SCÈNE PREMIÈRE
RAYMOND , tenant sous le bras une liasse de papiers, LUCIEN.
LUCIEN
Enfin , te voilà , mon cher Raymond... comme tu arrives tard!..
RAYMONB.
Que veux -tu? on n'est pas le maître... quand on est ministre... on ne s'appartient plus, et il faut renoncer souvent aux joies de la famille ou de Tamité^!.. Le conseil a fini si tard... j'ai cru que je ne partirais pas... et au moment de monter en voiture, les affaires sont encore venues m' assaillir jusque sur le marche-pied... Tiens , tu
vois ce que j'ai emporté avec moi... ( Lni montrant une Hasse
au LA CALOMNIE,
de papiers qu'il tient. ) J'en ai lu une partie en route... (Allant les poser sur la table, à gauche, où est restée la pétition de Goquenet.)
Et puis ^ le voyage , la rapidité de la course^ l'air plus pur^ qui me rafraîchissaient le sang, ont donné, malgré moi, une autre direction à mes idées... le papier est tombé de mes mains , le présent a disparu... je me suis retrouvé au milieu de nos souvenirs de jeunesse... dans la cour du Lycée... le jour de mon premier prix, au concours général., vous, mes rivaux et mes amis, vous m'entouriez, vous m'applaudissiez... tandis que mon vieux père me serrait, en pleurant, dans ses bras... Mon pauvre père !.. J'ai fait toute la route avec lui... avec toi... je me revoyais auprès du foyer patemeL.. choyé, chéri de tous... j'avais tout oublié... j'étais heureux... j'étais aimé !.. je n'étais plus ministre!..
LUCIEN
Et ton rêve va continuer, je l'espère... ici... avec moi , avec ta famille, avec ta jolie pupille...
RAYMOND, 'galment.
Oui, j'ai laissé là-bas les ennemis et les haines... j'ai congé, pour vingt-quatre heures... Eh bien! Monsieur le marié que dites- vous de votre prétendue ?
LUCIEN
Nous revenons, à l'instant, d'une promenade en mer 5 que nous avons faite tous ensemble en fattendant; j'étais