‹ La camorra mysteres de NaplesChapitre 8 sur 20 · BIOGRAPHIES DE CAMORRISTES · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIES DE CAMORRISTES

Pendant que j’écrivais les pages qu’on vient de lire, il se préparait à la questure de Naples, sous l’intelligente et laborieuse direction de M. d’Amore, secrétaire général, un travail bien plus considérable et qui a été terminé en même temps que le mien. Il remplit un énorme dossier in-folio de documents réunis sous ce titre : Résumés biographiques sur les camorristes frappés par les dernières mesures , provenant des archives judiciaires , des documents de la questure et des informations de divers fonctionnaires. Novembre 1862.

C’est un recueil de pièces justificatives assemblées pour expliquer les rigueurs récentes contre les incorrigibles affiliés de la camorra. Il en ressort nettement que tous les sectaires envoyés récemment à Tremiti ou

à Florence sont des malfaiteurs obstinés, déjà frappés de plusieurs condamnations qui ne les empêchaient pas de retomber dans de perpétuelles récidives. Chacune de ces biographies est une liste de délits constatés, une succession de chutes, une cascade de crimes. J’avais obtenu la permission de consulter ce douloureux document, et je comptais le transcrire tout entier à la fin de mon travail. Ces pièces justificatives, servant à une double fin , auraient ainsi appuyé moralement l’œuvre de la questure et historiquement la mienne. Par malheur, ce dossier s’est trouvé trop volumineux pour être intégralement reproduit dans mon livre, dont il aurait doublé l’étendue par une surabondance de faits et de preuves qui risquaient d’accabler le lecteur déjà convaincu. Il faut de la mesure et de l'harmonie dans la moindre de nos productions, et je trouve inutile de construire un château fort pour étayer une guérite.

En parlant ainsi, je ne songe nullement à critiquer le travail de la questure, dont la nécessité ne saurait être contestée; j’ajoute même (et j’en félicite cette infatigable administration) que ces résumés biographiques ne sont eux-mêmes que la quintessence d’un tra-

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vail encore plus considérable : six cents pages in-folio, qui seront bientôt remplies et consignées aux archives pour l’utililé du questeur actuel et pour l’instruction de ses successeurs. Mais, pour ma part, n’ayant pas à veiller sur la sûreté de Naples, j’ai dû me borner à résumer le résumé de cet immense ouvrage, écartant d’abord les renseignements et les documents qui avaient déjà pris place dans mon élude, et resserrant presquo toujours dans une ligne ou dans un chiffre les interminables séries de délits qui couvraient des pages dans le sommaire de l’honorable secrétaire général. Je n’ai reproduit textuellement que les faits curieux ou les faits nouveaux que j’apprenais moi-môme à mesure que j’avançais dans la lecture de ces pièces justificatives si diligemment recueillies.

Un dernier mot avant de clore ce préambule. Dans la plupart des articles qu’on va lire, ce n’est plus la camorra qui est en jeu, ce sont les camorristes. Il ne s’agit plus des œuvres collectives de la secte, mais des œuvres particulières des affiliés. Ces pièces ne prouvent pas que la camorra, comme on le croit ici com- * • munément, soit le vol et le meurtre, tel qu’il se pratique partout, à Paris, à Londres, à Vienne aussi bien

qu’à Naples. Elles prouvent seulement que les principaux camorristes vivants, nommés dans cet appendice, sont des voleurs et des meurtriers. Ainsi, jusqu'à présent, j’ai dépeint la secte même dans la spécialité de ses actes, de ses méfaits, et même de ses bienfaits. Je vais maintenant faire voir les sectaires, non plus comme sectaires, mais comme hommes, et montrer ainsi de quels dangereux scélérats la questure de Naples vient de délivrer la société.

SALVATORE DE CRESCENZO.

Le roi de la bande, le Laccnaire des camorristes. Il débute en février 1849 par trois délits à la fois : port d’armes prohibées, résistance à la force publique, blessures graves portées à Bornei, caporal de marine.

Emprisonné pour ces faits, il continue en prison son métier ; il blesse un détenu et en tue un second (Luigi Salvatore), le 14 juillet 1849, parce que ce malheu-

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roux n’a point voulu se soumettre à ses braveries. Il n’est condamné, malgré ces crimes, qu’à cinq ans de prison.

Libre en 1855, il recommence à pratiquer la camorra dans la ville. Il est repris, et la police, qui le craint au castel Gapuano, l’envoie en province et l’enferme dans la prison centrale de la principauté de Nolise.

Mais, la police renonçant à sévir contre la camorra, de Crescenzo revient à Naples , où il attend sa libération au dépôt de la préfecture. Loin de s’y calmer, il s’y porte à des actes si violents, qu’il s’entend condamner encore à six mois de prison.

Relâché sous donLiborio (voir plus haul,chap. vu), il devint chef d’escouade de la garde citadine; mais il se conduisit si mal dans sa nouvelle carrière, que la garde citadine est désarmée, supprimée d’un coup, dans une nuit, par M. SilvioSpaventa.

Alors la camorra, comme je l’ai déjà dit, chassée de la police, retourne à son premier métier. De Crescenzo, plus dangereux que tous ses confrères, est enfermé au castel Capuano, puis relégué dans l’ile de Ponza. C’est là que commence son animosité contre

Antonio Lubrano (voir le chap. ni). On sait la fin de celte tragique histoire : condamné à mort par Finfluence de Salvatore de Crescenzo, Lubrano vient d’être assassiné dès son entrée dans la prison du castel Capuano. C’est le dernier crime du grand homme , jusqu’à présent du moins. Il vient d’être envoyé aux Murale de Florence. Un dernier trait : il est bourbonien 1 .

VINCENZO Z1NÜONE.

Ce chef, déjà nommé, régnait à San-Francesco, pendant que de Crescenzo gouvernait au castel Capuano. Voici sa vie en deux mots :

Il débute à l’âge de quinze ans par des vols à la tire (furta di destrezza ), et, pour ces faits, est souvent détenu, de -1837 à 1841, dans la prison de Santa-Maria- Apparente. En 1841, il tire le couteau pour la secte et

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