‹ La campagne d'Italie de 1859Chapitre 146 sur 326 · LIVRE II, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE V

apporté aux combattants du 4' corps quelques instants de repos, mars les Autriclvens n’ont pas renoncé au projet de nous enlever la ferme de Casa No\a, et font encore avancer de Guiddizzolo une forte colonne d’infanterie par la route de Casliglione.

CV. — C’est l’empereur d’Autriche lui-mème qui a ordonné de tenter encore, de ce côté, de suprêmes efforts. Des batteries d’artillerie et de fusées criblent les bois de projectiles; — plusieurs bataillons se lancent alors à l’ennemi, et dans le même moment le général de cavalerie de Labareyre, à la tète de sa brigade de lanciers, .se jette à travers les vergers sur les Autrichiens, en les attaquant à la fois par les deux flancs, et leur fait de nombreux prisonniers.

Mais les masses autrichiennes, semblables à ces flots de la mer que le flux ramène sans cesse, reparaissent bientôt plus nombreuses et plus menaçantes : « le feu de l’artillerie et des fusées ennemies (écrit le général Vinoy) recommence avec une nouvelle intensité, les abords de la ferme sont balayés par des projecliles de toute espèce, mitraille, obus et fusées, de manière à en rendre l’occupation presque impossible, et bientôt on voit apparaître trois colonnes d’infanterie, qui s’avancent dans cette direction.

C’est le jeune prince de Windishgraetz, colonel du 35* autrichien, qui dirige cette attaque; bravant avec un sang-froid et un courage héroïque la grêle de balles que font pleuvoir, par les créneaux, les défenseurs de

CAMPAGNE D’ITALIE

la ferme, il arrive jusqu’aux mura mêmes de la Casa Nova pour en enfoncer les portes (1).

CVI. — Le prince est à cheval en tête de ses ha taillons massés. A côté de lui, est son colonel en second. C’est à bout portant que les carabines de nos chasseurs conlinuenl leur feu contre ces ennemis intrépides , mais insensés dans leur vaillance. Le prince a son cheval tué et reçoit deux balles qui le renversent. Son colonel en second trouve aussi la mort près de lui.

Ce fut alors un spectacle vraiment superbe. Ses soldats se précipitent et prennent dans leurs bras leur intrépide colonel qui respire encore; puis, immobiles devant la mort qui les moissonne, continuent, sous le commandement de leurs chefs , à rester devant la tenue. — Tout ce qui encore est valide dans le bataillon des chasseurs se rallie à la hâte, et, pour dégager la Casa Nova, se jette sur la tète de la colonne ennemie, pêle-mêle avec un bataillon du 76'. Au milieu des arbres, des haies et des vergers , les compagnies se réunissent par petits groupes, et des tirailleurs de divers régiments, embusqués dans des fossés et derrière des tas de bois, ouvrent contre l’ennemi un feu meurtrier.

(1) Il est très-difficile de fixer des heures exactes aux différents fait» de guerre, qui se succédaient si rapidement dans cette journée. Le* rapports des généraux et chefs de corps ne sont même pas le plus souvent d'accord entre eux; — au milieu de ces combats de détails sans cesse renouvelés, ils ne peuvent indiquer les heures qu'approximativement. — Ils ne sont fixés d’une manière certaine que pour les faits les plus importants.

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La position devient cependant à chaque instant plus

périlleuse. — Le général Yinoy donne ordre au colonel de Berthier, du 86*, de se porter au secours des combattants. — Le colonel réunit ses trois bataillons et se jette sur le flanc gauche des Autrichiens. — De tous côtés, la fusillade retentit; de tous côtés retentissent les cris furieux d’une lutte désespérée. — Le régiment autrichien est rompu, son porte-drapeau tué et l'étendard reste entre nos mains, glorieux trophée dont se disputent l’honneur le 6e bataillon de chasseurs et le 76* (1). Le 86*, de son côté, s’est emparé de trois canons autrichiens, et a forcé à la retraite les réserves ennemies.

CVn. — Pour retracer dans tous leurs détails si importants et si dramatiques, les différents laits de guerre qui se sont produits dans cette vaillante journée du 24 juin, il nous faut sans cesse tantôt coutir à droite, tantôt à gauche, et tantôt retourner en arrière pour reprendre, où nous les avons laissés, les (ils forcément rompus de ce multiple récit; mais le lecteur, s’il a bien voulu nous suivre, les renouera lacilement.

Revenons donc au 3* corps dont une brigade de la 2* division sera appelée à porter les derniers coups.

Le maréchal Canrobert avait, on le sait, à se préoccuper à la fois du 4* corps qu’il avait l’ordre d’appuyer, dans son mouvement en avant sur üuiddizzolo, et du

(1) C’est au 76* que resta acquis l'enlisement du drapeau autrichien <•

et c'est son étendard qui fut décoré, . ,

corps d’armée de Mantbue (l;, contre lequel il devait se garder.

La position, il faut l’avouer, était pénible.— D’un côté, le général Niel faisait demander du renfort, et il était urgent de lui en envoyer; — de l’autre, le maréchal privé de sa division de cavalerie qui opérait sous les ordres du général Niel, ne pouvait s’assurer très-exactement des intentions du corps autrichien, qu’il s’attendait à voir apparaître sur son flanc et sur ses derrières*

Le général Bourbaki (2) opérait des reconnaissances.

(1) C’est en effet par suite d'événements imprévus que ce corps d’armée autrichien no 'parut pas sur le champ de bataille , car ii en avait reçu l’ordre.

Le bulletin autrichien dit : « Dans le 2* corps d'armée, la division du lieutenant feld-maréchal comte Jellachich reçut l'ordre de se rendro de Mantoue à Marcaria pour prendre part aux opérations de l'armée principale et pouvoir agir sur le flanc de l'ennemi au delà de Castel-Goffredo.

a Le commandant de corps lieutenant feld-maréchal, prince Édouard de Liechtenstein, prit en personne le commandement de celte division. «

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