LIVRE II, CHAPITRE VI
mont Fenile , qui lui permettaient d'embrasser l’ensemble général de la bataille, engagée sur une étendue de cinq lieues. — Mais c’est sur Solferino que par une inspiration subite sa pensée s’attache ; et pour nous servir des expressions du bulletin autrichien lui-même « c’est sur le centre des positions, dont les hauteurs qui dominent Solferino, formaient la clef, » qu’il a résolu de diriger ses plus grands efforts (1).
Ni la situation des Sardes, dès le malin critique, qui avaient rencontré devant eux le corps d’armée de Benedek, ni les efforts persistants et redoutables de l’ennemi pour tourner notre droite n’avaient pu le faire un instant dévier de cette pensée première, qu’au centre seul peut, et doit se gagner la bataille. — Chacun l’a vu poursuivre, de crête en crête, résolûment son œuvre avec cette persistance de volonté que rien ne peut
(1) Celta glorieuse page de la vie de Napoléon III va trouver un digne interprète dans notre grand peintre d’histoire, M. Adolphe Yvon, chargé de retracer cette mémorable épopée militaire.
Nul mieux que M. Yvon, auquel on doit déjà les dramatiques épisodes de l'expédition de Crimée, ne pouvait faire revivre ces élans superbes d’irrésistible vaillance.
Par l’ordre du ministre d’Etat, M. Ivon s'est rendu en Italie, et c’est sur les lieux mêmes où se sont passés les grands faits de cette guerre, que sa pensée a composé les tableaux de Magenta et de Solferino qui doivent prendre place dans les galeries historiques de Versailles.
La toile , que M. Yvon achève en ce moment pour la prochaine exposition, représente la bataille de Solferino. Le moment choisi par le peintre, est celui où l’Empereur, du sommetdumont Fenile. ordonne l'attaque définitive des hauteurs de Solferino et lance sa garde au secours de la division Forey, qui gravit déjà les premiers escarpements, en face des redoutables masses autrichiennes qui couronnent le mont de la Tour.
CAMPAGNE D’ITALIE
ébranler, puis, avec le puissant levier de sa garde, frapper les grands coups qui devaient assurer la victoire.
Non ! la bataille de Solferino n’est pas une de ces batailles ordinaires, où les soldats lancés devant la mort donnent le triomphe par le fait seul de leur valeur audacieuse. — Si elle fut imprévue à l’heure où les deux années se rencontrèrent, l’imprévu a vite cessé, et les calculs habiles d’une haute stratégie ont pris leur large part. — Les Autrichiens qui depuis longues années manœuvraient sur ces terrains, ont bien compris, qu'une fois leur centre forcé à Solferino et à Cavriana, ils n’avaient plus rien à espérer, et ils ordonnèrent la retraite générale.
L'empereur Napoléon avait raison , quand le soir môme, à neuf heures, il envoyait à l'Impératrice ces mots, datés de Cavriana :
Grande bataille et grande victoire !
Et lorsque tout fut redevenu calme autour de lui , de quel sommeil heureux dut s’endormir le vainqueur, en pensant que le lendemain la France à son réveil saluerait de ses acclamations joyeuses ce glorieux et nouveau triomphe !