LIVRE III, CHAPITRE
son impatience, il n'attend môme pas l’arrivée de la première colonne qui doit atteindre Fornovo le môme jour, et part aussitôt pour Parme avec son état-major particulier.
La population accourt au-devant de lui, en dehors de la ville, et le reçoit avec des acclamations qui tiennent du délire.
Le Prince a hâte d’arriver à Parme, car il espère y trouver des nouvelles sur la journée du 24 juin. — En effet, dans cette ville il apprend que l’armée alliée vient de remporter une grande victoire ; cependant il n’a encore reçu aucune dépêche officielle.
Les événements, qui viennent de se passer, doivent rendre plus urgente encore la réunion du 5* corps au gros de l’armée.
Le général d’Autemarre a ses avant-postes à San Bionetta sur l’Oglio. Il a fait visiter soigneusement le Pô, depuis Plaisance jusqu’à Casai Maggiore ; il est impossible de construire un pont de bateaux soit à Crémone, soit à Casai Maggiore.
« Le fleuve (écrivait le général au Prince) a au moins 800 mètres de largeur en face de ces deux villes, et il faudrait pour établir un pont de cette longueur des éléments que nous n’avons pas et que nous ne pouvons nous procurer, quoi que nous fassions. Je me suis donc arrêté au système des ponts volants que nous établirons, en plus grand nombre possible , à Crémone et à Casai Maggiore. — C’est avec un de ces ponts que j’ai fait passer ma division à Spessa en un jour, et j’espère que nous
CAMPAGNE D’ITALIE
pourrons faire passer tout le corps de Votre Altesse, en 48 heures au plus, avec trois ponts semblables à celui que j’avais. »
III. — Le Prince envoie au général un de ses aides de camp, le commandant Ferri Pisani, pour lui annoncer son arrivée, et presser les travaux de communication avec la rive droite du Pô. — Puis, il part lui-môme dans la nuit du 25 au 26, afin d’examiner l’ensemble de la position.
Le général d’Autemarre lui rend compte que les Autrichiens se sont complètement retirés à l’approche de ses troupes, et qu’ils ont même démantelé la forteresse de Brescello (1) sur la rive droite du Pô, et en face de Mantoue.
(1) Un fait qui mérite d’ètre mentionné s’était passé devant Brescello :
Le capitaine Lafouge, aide de camp du général d'Autemarre, avec 4 gendarmes parmesans à cheval et le 1" lieutenant du corps , M. Catembrun Mercure, était allé en reconnaissance sur Brescello, que l’on savait être encore occupé par une centaine de soldats d’Esle. De la tour de Lentigione, M. Lafouge, no pouvant distinguer aucun mouvement de troupes, s’est avancé jusqu’aux fortifications. Là, deux gendarmes (Beltoli et Gabelli) ont demandé à explorer seuls Brescello, et quoique le capitaine Lafouge voulût les en dissuader, ils s’élancèrent au galop vers les palissades, le sabre nu, suivis bientôt par les deux autres gendarmes Mazzieri et Zilioti, et par M. Lafouge et M. Catembrun Mercure , qui s'étaient élancés sur leurs traces.
Les quatre gendarmes ne rencontrant pas de résistance à la première barrière, gardée cependant par quinze soldats, arrivèrent au galop sur la place, où le détachement de garde, apprenant qu’un officier français accompagnait les gendarmes, s’est empressé de mettre bas les armes. La population a reçu avec de grandes acclamations ces audacieux soldats et les chefs qui les commandaient.