‹ La CalandraChapitre 69 sur 135 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

FULVIA

Enfin, que t'a-t-il dit ?

Il m'a chassée.

FULVIA

Il ne m'aime donc plus ?

SAMIA

Il ne t'aime ni ne t'estime.

FULVIA

Tu crois cela ?

SAMIA

J'en suis sûre.

FULVIA

Malheur à moi, qu'entends-je ?

SAMIA

Ce que tu entends.

FULVIA

Et il ne t'a rien demandé sur moi ?

SAMIA

Bien mieux, il a dit ne pas savoir qui tu étais.

FULVIA

Il m'a donc tout à fait oubliée ?

S'il ne te déteste pas, tu dois être encore contente.

fulvia

O cieux adverses ! je vois clairement qu'il est sans pitié et que je suis bien malheureuse. Hélas ! combien est misérable la condition de la femme ! combien est mal payé l'amour de beaucoup de nous autres pour leurs amants ! Hélas ! infortunée, j'ai trop aimé et j'ai tant donné à autrui que je ne m'appartiens plus à moi-même. Ah ! cieux, que ne faites-vous que Lidio m'aime comme je l'aime, ou que je puisse le fuir comme il me fuit ? Ah ! cruelle, qu'estce que je demande ? que je cesse d'aimer et que je fuie Lidio ? Ah ! pour sûr, c'est ce que je ne puis ni faire ni vouloir ; au contraire, je songe à le retrouver, et pourquoi ne m'est-il pas permis de m'habiller une seule fois en homme, pour le rejoindre, comme souvent il est venu chez moi habillé en femme? Ce serait chose raisonnable, et il mérite bien que je fasse cela, ou plus encore, pour lui. Que ne puis-je le faire? pourquoi n'y vais-je pas? Pourquoi perdre ma jeunesse ? Il n'est point de douleur pareille à celle d'une femme qui se trouve avoir consumé en vain sa jeunesse ; elle est fraîche, celle

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