‹ La CalandraChapitre 46 sur 135 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

FESSEXIO

Si tu avais été sur mer, tu le saurais, parce que tu aurais vu souvent que, voulant mettre dans une toute petite barque des centaines de personnes, elles ne pouvaient y entrer si on ne désarticulait à celui-ci les mains, à celui-là les bras, à tel autre les jambes, suivant le besoin; de la sorte, tassées comme les autres marchandises, on les empile si bien, qu'elles tiennent peu de place.

Et puis ?

CALAXDRO

FESSEXIO

Et puis, arrivé au port, chacun retrouve ses membres ; il arrive même souvent que, par inadvertance ou par malice, tel prend un morceau qui appartient à un autre et se le met où il lui plait; mais cela ne lui réussit pas toujours, parce qu'il a pris un bras plus gros qu'il ne le lui fallait, une jambe plus courte que la sienne et qu'il en devient boiteux ou contrefait, tu comprends ?

CALAXDRO

Oui, certes, et dans le coffre, je prendrai bien garde qu'on ne m'échange mes membres pour d'autres.

FESSENIO

Si tu ne te les échanges à toi-même, nul autre ne te les échangera, puisque tu seras tout seul dans le coffre ; c'est là-dedans que, si tu n'entres pas tout entier, je te dis que comme à ceux qui s'embarquent sur un navire, nous pourrons te désarticuler pour le moins les jambes : ayant à être porté, tu n'en auras pas besoin.

CALANDRO

Et où désarticule-t-on les gens ?

FESSENIO

En tout lieu, partout où tu les vois s'articuler, ici-même, ici, ici, ici. Veux-tu savoir comment?

CALANDRO

Je t'en prie.

FESSENIO

Je te montrerai cela tout de suite, parce que c'est chose facile et qui s'opère à l'aide d'un peu de magie. Tu n'auras qu'à dire comme moi, mais à voix basse, car si tu te mettais à crier, tu gâterais tout.

N'aie pas peur.

CALANDRO

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