LIVRE II, CHAPITRE VI
Au milieu des impressions qu’éveillent ces douloureux souvenirs, la pensée se reporte sur le dévouement et l’infatigable activité que montre alors en ces tristes moments le service médical militaire.
C’est dans les journées de combat surtout, que ce service multiplie ses ressources et ses moyens d'action; car, dans ces cruelles heures, où la mort abat tant de combattants, ce dont il faut sc préoccuper surtout, c’est du blessé, qui doit être aussi promptement que possible enlevé du champ de bataille (1). Il est facile de comprendre combien cette constante sollicitude pour les besoins ou les souffrances du soldat exerce sur lui une salutaire influence, et double son énergie par la confiance qu’elle lui donne. — S'il tombe frappé par une balle meurtrière, il sait qu’il ne perdra pas son sang dans de longues heures d’attente, et que tout près du lieu où il combat, on pourra panser sa blessure.
(1) C’est surtout sur le théâtre même des combats que se multiplient les moyens d’action.
Grâce à notre matériel léger de transport qu'une longue expérience a perfectionné, cette importante opération de l’enlèvement des blessés du champ de bataille se fait aussi rapidement que possible.
Dès qu’une action s’engage, les ambulances réglementaires se cnnstituent sur le lieu même du combat. — On choisit, à cet effet, les maisons, les granges, les églises; — d'abord les médecins de régiment s'y groupent; leur approvisionnement en objets de pansements et médicaments peuvent toujours être suffisants pour les premiers besoins. — Les ambulances de division s'établissent daus les hameaux, dans les villages les plus proches, et c’est sur elles que l’on dirige sans retard tous les blessés, dont un grand nombre ont déjà reçu les premiers soins. — A Magenta, à Solferino même, la nuit avait suffi pour visiter toute l’étendue du champ de bataille, et le lendemain de la sanglante journée du 24 juin, il ne restait pas un blessé, français ou autrichien , qui De fût recueilli et abrité.
CAMPAGNE D’ITALIE
Pour l’homme chargé de ces tristes soins et qui lutte sans relâche contre la mort, pour lui arracher des victimes , c’est une belle mission à accomplir , un noble devoir et une lourde responsabilité. — Au milieu des grandes émotions de ces journées sanglantes et glorieuses, quand l’entraînement exalte toutes les imaginations, il doit rester calme et froid. — Au lieu du spectacle splendide et enivrant de la victoire, il n’a, lui, sous les yeux, que les souffrances qui la payent.
Magenta avait créé deux maréchaux, Solferino apporta le bâton de maréchal au général Niel (1), qui avait pris