‹ La CalandraChapitre 78 sur 135 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

FULVIA, CALANDRO

Oh! le mari gaillard !• voilà la ferme où tu disais aller ? c'est comme cela, hein ? tu as si peu à faire chez toi que tu t'en vas cheminer ailleurs ? Malheureuse, moi qui lui porte tant d'amour, et qui lui garde si grande fidélité ! Je vois maintenant pourquoi ces nuits dernières tu ne t'approchais pas seulement de moi ; ayant à décharger tes ballots ailleurs, tu voulais arriver tout frais cavalier à la bataille. Sur ma foi, je ne sais qui me retient que je ne t'arrache les yeux. Tu ne pensais pas sans doute me faire, sans que je le susse, un pareil affront ? Non, sur ma foi, les autres en savent autant que toi, et à l'instant, sous ces habits, ne me fiant à personne qu'à moi, je suis allée en personne te trouver, et je te ramène comme tu le mérites , misérable chien, pour te faire honte et qu'un chacun ait pitié de moi, qui supporte de toi tant d'outrages, ingrat ! Crois-tu donc, gredin, que si j'étais une mauvaise femme, comme tu es un méchant

homme, les moyens me manqueraient de prendre du bon temps avec un autre, comme tu en prends avec une femme ? Ne le pense pas ; je ne suis ni si vieille ni si laide qu'on me rebute, et si je n'avais plus de respect pour moimême que pour ta saloperie, sois tranquille, je me serais bien vengée sur la gueuse que j'ai trouvée avec toi. Mais va, que je n'aie plus jamais de bonheur au monde, si je ne te le fais payer et si je ne meTeoge d'elle.

CALANDRO

As-tu fini?

FULVIA

Oui.

Le mal an pour toi ! C'est à moi de me mettre en colère, et non à toi, vilaine; tu m'as arraché du paradis terrestre et ôté tout mon bonheur, fastidieuse. Tu ne vaux pas ses vieilles savates, elle qui me fait plus de caresses et me baise mieux que tu ne le sais faire. Elle me plaît plus que la soupe au vin doux, et elle reluit plus que l'étoile de Diane ; elle a plus de splendeur que la Quintadécime, et elle est plus avisée que la fée Morgane. Tu ne l'aurais donc pas avalée toute crue, non, misérable femme que tu es, et si jamais tu lui fais du mal, gare à toi !

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