‹ La campagne d'Italie de 1859Chapitre 233 sur 326 · LXIII. — Il ne faut pas se le dissimuler; dans cette · texte numérisé non relu

LXIII. — Il ne faut pas se le dissimuler; dans cette

coulé déjà : en un mot, pour triompher, il fallait risquer ce qu’il n’est permis à un souverain de mettre en jeu, que pour l’indépendance de son pays.

• Si je me suis arrêté, ce n’est donc pas par lassitude ou par épuisement, ni par abandon de la noble cause que je voulais servir, mais parce que dans mon cœur quelque chose parlait plus haut encore : l’intérét de la France.

. « Croyez-vous donc qu’il ne m’en ait pas coûté de mettre un frein à

l’ardeur de ces soldats qui, exaltés par la victoire, ne demandaient qu’à marcher en avant?

« Croyez-vous qu’il ne m’en ait pas coûté de retrancher ouvertement devant l’Europe, de mon programme, le territoire qui s’étend du Mincio à l'Adriatique T

« Croyez-vous qu’il ne m’en ait pas coûté de voir dans des cœurs honnêtes de nobles illusions se détruire, de patriotiques espérances s’évanouir?

« Pour servir l’indépendance italienne, j’ai fait la guerre contre le gré de l’Europe; dès que les destinées de mon pays ont pu être en péril, j’ai fait la paix.

« Est-ce à dire maintenant que nos efforts et nos sacrifices aient été en pure perte? Non. Ainsique je l’ai dit dans les adieux à mes soldats, nous avons droit d’être fiers de cette courte campagne.

a En quatre combats et deux batailles, une armée nombreuse, qui ne le cède à aucune en organisation et en bravoure, a été vaincue. Le roi de Piémont, appelé jadis le gardien des Alpes, a vu son pays délivré de l’invasion, et la frontière de ses Etats portée du Tessin au Mincio.

« L’idée d'une nationalité italienne est admise par ceux qui la combattaient le plus. Tous les souverains de la Péninsule comprennent enfin le besoin impérieux de réformes salutaires.

« Ainsi, après avoir donné une nouvelle preuve de la puissance militaire de la France, la paix que je viens de conclure sera féconde eu heureui résultats, l’avenir les révélera chaque jour davantage, pour le bonheur de l’Italie, l'influence de la France, le repos de l’Europe. »

CAMPAGNE D’ITALIE

guerre, qui avait jeté un si grand lustre sur nos armes, des imperfections, des insuffisances et des retards dans les rouages administratifs pourraient être signalés, mais il faut surtout en rechercher la cause dans la précipitation, avec laquelle avait dû s’organiser cette rapide campagne qui, dans l’espace de quelques jours,* par les voies de terre et de mer, Iransportait en Italie 150 mille hommes, venant de France et d’Algérie.

Personne, parmi ceux qui s’occupent des choses de la guerre, n'ignore les difficultés sans nombre qu’entraîne une armée perpétuellement en marche, les besoins sans cesse renaissants et les nécessités inattendues * de toutes sortes qu’il faut prévoir , et auxquels il faut obvier sans retard. Il est donc juste de reconnaître que toutes les branches multiples , qui se rattachent à l'existence d’une armée, ont rivalisé de zèle, d’ardeur, d’infatigable dévouement; — intendance, service médical, aumôniers, tous ont eu leur part d’épreuves cl de rudes travaux. Pour juger chacun selon son œuvre, il faudrait juger et apprécier les moyens dont chacun pouvait disposer.

Si la volonté inexorable des événements faisait naître une nouvelle guerre sous les pas de la France, elle profiterait des enseignements que lui a donnés la Campagne de 1859.

Certes, il ne manquera pas non plus d’habiles tacticiens de cabinet qui referont sur le papier, pendant les tranquilles loisirs delà paix, des batailles de Magenta et de Solferino, et trouveront des trésors inconnus de slra-

LIVHE 11!, CHAPITRE III.

tégie audacieuse et décisive.— Tout cela nous représente quelque peu les manœuvres habiles et toujours heureuses des petites guerres. C’est la bataille de Solferino, gagnée régulièrement tous les ans par les Autrichiens, et qu’ils ont perdue la première fois qu’ils l’ont réellement livrée.

LXIV. — Quantànous, qui avons suivi avec orgueil les glorieuses traces de notre armée victorieuse sur les champs de combat, nous sommes heureux que notre rôle de chroniqueur nous dispense de chercher la cri- * tique au sein môme de la victoire, et nous permette de laisser aux historiens de l’avenir cette tâche difficile. Nous écrivons pour les vivants; — l'histoire, plus tard, jugera les morts.

Ce que la campagne d'Italie de 1859 rapportera dans l’avenir, c’est le grand secret inscrit au livre du destin. — Ce qu’elle a rapporté dans le présent, c’est de la gloire, gloire impérissable.

La France a montré qu’elle a en elle la volonté qui fait la force, et la force qui fait la puissance ; elle a donné au monde le spectacle toujours saisissant du souverain d’un grand pays , se mettant à la tête de son armée pour aller combattre , au nom des idées les plus généreuses , et s’est appelée à la fois : la France victorieuse et la France libératrice.

Aujourd’hui, le bruit de. la guerre ne fait plus retentir les échos, redevenus silencieux. Les bataillons

CAMPAGNE D’ITALIE

ne courent plus au combat à travers les champs, les monts et les fleuves ; les épées sont remises au fourreau.

La paix est signée.

Bien des agitations grondent encore autour d’elle; mais, avec l’aide de la Providence et le puissant accord des nations, ce seront les derniers soulèvements de la tempête apaisée.

« Tant de sang versé ne sera pas mutile pour le bonheur des peuples. »

Liste nominative des officiers de tous grades tués à la bataille de Solferino, avec leurs états de service.

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