‹ La camaraderie; ou, La courte-échelleChapitre 55 sur 98 · Acte ni. Se. ni. -^S La Camaraderie · texte numérisé non relu

Acte ni. Se. ni. -^S La Camaraderie

et vous l'ignorez, vous qu'il aime et qu'il a toujours aimée...

Ces., troublée. Moi !

Zoé, vivement à part. Elle l'aime encore...

Ces., se remettant peu à peu de son émotion. Vous 5 n'y pensez pas ; et vous me dites là, Zoé, des choses impossibles. Lui qui depuis un an semble m'éviter et me fuir, lui qui ne cache pas sa haine, lui qui même en ma présence ne peut s'empêcher de me témoigner par ses regards toute son aversion. 10

Zoé. Eh ! mon dieu ! oui, tout cela est vrai ! mais faut-il que ce soit moi, moi, qui n'ai ni votre tact ni votre esprit, qui vous apprenne ce que peuvent chez un jeune homme l'amour- propre blessé, la perte de toutes ses espérances, et le 15 dépit et la jalousie auxquels, depuis un an, il est en proie... oui, madame, depuis un an, depuis votre mariage... et vous ne voulez pas qu'il vous évite, vous ne voulez pas qu'il vous déteste !... Il vous aimait, et par raison, par ambition peut- 20 être, vous vous donnez à un autre, ce qui était bien mal... Mais, pardon, je ne dois vous parler que de lui, qui, trop fier pour se plaindre, trop malheureux pour se consoler, n'a pris que moi pour confidente de ses chagrins, et qui perdant 25 enfin toute illusion, et tout espoir, a résolu aujourd'hui de mettre fin à ses tourments et à ses jours. Tenez, vous connaissez son écriture, lisez !

Ces., lisant la lettre que Zoé vient de lui donner. [84]

La Camaraderie s*- Acte ni. Se. m.

O ciel !... Ce n'est pas croyable !... Comment ?... il m'aimait sans me le dire ?

Zoé. Lui !... Il ne vous le dira jamais ; il mourra plutôt que de vous l'avouer. De ce côté-là, rassurez-vous. 5

Ces., lui tendant la main. N'importe ; je suis fâchée que vous m'ayez donné cette lettre.

Zoé, la reprenant. Que pouvais-je faire, cependant? J'étais bien embarrassée. Fallait-il tenter une démarche qu'il ignore et qu'il ignorera tou- 10 jours, ou bien fallait-il le laisser mourir, ce pauvre garçon?... car c'est ce soir, il est décidé. Vous ne le connaissez pas.

Ces. Si, vraiment; je connais depuis longtemps son caractère sombre, inquiet et malheureux ; 15 mais quelque désir que j'aie de sauver ses jours, ce n'est guère en mon pouvoir. C'est à vous, Zoé, de le rappeler à la raison; car moi je ne puis ni le voir ni lui parler.

Zoé. Cela va sans dire, et c'est bien ainsi que je 20 l'entends ; je connais trop vos principes ; mais qu'au moins ce pauvre jeune homme ne soit plus accablé de votre haine : car ce qui lui a porté le coup fatal, ce qui l'a réduit au désespoir, c'est la certitude que vous étiez son ennemie déclarée. 25

Ces. Moi ?

Zoé. Partout il vous trouve comme un obstacle à son avancement, à sa fortune. Est-ce là le prix et la récompense de tant de souffrances et [85]

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