LIVRE 11, CHAPITRE
s’avance à pied. Près de lui est son sous-chef d’étatmajor, le commandant Leroy. Le général marche lentement s’appuyant contre le cheval du commandant. — La position est très-critique, car les attaques de ses troupes en butte à un feu des plus violents se succèdent, sans gagner du terrain ; le général donne ordre à ses quatre bataillons de réserve de se lancer stir l’ennemi, et envoie en même temps un des officiers de son étatmajor prévenir le maréchal que toutes ses ressources sont épuisées, et qu’il vient d’engager jusqu’à son dernier homme.
L’élan subit de ces quatre baladions refoule l’ennemi. Le général suit d’un regard attentif le progrès de cette action décisive, lorsqu’une seconde balle l’atteint à l’aine droite, et, traversant le bas-ventre, va se loger dans la cuisse gauche. -\
« — Ce n’est rien, » dit-il en se redressant tout à coup ; et avec une énergie indicible, il continue à marcher, et à fixer ses yeux inquiets sur les braves bataillons, sa dernière réserve qu'il vient de jeter à l’ennemi.
Mais son sang coule en abondance ; en vain résistant à la douleur, il s’appuie au cheval de son sous-chef d'état-major, et veut rester encore sur le champ de bataille, ses forces trahissent son courage, et il donne ordre au commandant Leroy de remettre au général Négrier le commandement de la division.
LI. — La lutte alors était des plus vives. « L’opiniâtre résistance de l’ennemi (écrit dans son rapport le inaré-
CAMPAUINE D’ITALIE.
chai Baraguey d’Hilliers), les forces considérables qu’il nous opposait, et les difficultés que présentaient à la division le terrain très-rétréci des attaques, et les feux croisés du mamelon des Cyprès et du cimetière crénelé contre lequel plusieurs charges au pas de course avaient été vainement tentées, me forcèrent à engager la division Bazaine.' »
En etîet, sur l’ordre du maréchal, le l,r régiment de zouaves s’est élancé vers le plateau de Solferino pour appuyer la droite de la 2* division dont les efforts, un instant couronnés de succès, s’épuisent contre les masses toujours croissantes de l’ennemi. — Ce brave régiment, si cruellement éprouvé à Melegnano, se mêle bientôt aux combattants de droite de la 2* division. Leur arrivée rend une nouvelle ardeur aux soldats épuisés, et soutenus par le colonel Micheler, qui entre aussi en ligne avec le 34*, les zouaves gravissent résolûment le plateau qui leur fait face. Déjà leurs pertes sont sensibles et le colonel Brincourt qui a remplacé au 1" zouaves le colonel Paulzc d’Ivoy est très-gravement blessé.
LII. — Sur la gauche, le général Négrier a rallié les troupes séparées par les difficultés du terrain et par les chances diverses des rudes combats qu’elles ont dû livrer. — Il porte, dans la direction du cimetière, le colonel de Taxis avec le 61* de ligne et un bataillon du 100*.
» Mais (écrit le général) notre marche est lente, arrêtée par les difficultés du terrain et par la vivacité du feu