ACTE I, SCÈNE lïl
VOUS ai vue cet hiver à Paris... et je me suis dit :« Ou je ne me marierai jamais ^ ou elle sera ma femme... » Et Raymond^ mon camarade et mon ami ^ à qui je ne cachai pas mes espérances et mes craintes , m'aida à vamcre tous les obstacles... Comme votre tuteur , il ne réglait que votre fortune... votre main dépendait de vous et de votre respectable parente, M"» de Savenay, qui par sa position et sa naissance pouvait me repousser, moi, homme nouveau... Il a triomphé de sa résistance... il a obtenu son consentement , plus encore !.. le vôtre. . . oui. . . je ne m'abuse pas. . . c'est son crédit sur vous... c'€st son influence, bien plus que mon mérite qui vous a décidée... et dans ma joie, dans mon égolsme, je n'ai rien examiné, rien vu, que mon bonheur; je n'ai pas pensé au vôtre... mais aujourd'hui... et pour la première fois... je crains que l'obéissance seule...
CÉCILE, souriant.
Je comprends! la phrase de madame Guibert a produit son effet...
LUCIEN, vivement.
Non, sans doute. (Avec embarras.) Mais elle a remarqué... votre froideur... votre réserve... et ainsi que le prétendait tout à l'heure madame la Marquise... si dans les discours du monde, il y a quelque chose de véritable... si cette union doit vous coûter une larme ou un regret., si enfin... je ne suis pas aimé... comme je vous aime...
CÉCILE , gravement.
Je VOUS entends , Monsieur... et vous n'aurez point fait en vain un appela ma francliise,
Cécile... que voulez-vous dire?
CÉCILE
Tout ce que je pense. Madame... (Après un insunt de si^
lence, et se retournant du côté de Lucien.) Orpheline de bonne
heure, j'ai à peine connu mon père, qui, quoique d'une noble et ancienne famille, avait préféré son pays à sa no^ blesse... il avait pris du service sous l'Empereur... et s'était battu...
M"* DE SAVENAY , avec dédain.
Comme un roturier, comme un soldats
CÉCILE
Il était devenu général et intime ami...
M"' DE SAVENAY, de même.
De l'usurpateur...
A qui il resta plus fidèle que la fortune... Aussi , proscrit