LIVRE II, CHAPITRE IV
mont avec le petit nombre d’hommes qu’il a sous la main, mais il leur a transmis sa foi inébranlable dans le succès et sa volonté absolue de vaincre. Le brave colonel Mongin est à la tète des voltigeurs de la garde; lesxommandants Dauphin et Kcinaud de Fonvert font des prodiges d'énergie, près d'eux le capitaine Chanleclair est blessé; mais les Autrichiens, massés en grand nombre sur les hauteurs de Casai del Monte, font pleuvoir une grêle de balles et de mitraille; quarante mètres au plus séparent les combattants. Les morts s'entassent. — Depuis près d’une heure et demie, la lutte est engagée. Les voltigeurs sont à bout de munitions. Le général Manèquc a envoyé son aide de camp , le capitaine Grosjean, demander de l'artillerie, des munitions et quelques troupes de soutien. Le général Lebœuf est * accouru. Il fait placer deux pièces à gauche de la route qui va de Solferino à San Cassiano, et deux pièces à droite, sur les hauteurs du mont Sarco.
L'Empereur, sans cesse préoccupé de relier dans la plaine les différents corps d’année, avait envoyé un de ses aides de camp, le colonel ileille, prescrire au général Mellinet de rallier le 2* corps qui opère sur la droite, mais il voit la position critique du général Manèque et le danger qui menace la batterie de la garde; aussitôt il fait dire au général Mellinet de courir sur ce point avec ses grenadiers. Celui-ci se lance au secours de son frère d’armes, emmenant avec lui le 3* bataillon, la moitié du 2' bataillon du l*r régiment de grenadiers, ainsi que le régiment des zouaves de la garde; le n 13
1" bataillon et l’autre moitié du 2* du 1" régiment de grenadiers, vont avec le colonel de Bretteville appuyer les tirailleurs algériens du général de La Motterouge.
Au moment où le général Mcllinet rejoint le général Manèque , il le trouve à bout de lutte et désespérant presque de pouvoir se maintenir sur les hauteurs dont il avait si chèrement acheté la possession.
LXV. — « Je trouvai son attitude si admirable (écrit le général Mellinet dans son rapport), que je me fis un devoir de lui laisser le commandement, mettant à sa disposition toutes les troupes que j’avais avec moi. »
Le général Manèque demanda seulement au général de remplacer les munitions qui manquaient à ses voltigeurs par celles de scs grenadiers, et recommença de * combattre avec une nouvelle énergie.
Les grenadiers de la garde se placèrent alors en arrière, prêts à donner leur appui au premier signal. Leur présence redouble le courage des voltigeurs qui s’élancent avec une telle impétuosité aux cris de vive l’Empereur ! qu’ils chassent les Autrichiens de la position de Casai del Monte.
Il semblait que l’Empereur, dont l’œil vigilant suivait toutes les phases de la bataille, eut entendu cet appel de ses braves soldats, car, quelques instants après, on le voit paraître sur le plateau du mont Sarco, sans souci des dangers auxquels il s’expose.