LIVRE II, CHAPITRE III
par sa gauche el tombait tout à coup sur les premières maisons. Deux pièces d’artillerie ennemie défendent le chemin , les chasseurs se précipitent sur les canons et s’en emparent; mais pressés par les Autrichiens qui sont revenus en force , ils s’embusquent dans les clôtures et dans les maisons de Solferino, en attendant du renfort.
Bientôt, en effet, le lieutenant Pueeh arrive avec des voltigeurs du 2* de la garde; ce brave officier joint ses efforts à ceux du lieutenant Monéglia; tous deux entraînent vigoureusement leurs hommes el s’emparent de nouveau des canons autrichiens.
Alors le lieutenant Monéglia, laissant ce premier trophée aux mains du lieutenant Puech, qui est venu lui porter un si hardi et vigoureux secours, pousse résolument en avant et se porte dans une position dominante, le long d’un chemin creux. — A peine y est-il arrivé qu’un bruit retentissant de chevaux el de caissons se fait tout à coup entendre dans la direction de la Tour. — Ce sont cinq voitures d’artillerie ennemie, quatre canons et un caisson , qui descendent à fond de train des hauteurs de Solferino.
Le lieutenant Monéglia rallie aussitôt autour de lui tout son monde et s’apprête intrépidement à harrer le passage. — Un capitaine d’artillerie qui précède la colonne vient tomber expirant sur les baïonnettes des chascheurs, et la tête du convoi, entraînée dans sa course rapide, est reçue par une décharge à bout portant, qui abat les hommes et les chevaux de la première pièce, et jette un affreux désordre dans le reste des attelages.
La résistance est devenue impossible, et le colonel, qui dirigeait cette colonne, rend son épée au lieutenant Monéglia, honneur bien digne du vaillant courage, que venait de déployer cet énergique oflicier. — Ces canons, dont le lieutenant Monéglia s’était emparé, venaient quelques instants auparavant d’être employés à la défense de la Tour.
Il est facile de comprendre la joie des braves soldats qui venaient d’accomplir ce brillant fait d’armes; ils remettent en ordre les attelages désorganisés et, sautant sur les chevaux , le fusil en bandoulière, ils ramènent triomphalement leur glorieuse prise.
L’Empereur avait contourné le mont des Cyprès et suivait le mouvement en avant du 1" corps , lorsqu'il rencontra sur sa route ce singulier cortège. — A sa vue, les chasseurs s’arrêtent et, présentant avec orgueil ce beau trophée, teint encore du sang de l’ennemi, ils saluent l’Empereur d'acclamations enthousiastes.