‹ La Caisse d'épargne de Neuchâtel, 1812-1912 [microform]Chapitre 7 sur 105 · SSE D · texte numérisé non relu

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P.-L.-A. COULON

C'est la Caisse d'Épargne elle-même, à qui le Messager à la jambe de bois rend hommage, en constatant que ceux qui l'ont créée l'ont fait « sans autre intérêt que celui du bien public ».

On avait fait à l'entreprise diverses objections (il y a toujours des gens pour en faire, et prêts à critiquer l'initiative des hommes de bon vouloir). Mais les promoteurs de la Caisse d'Épargne comptaient sur l'expérience pour dissiper les craintes :

Déjà l'événement prouve qu'ils avaient raison, écrivait dès le début de l'établissement le chroniqueur de l'almanach. Depuis le peu de temps que la Caisse d'Épargne est ouverte, ils ont la satisfaction d'y voir apporter plus de dépôts qu'ils ne comptaient en recevoir d'entrée, et dans le nombre, plusieurs de ces petites sommes de quelques batz seulement, fruit de l'épargne journalière d'ouvriers laborieux et économes, sortes de personnes dont ils ont surtout à cœur les intérêts.

Et le bon Messager d'ajouter ces judicieuses réflexions :

Ce ne sont pas, en général, les grosses sommes que l'on a peine à conserver. Elles ont assez d'importance, elles se recommandent assez d'elles-mêmes pour que l'on en prenne naturellement soin ; on trouve aisément à les placer, on les fait valoir et elles profitent. Mais ces petites sommes à peine perceptibles, qui ne se composent que d'un petit nombre des moindres pièces de monnaie, qui fournissent à peine les éléments du plus mince calcul, échappent, se dissipent, se perdent bien vite, si l'on n'en surveille attentivement l'emploi, comme dans la distribution du temps, ce ne sont pas les journées, les grandes masses qu'il est difficile de soumettre à un ordre réglé, mais ces courts moments de loisirs, ces instants fugitifs, ces parcelles de la durée, qui passent et fuient sans qu'on s'en aperçoive, si l'on n'est pas sévère à s'en demander compte.

Excellente philosophie pratique ! Plût au ciel qu'on n'en eût jamais prêché d'autre aux ouvriers !

Chaque année, le Messager boiteux saluera quelque nouvelle création philanthropique dans le pays de Neuchâtel. Après l'Asile des Billodes, fondé au Locle par une femme de grand cœur, Marie- Anne Calame, il mentionne, en 1818, une institution pareille à La Chaux-de-Fonds, « où, dit-il, l'esprit public n'est jamais en défaut... » Puis voici l'Hospice des Vieillards du Locle, et vingt autres œuvres bien propres à nous consoler, à distance, des âpres luttes politiques qui commençaient alors à déchirer notre peuple. Constatons, pour l'honneur de ce pays, que leur vain bruit n'a jamais couvert la voix divine de la Charité !

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