‹ La calomnie: comédie en cinq actes et en proseChapitre 40 sur 129 · ACT£ II , SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACT£ II , SCÈNE I

|.i'CIE?l,

Oi^saél

RAYMOND

C'était imprimé !. . et mille voix le répétaient à ma honte. . . Hors de moi /éperdu. . . je courus chercher mon père. . . « Que vous le vouliez ou non^ cette fois^ lui dis-je , il faut venir, il y va de mon honneur... on accuse votre fils d'être un in^ grat^ d'être un infâme... venez?..» J'avais ce jour-là^ dans 9ion salon , des députés , de hauts dignitaires , l'élite de la société de Paris,.. J'amenai mon père, je le leur présentai, et m'inclinant devant lui, je m'écriai : Dites-leur, mon père, dites-leur à tous si votre fils vous respecte et vous honore.

LUCIEN

C'était bien !., très bien... il n'y avait rien à répondre à cela.

RAYMOND, avec ironie.

Ah! tu le crois... tu crois qu'on impose jamais silence h la calomnie... le lendemam tous répétaient que reconnaissant l'indignité de ma conduite, j^avais voulu la réparer par ce coup de théâtre qu'ils tournaient en ridicule. . . en vain mon père proclama hautement et attesta ma tendresse et mes soins pour lui... on prétendit que ces réclamations tardives étaient dictées par moi; que je l'avais forcé à les

Ih LA CALOMNIE,

écrire ; que la pension que je lai faisais en était le prix ; que je la retirerais, sMl parlait jamais et disait la vMté... et maintenant , j'aurais beau dire et beau faire , les plus honnêtes gens du monde ont cette convictioD , quand on parle d'un mauvais fils, tous les regards se touraent de mon côté... ou plutôt se détournent de looi!.. que faire... quel parti prendre... se brûler la cervelle... j'y ai pensé d'abord... je l'avoue.

LLCIEN,

O ciell..

RAYMOM), avec amerlume.

Mais, loin de désarmer la calomnie, c'eût été pour elle une preuve de plus... voyez-vous, auraient-ils dit, l'effet des remords...

LUCIEN

Y penses-tu ?

RAYMOND

Oui , mon ami , oui , tu ne les connais pas. . . et phis tard , quand la vieitlesse , quand les chagrins, peut-être , termi* neront les jours de mon père... ils diront que j'en suis cause... ils diront que je l'ai tué... ils m'appelleront parricide !.. je m'y attends... £h bien ! soit ! redoublez vos clameurs, je les brave et les méprise... un mot, mon père..-

ACTK II, SCÈNE I. 75

un seul mot!., votre bénédiction au parricide!., et que Dieu nous juge!..

LUCIEX , avec émotion.

Raymond...

RAYMOxND.

Itfais pour les jugemens des hommes... jugemens d4niquités et d'erreurs... je ne veux pas môme en appeler, ni leur faire l'honneur de me défendre devant ce qu'ils appellent le tribunal de l'opinion publique... Fais ce que dois, advienne que pourra : c'est maintenant ma seule devise, et je marche bravement au milieu de leurs injures , qui peu à peu me sont devenues indifférentes, et qui, maintenant , font mon bonheur... (Avec exaltation.) Oui... pamphlétaires et calomniateurs , je ne ferais pas un pas pour vous désarmer ; si je savais qu'une mesure me rendit populaire à vos yeux, je serais tenté de la rétracter î c'est votre estime, ce sont vos éloges que je redoute... et approuvé par vous, je dirais presque comme cet Athénien que le peuple applau-* dissait : Est-ce que j'ai dit quelque sottise...

LUCIEN , souriant.

Allons, allons... te voilà comme toujours! ardent, exagéré , dépassant le but , et allant trop loin.

RAYMOND

Je ne te ferai pas le même reproche.

LiCIEN.

Je m'en félicite !

RAYMOND

Tant pis pour toi.

Tant mieux y taisons-nous ; voici ta pupille.

Page 1