nuit sur les routes solitaires, emportant cent ou deux cent mille francs dans sa chaise de poste, escortée par la maréchaussée. Nous devons à l'obligeance de M. Jules Maret, à Neuchâtel, la communication de quelques lettres que son père adressait à M"^^ Maret en 1849. Les extraits que nous transcrivons instruiront le lecteur d'aujourd'hui sur les lenteurs des voyages il y a soixante ans:
Lyon, 7 octobre... Le mauvais temps que nous avons eu pendant tout notre voyage nous a passablement retardés, ainsi que les mauvaises routes. Plusieurs fois nous avons été, en parcourant les champs, tout trempés et crottés comme des saligauds... Vendredi et samedi, j'ai cherché à faire mes affaires, mais il y a une personne qu'il est indispensable que je voie et que je n'ai encore pu rencontrer... J'espère arriver demain au soirà Apt... Je compte bien être à Neuchâtel dimanche prochain.
Apt, <) octobre... Je suis arrivé cette nuit... De grand matin je me suis mis à l'ouvrage ; avant midi j'avais déjà écrit et fait écrire soixante-quatre lettres que j'ai envoyées par exprès dans différentes directions aux personnes desquelles je dois recevoir des fonds. Mais je ne serai pas aussi vite de retour à Neuchâtel que je le croyais. J'ai hâte d'arriver; je m'ennuie à la mort... Ce pays est si triste! A peine trouve-t-on à qui parler français...
Avignon, 14 octobre... Me voici encore en Provence, malgré tous mes efforts pour activer mes affaires. Je pars cependant à midi pour Lyon, où j'arriverai demain dans la journée ; il est probable que je n'en pourrai repartir que mardi, en sorte que j'arriverai samedi à Neuchâtel... Je suis impatient d'arriver, pour m'ôter mes soucis. Je suis porteur d'une somme de Fr. 88.000, et je crains quelque accident. Hier je l'avais, en espèces, dans une mauvaise auberge isolée, où j'étais allé la toucher de plus de soixante paysans, en sorte que je n'étais pas sans inquiétude...
Le rapport de la Caisse d'Épargne pour 1892 mentionne d'autres pertes récentes et non moins sensibles pour l'établissement. Ce sont d'anciens et fidèles employés, bien connus et aimés du public, MM. Ch. Weibel et Louis Quinche-Reymond ; ce sont deux membres de l'administration, MM. Alphonse de Sandoz-Morel et Albert de Coulon, décédés, lun le 22 décembre 1892, l'autre le 17 février 1893.
Le National suisse consacra à ce dernier un article particulièrement ému, écrit par un de ceux qui l'avaient vu à l'œuvre dans la Direction de la Caisse d'Épargne, M. Robert Comtesse, (i) A l'hommage qu'il lui rend se mêlent des considérations générales sur l'épargne que nous nous reprocherions de ne pas reproduire aussi :
...Albert de Coulon s'est dépensé et sacrifié pour la Caisse d'Épargne ; elle était devenue l'objet continuel de ses préoccupations et le centre exclusif de son activité et de sa vie. En dehors des heures qu'il consacrait à sa famille, c'était la Caisse d'Épargne qui absorbait son temps, c'était à elle qu'il songeait sans cesse, aux moyens de faire fructifier cette épargne qui lui était confiée et dont l'accumulation représente plus de 30 millions, à cette grande famille de plus de 40.000 déposants, dont il se considérait comme le père et qui lui apportait, goutte par goutte, pour ainsi dire, cette épargne du pays conquise par un labeur obstiné et des efforts persévérants. Il était surtout préoccupé de servir à tous ces prévoyants, à tous ces travailleurs, un intérêt aussi élevé que possible, et de ne pas descendre, à moins d'y être contraint par des nécessités inéluctables, au-dessous du taux de 4 «/o ; il voyait là le stimulant le plus actif pour encourager et pour développer dans notre peuple le sentiment de l'épargne personnelle... Il avait une foi illimitée dans la puissance miraculeuse de l'épargne,
(i) National suisse du 22 février 1893. Article signé R. C.
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