‹ La CalandraChapitre 16 sur 135 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

fessenio (à part).

Nous en voilà aux pédagogueries.

POLIXICO

A mesure que vos amours seront plus notoires, outre que tu courras un grand danger, tu seras de tout le monde tenu pour une bête.

fessenio (à part).

Poltron de pédagogue !

POLINICO

Par la raison que qui ne conspue et ne hait les hommes vains et légers, tels que tu l'es devenu, toi qui, étranger, t'es mis à aimer, et qui donc? une des plus nobles dames de cette ville !... Fuis, te dis-je, les périls où te met cet amour.

LIDIO

Polinico, je suis jeune, et la jeunesse est sujette de l'amour ; les choses sérieuses conviennent aux gens plus mûrs. Je ne puis vouloir que ce qu'amour veut, et je m'efforce, du plus que je puis, à aimer cette dame plus que moi-même. Quand jamais cela se saurait, je n'en aurais, je crois, >que plus de réputation près de maintes gens, par la raison que, de même que chez une femme c'est grand bon sens de se

garder de l'amour d'un homme en plus haute situation qu'elle, de même c'est un grand mérite chez l'homme d'aimer des femmes de plus haut lignage qu'il n'est lui-même.

fessenio (à part).

Oh ! la belle réplique.

POLINICO

Ce sont là les raisons que lui enseigne ce gredin de Fessenio, pour le mettre à bas.

FESSENIO

Gredin toi-même.

POLINICO

Je m'émerveillais de ce que tu ne venais pas troubler les bonnes actions.

FESSENIO

Je ne troublerai donc pas les tiennes.

POLINICO

Rien de pis que de voir la vie des sages dépendre du parler des fous.

FESSENIO

Plus sagement l'ai-je conseillé toujours, que tu ne l'as fait.

Page 1