LIVRE HT, CHAPITRE II
après une marche victorieuse des bords de la Doire, aux rives du Mincio, à six lieues de Vérone environ, lorsque Peschiera est investi, lorsque Venise va tomber dans nos mains, et que l’armée alliée forte de 150 mille hommes environ, est prête à livrer bataille, que l’empereur des Français a la pensée de proposer à l’empereur d’Autriche une suspension d’armes, qui permettra d’espérer la fin d’une guerre qui fait couler tant de sang de part et d'autre.
Inspirée au vainqueur, cette pensée était noble et grande; les armées autrichiennes avaient assez vaillamment combattu pour que, de son côté, l’empereur François-Joseph acceptât avec honneur une semblable proposition ; mais l’empereur Napoléon seul pouvait en prendre l’initiative, et il le faisait, au moment où toutes ses forces de terre et de mer, réunies et concentrées , n’attendaient que le signal de l’attaque pour ajouter de nouvelles pages glorieuses à cette mémorable campagne.
L’empereur d’Autriche, acculé pour ainsi dire dans scs dernières positions, mais appuyé à de formidables forteresses qui pouvaient nous opposer une longue résistance, accepterait-il de suspendre la lutte? — Peut-être, poussé par un sentiment d'amour-propre bien compréhensible, le vaincu de Solferino, ayant, lui aussi, toutes ses forces réunies, à l’abri de ce puissant quadrilatère devant lequel venait audacieusement se placer l’armée alliée, voudrait-il, sans trêve, en appeler encore au sort des armes qui, jusque-là, avait trahi sa cause?
CAMPAGNE D’ITALIE
> XXL — La position était grave, épineuse, difficile à pressentir, plus difficile encore à résoudre. Mais inspiré par des sentiments de l'ordre le plus élevé, l'Empereur s’adressait au coeur du jeune souverain qui gouvernait l’Autriche — Tous deux ne devaient-ils pas voir avec une égale amertume couler le sang de leurs soldats ?
Le 6 juillet, à six heures et demie du soir, le maréchal Vaillant, major général, prévenait le général Fleury (1),
(1) GÉNÉRAL FLECRY
Premier écuyer, aide decampde l'Empereur, est né à Paris le 23 décembre 18 1S.
A vingt-deux ans, après avoir passé les premières années de sa jeunesse dans les plaisirs d’une vie élégante, il quitta tout à coup cette vie oisive de fêtes pour «'engager comme simple soldat. C’était à l’époque où nous conquérions pied à pied, 3ur les populations arabes encore insoumises, le terrain sur lequel notre domination est assise aujourd'hni. Le bruit de ces combats de chaque jour, an milieu desquels surgissaient des noms nouveaux d’officiers et de jeunes généraux, éveilla en lui les miles sentiments de la vie militaire.
Il entrait aux spahis d’Oran (16 novembre 1837). — Le soldat Fleory devait rester douze années en Afrique, et ne rentrer en France qu'avec les épaulettes d’officier supérieur. — C’est par une vio toute militaire et passée sur les différents champs de batailles de l’Algérie qu’il méritait tous ses grades, en obtenant l’honneur dq 14 citations à l’ordre de l’armée.
Sa carrière commença sous les auspices des généraux Montauban et Yusuf, qui traitèrent le jeune soldat avec une bienveillance toute particulière, dont son zèle et son activité savaient le rendre digne. — Kn effet, brigadier en juin, au mois d’octobre de la même année, U était maréchal des logis. — Sous-lieutenant le 11 décembre 1840, deux ans plus tard, 14 septembre 1842, il était lieutanant ; — capitaine le 11 juillet 1844, le 6 juillet 1848, le général de Lamoricière, ministre de la guerre , qui avait suivi avec un affectueux intérêt la brillante carrière de ce jeune officier, le nommait chef d'escadron.
Certes, il était difficile d’obtenir un avancement plus rapide, mais il était glorieux pour lui de l’avoir mérité par son énergique conduite devant l’ennemi et par des qualités militaires qui, dès le premier abord, avaient attiré sur lui l’attention de ses chefs. Le 16 avril 1841, après