‹ La calomnie: comédie en cinq actes et en proseChapitre 39 sur 129 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Autrefois... dans les commencemeiis... je ne dis pas que feu^e la force d'âme d'y rester insensible... mais quand j'ai vu comment se forgeaient et se propageaient les calomnies^ quand j'ai vu surtout d'où elles partaient^ et comment une fois lancées , il n'y avait plus moyen de les retenir... quand j'ai vu les gens les plus raisonnables^ les plus spirituels, accueillir des absurdités, par cela même qu'elles étaient en circulation, et qu'on les répétait autour d'eux... j'ai pris le parti , non de les discuter, mais de les fouler aux pieds... et de les repousser dans leur bourbier natal !.. Si tu savais quelle a été ma vie !.. je ne te parle pas de ma carrière politique , qui appartient à tout le monde ! je ne te rappellerai pas les reproches dont ils m'accablent!., avilir ma patrie , la livrer à l'étranger, la partager même... ils l'ont dit !.. comme si cela était possible !.. moi... un ministre du roi!., moi ! un Français, moi qui donnerais ma vie pour la prospérité et la gloire de mon pays... (Avec émotion.) enfin , ils l'ont dît !. . peu importe !. .

LUCIEN

Celte idée seule t'émeut.

RAYMOND

Non... non... cela m'est indifierent.. jeté le jure; mais ce qui ne l'est pas, ce qui ne pouvait pas l'être... c'est quand

je me sois to attaqué dans ma Tte prîTée , dans mes sentimens les plus chers... FUs d'mi Tigneron de la Bourgogne, qoi a donné pour mon éducation le peu qu'A possédait^ j'ai eu le bonhetir de répondre dignement à sessoins et à ses sa* crifices... mais si, grâce à lui, j'ai fait de brillantes études et remporté des prix dans nosconcours^ si plus tard> comme aTOcat^ je me sois distillé dans quelques affiiires importantes , si j'ai obtenu au barreau une réputation d'hmmeur et de talent, que l'on ne contestait pas alors. Dieu sait que ces couronnes et ces succès, je les rapportais tous à mon père... Eh bien ! quand après de pénibles luttes et de glorieux combats, soutenus pour la défense de nos droits, la cause dç la liberté eût enfin triomphé ! quand le vote de mes concitoyens m'eût porté à la chambre, et que plus tard la confiance du roi m'eût appelé au pouvoûr... en entrant dans le somptueux hôtel du ministre, moi, fils de paysan, ma première pensée fût pour mon père... j'allai le chercher et voulut l'emmener avec moi... «Non, »me dit^l, je suis bien vieux! le séjour de Paris m'ef- » fraie... je préfère mon repos et ma retraite... c'est mon » désir, mon fils !.. » Ce désir, je devais le respecter... cette retraite, je l'embellis de mon mieux... je Tentourai de toute Taisance que je pouvais lui donner... et un matin, je lis dans une feuille publique, que moi, sorti de la classe du peuple , je rougissais de devoir le jour à un paysan... à un vigneron... et que j'avais cliassé mon père Ue mon hôtel

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