‹ La calomnie: comédie en cinq actes et en proseChapitre 14 sur 129 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

après Waterloo et mort dans Texil, il confia par son testament ^ l'administration du peu de biens qu'il me laissait à on jeune homme ^ un avocat pauvre et obscur... quil avait élevée à qui il avait ^ autrefois, fait obtenir une bourse au Lycée impérial... Ce jeune homme, c'était Raymond votre ami... et votre camarade d'études...

LUCIEN , avec chaleur^

Je sais ce que vous devez à son zèle et à ses talens... je sais que lors des lois d'indemnité , c'est lui qui fit valoir vos droits.

CÉCILE

Qui les fit triompher dans ce procès.. ^

LUCIEN

Qui commença sa réputation.

CÉCILE

£t<qui changea en une brillante fortune , le modeste héritage de l'orpheline... Madame de Savenay, ma parente, consentit alors à me retirer de la pension où mon tuteur m'avait placée, et voulut bien m' emmener avec elle, ici, en Normandie , dans son château... où nous vivions la plus grande partie de l'année. Le reste du temps se passait à Paris... £t là, monsieur, dès que je fus en âge de m' établir, je me vis entourée de jeunes gens aimables et bril-

lans^ qui se disaient mes adorateurs et qui m'oflraieutleurs hommages. . . à moi ^ ou à ma fortune , je n'examinerai pas. . . Mais ce que je puis vous attester , Monsieur , c'est que libre de choisir parmi eux, je l'aurais fait si leur mérite m'avait dicté quelque préférence... Tous m'étaient également indifférens... Un seul, peut-être, parla quelque temps à mon cœur ou à mon imagination... sans le savoir... sans m'en rendre compte... je crus l'aimer... je l'aimais peut-être...

LUCIEN , vivement.

Et lui...

CÉCILE

Ne s'en doutait seulement pas , et n'a jamais pensé à moi ! Il avait raison... tout nous séparait... je ne pouvais lui appartenir... et je ne comprends pas d'attachement possible , en opposition avec le devoir... C'est vous dire. Monsieur, que cette chimère n'existe plus. . . Vous vous êtes présenté. . . vous avez demandé ma main... Mon tuteur m'a dit: « Mon- » sieur Lucien de Villefranche est mon ami d'enfance et mon «adversaire politique... Mais c'est un homme de mérite, un )) homme d'honneur... II t'aime éperdûment, il te rendra «heureuse, je te le jure, aie confiance en moi. » Et j'ai répondu : Mon ami, disposez de ma main... Voilà, Monsieur , comment je vous ai connu, et comment je me suis engagée à vous ; fidèle à mes sermens et à mes devoirs , je me conduirai en honnête femme , en amie dévouée , je serai digne de vous et de votre estime... je le sens... je vous le pro-

Page 1